La cosmogonie d'Urantia

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195. Après la Pentecôte

LES résultats de la prédication de Pierre le jour de la Pentecôte eurent une influence décisive sur la politique future et les plans de la majorité des apôtres dans leurs efforts pour proclamer l'évangile du royaume. Pierre fut le véritable fondateur de l'Église chrétienne; Paul apporta le message chrétien aux Gentils, et les croyants grecs le propagèrent dans tout l'empire romain.

Liés par la tradition et tyrannisés par les prêtres, les Hébreux, en tant que peuple, refusèrent d'accepter soit l'évangile de Jésus sur la paternité de Dieu et la fraternité des hommes, soit la proclamation de Pierre et de Paul sur la résurrection et l'ascension du Christ (base du christianisme ultérieur); par contre, le reste de l'empire romain fut réceptif aux enseignements chrétiens en évolution. A cette époque, la civilisation occidentale était intellectuelle, fatigués de la guerre, et complètement sceptique sur toutes les religions existantes et les philosophies universelles. Les peuples du monde occidental, bénéficiaires de la culture grecque, avaient une tradition révérée d'un grand passé. Ils pouvaient contempler un héritage de grands accomplissements en philosophie, en art, en littérature, et en progrès politiques. Mais malgré tous ces succès, ils n'avaient pas de religion satisfaisante pour l'âme. Leurs profonds désirs spirituels restaient insatisfaits.

C'est sur une société humaine se trouvant à ce stade que les enseignements de Jésus contenus dans le message chrétien furent soudainement projetés. Un nouvel ordre de vie fut ainsi présenté aux coeurs affamés des peuples occidentaux. Cette situation impliquait un conflit immédiat entre les anciennes pratiques religieuses et la nouvelle version christianisée du message de Jésus au monde. Ce conflit devait se terminer soit par une nette victoire des anciennes ou des nouvelles croyances, soit par une sorte de compromis. L'histoire montre que la lutte se termina par un compromis. Le christianisme eut l'ambition d'embrasser un programme trop étendu pour qu'un peuple quelconque puisse l'assimiler dans l'espace d'une ou deux générations. Ce programme n'était pas un simple appel spirituel tel que Jésus l'avait présents à l'âme des hommes. De bonne heure, le christianisme prit nettement position sur les rituels religieux, l'éducation, la magie, la médecine, l'art, la littérature, la loi, le gouvernement, la morale, la réglementation sexuelle, la polygamie, et même, dans une mesure limitée, sur l'esclavage. Le christianisme n'émergea pas simplement comme une nouvelle religion — chose que tout l'empire romain et tout l'orient attendaient — mais comme un nouvel ordre de la société humaine. Cette prétention précipita rapidement le conflit socio-moral des âges. Les idéaux de Jésus, tels qu'ils furent réinterprétés par la philosophie grecque et socialisés dans le christianisme, défiaient maintenant audacieusement les traditions de la race humaine incorporées dans l'éthique, la moralité, et les religions de la civilisation occidentale.

Au début, le christianisme ne fit de conversions que dans les couches inférieures des milieux sociaux et économiques. Mais au commencement du deuxième siècle, l'élite de la culture gréco-romaine s'orienta de plus en plus vers ce nouvel ordre de croyance chrétienne, ce nouveau concept des raisons de vivre et des buts de l'existence.

Comment ce nouveau message d'origine juive, qui avait presque échoué dans son pays natal, put-il capter si vite et si efficacement les meilleurs penseurs de l'empire romain? Le triomphe du christianisme sur les religions philosophiques et les cultes des mystères fut dû aux facteurs suivants:
   1. L'organisation — Paul était un grand organisateur, et ses successeurs restèrent à sa hauteur.
   2. Le christianisme était foncièrement hellénisé. Il englobait ce qu'il y avait de meilleur dans la philosophie grecque et dans la théologie hébraïque.
   3. Mieux que tout, il contenait un nouvel et grand idéal, l'écho de la vie d'effusion de Jésus et le reflet de son message de salut pour toute l'humanité.
   4. Les dirigeants chrétiens étaient disposés à faire avec le mithracisme les compromis nécessaires pour que plus de la moitié de ses adhérents soient gagnés au culte d'Antioche.
   5. De même, la génération suivante et les générations subséquentes de dirigeants chrétiens firent encore de tels compromis avec le paganisme que même l'empereur Constantin fut gagné à la nouvelle religion.

Toutefois, les chrétiens conclurent un marché judicieux avec les païens, en ce sens qu'ils adoptèrent l'apparat du rituel païen tout en obligeant les païens à accepter la version hellénisée du christianisme paulinien. Ils transigèrent plus heureusement avec le paganisme qu'avec le culte mithriaque, mais même dans ce compromis initial, ils sortirent plus que vainqueurs, en ce sens qu'ils réussirent à éliminer les grossières immoralités ainsi que nombre d'autres pratiques répréhensibles des mystères persans.

À tort ou à raison, les premiers chefs du christianisme acceptèrent délibérément des compromis sur les idéaux de Jésus dans un effort pour sauver et propager beaucoup de ses idées. Et ils remportèrent de grands succès. Mais ne vous y trompez pas! Les idéaux compromis du Maître restent latents dans son évangile et finiront par affirmer leurs pleins pouvoirs sur le monde.

Par la paganisation du christianisme, l'ancien ordre de choses gagna nombre de victoires mineures de nature ritualiste, mais les Chrétiens prirent l'ascendant en ce sens que:
   1. Ils firent résonner dans la morale humaine une nouvelle note d'un diapason infiniment plus élevé.
   2. Ils donnèrent au monde un nouveau concept considérablement agrandi de Dieu.
   3. L'espoir de l'immortalité devint une partie de l'assurance d'une religion reconnue.
   4. Jésus de Nazareth fut offert à l'âme affamée des hommes.

Beaucoup de grandes vérités enseignées par Jésus furent presque perdues dans les premiers compromis, mais elles sommeillent encore dans la religion du christianisme paganisé, qui est elle-même la version paulinienne de la vie et des enseignements du Fils de l'Homme. Même avant d'être paganisé, le christianisme fut d'abord complètement hellénisé. Le christianisme a une dette, une très grande dette envers les Grecs. Ce fut un Grec d'Egypte qui prit la parole si courageusement à Nicée et mit l'assemblée au défi avec tant d'intrépidité que le concile n'osa pas obscurcir le concept de la nature de Jésus au point de risquer de faire perdre au monde la vérité concernant son effusion. Ce Grec s'appelait Athanase. Sans l'éloquence et la logique de ce croyant, les opinions persuasives d'Arius auraient triomphé.

1. — INFLUENCE DES GRECS

L'héllénisation du christianisme commença réellement le jour mémorable où l'apôtre Paul se présenta devant le conseil de l'aréopage d'Athènes et parla aux Athéniens du « Dieu inconnu ». Là, à l'ombre de l'Acropole, ce citoyen romain proclama aux Grecs sa version de la nouvelle religion qui avait pris naissance dans le pays juif de Galilée. La philosophie grecque et nombre d'enseignements de Jésus présentaient d'étranges similitudes. Ils avaient un but commun — tous deux visaient à l'émergence des individus, les Grecs à leur émergence sociale et politique, Jésus à leur émergence morale et spirituelle. Les Grecs enseignaient le libéralisme intellectuel conduisant à la liberté politique. Jésus enseignait le libéralisme spirituel conduisant à la liberté religieuse. L'union de ces deux idées formait une nouvelle et puissante charte de la liberté humaine; elle laissait présager la liberté sociale, politique, et spirituelle des hommes.

Le christianisme prit naissance et triompha de toutes les religions opposantes pour deux raisons principales:
   1. Les penseurs grecs étaient disposés à emprunter de bonnes idées nouvelles, même aux Juifs.
   2. Paul et ses successeurs étaient prêts à des compromis, mais à des compromis astucieux et sagaces; ils étaient de fins négociateurs en matière de théologie.

Au moment où Paul se dressa à Athènes en prêchant « le Christ et le Christ crucifié », les Grecs étaient spirituellement affamés. Ils étaient investigateurs, intéressés, et recherchaient réellement la vérité spirituelle. N'oubliez jamais que les Romains commencèrent par combattre le christianisme, tandis que les Grecs l'embrassèrent volontiers. Ce furent les Grecs qui, ultérieurement, forcèrent littéralement les Romains à accepter cette religion, sous sa forme modifiée, comme faisant partie de la culture grecque.

Les Grecs révéraient la beauté et les Juifs la sainteté, mais les deux peuples aimaient la vérité. Durant des siècles, les Grecs avalent sérieusement médité et sincèrement discuté tous les problèmes humains — sociaux, économiques, philosophiques, et politiques — sauf la religion. Rares étaient les Grecs qui avalent vraiment prêté attention à la religion; ils ne prenaient même pas la leur très au sérieux. Au contraire, les Juifs avaient négligé les autres domaines de la pensée en consacrant leur intelligence à la religion. Ils la prenaient très au sérieux, trop à la lettre. Éclairé par le contenu du message de Jésus, le produit unifié des siècles de pensée de ces deux peuples devint alors la puissance motrice d'un nouvel ordre social humain et, dans une certaine mesure, d'un nouvel ordre humain de croyances et de pratiques religieuses.

A l'époque où Alexandre répandit la philosophie helléniste dans le Proche Orient, l'influence de la culture grecque avait déjà pénétré les pays de la Méditerranée occidentale. Tant qu'ils habitèrent de petites villes, les Grecs eurent de bons résultats avec leur religion et leur politique, mais quand le roi de Macédoine osa faire de la Grèce un empire s'étendant de l'Adriatique à l'Indus, les difficultés commencèrent. L'art et la philosophie de la Grèce étaient parfaitement à la hauteur de l'expansion impériale, mais on ne saurait en dire autant de son administration politique ni de sa religion. Après que les cités-États de Grèce se furent développées en un empire, leurs dieux plutôt paroissiaux semblèrent un peu bizarres. Les Grecs étaient vraiment à la recherche d'un Dieu unique, d'un Dieu plus grand et meilleur, lorsque la version christianisée de l'ancienne religion juive leur parvint.

Tel qu'il était, l'empire hellène ne pouvait durer. Sa souveraineté culturelle continua, mais l'empire ne subsista qu'après avoir acquis de l'Occident le génie politique romain pour son administration, et après avoir obtenu de l'Orient une religion dont le Dieu unique possédait une dignité impériale.

Au premier siècle après le Christ, la culture grecque avait déjà atteint son apogée; sa régression avait commencé; l'instruction augmentait , mais le génie diminuait. Ce fut à cette époque précise que les idées et idéaux de Jésus, partiellement incorporés dans le christianisme, devinrent une partie de la culture et de l'instruction grecques qui purent être sauvées.

Alexandre avait foncé sur l'Orient avec le don de la civilisation grecque; Paul attaqua l'Occident avec la version chrétienne de l'évangile de Jésus. Dans toutes les parties de l'Occident où la culture grecque prévalut, le christianisme hellénisé prit racine.

La version orientale du message de Jésus resta plus fidèle aux enseignements du Maître, mais continua à suivre le comportement intransigeant d'Abner. Elle ne progressa jamais comme la version hellénisée, et finit par se perdre dans le mouvement islamique.

2. — L'INFLUENCE ROMAINE

Les Romains prirent la suite de la culture grecque en substituant des gouvernements représentatifs aux gouvernements par tirage au sort. Ces changements ne tardèrent pas à favoriser le christianisme, en ce sens que Rome introduisit dans tout le monde occidental une tolérance nouvelle pour des langues, des populations, et même des religions étrangères.

A Rome, une grande partie des persécutions primitives contre les Chrétiens fut motivée uniquement par l'emploi malencontreux du mot « royaume » dans leurs prédications. Les Romains toléraient toutes les religions et n'importe laquelle, mais ne supportaient rien de ce qui avait un air de rivalité politique. Aussi, quand ces persécutions religieuses initiales — si largement dues à des malentendus — prirent fin, le champ de la propagande religieuse se trouva largement ouvert. Les Romains aimaient s'occuper d'administration politique; ils s'intéressaient peu à l'art et à la religion, mais ils étaient exceptionnellement tolérants pour les deux.

La loi orientale était sévère et arbitraire; la loi grecque était fluide et artistique; la loi romaine avait de la dignité et imposait le respect. L'éducation romaine engendrait une fidélité incomparable et impassible. Les premiers Romains étaient des individus politiquement dévoués et sublimement consacrés. Ils étaient honnêtes, fidèles, et attachés à leurs idéaux, mais sans religion digne de ce nom. Il n'est guère étonnant que leurs éducateurs grecs aient pu les persuader d'accepter le christianisme de Paul.

Les Romains étaient un grand peuple. Ils purent gouverner l'Occident parce qu'ils se gouvernaient eux-mêmes. Leur honnêteté sans précédent, leur consécration, et leur maîtrise résolue de soi formaient un terrain idéal pour la réception et la croissance du christianisme.

Il était facile à ces Gréco-Romains d'être aussi dévoués spirituellement à une Église institutionnelle qu'ils l'étaient politiquement à l'Etat. Les Romains ne combattirent l'Église qu'au moment où ils craignaient qu'elle ne fit concurrence à l'Etat. Ayant peu de philosophie nationale ou de culture native, Rome prit pour elle-même la suite de la culture grecque et adopta hardiment l'enseignement du Christ comme philosophie morale. Le christianisme devint la culture morale de Rome, mais ne devint guère sa religion dans le sens d'une expérience individuelle de croissance spirituelle pour ceux qui embrassèrent le nouveau culte d'une manière aussi globale. Il est vrai qu'un bon nombre d'individus ne se contentèrent pas de cette religion d'Etat superficielle, et trouvèrent pour nourrir leur âme les valeurs cachées des significations réelles contenues dans les vérités latentes du christianisme hellénisé et paganisé.

Le stoïcisme, avec son vigoureux appel « à la nature et à la conscience », n'avait que mieux préparé Rome à recevoir le Christ, au moins dans un sens intellectuel. Les Romains étaient des juristes par nature et par éducation; ils révéraient même les lois de la nature. Maintenant, dans le christianisme, ils discernaient les lois de Dieu dans les lois de la nature. Un peuple qui pouvait produire un Cicéron et un Virgile était mûr pour le christianisme hellénisé de Paul.

C'est ainsi que les Grecs romanisés forcèrent à la fois les Juifs et les Chrétiens à rendre philosophique leur religion, à en coordonner les idées, à rendre systématiques ses idéaux, et à adapter les pratiques religieuses au courant de vie existant. Tout ceci fut immensément aidé par la traduction en grec des Ecritures hébraïques et par la rédaction ultérieure en langue grecque du Nouveau Testament.

Contrairement aux Juifs et à de nombreux autres peuples, les Grecs avaient depuis longtemps cru provisoirement à l'immortalité, à une sorte de survie après la mort. Or c'était l'essence de l'enseignement de Jésus; il était donc certain que le christianisme exercerait sur eux un puissant attrait.

Une succession de victoires de la culture grecque et de la politique romaine avait consolidé les pays méditerranéens en un seul empire, avec une seule langue et une seule culture, de sorte que le monde occidental était prêt pour un seul Dieu. Le judaïsme fournissait ce Dieu, mais le judaïsme en tant que religion était inacceptable pour les Grecs romanisés. Philon en aida quelques uns à mitiger leurs opinions, mais le christianisme leur révéla un concept encore meilleur d'un Dieu unique, et ils l'adoptèrent promptement.

3. — SOUS L'EMPIRE ROMAIN

Après la consolidation de la souveraineté politique romaine et la propagation du christianisme, les Chrétiens se trouvèrent avec un seul Dieu, un grand concept religieux, mais sans empire. Les Gréco-Romains se trouvèrent avec un grand empire, mais sans un Dieu susceptible d'être adoré dans tout l'empire et de servir à l'unifier spirituellement. Les Chrétiens acceptèrent l'empire, et l'empire adopta le christianisme. Les Romains fournirent l'unité de souveraineté politique, les Grecs l'unité de culture et d'instruction, et le christianisme l'unité de pensée et de pratique religieuse.

Rome triompha de la tradition du nationalisme par un universalisme impérial. Pour la première fois dans l'histoire, elle rendit possible à différentes races et nations d'accepter, au moins nominalement, une même religion.

Le christianisme fut adopté à Rome à un moment de lutte ardente entre les vigoureux enseignements des stoïciens et les promesses de salut du culte des mystères. Le christianisme apporta une consolation reposante et un pouvoir libérateur à un peuple spirituellement affamé, dont le langage ne comportait pas de mot signifiant « désintéressement ».

Le christianisme tira son plus grand pouvoir de la manière dont ses croyants vécurent une vie de service, et même de la manière dont ils moururent pour leur foi durant les premiers temps des persécutions rigoureuses.

L'enseignement concernant l'amour du Christ pour les enfants mit bientôt fin à la pratique généralisée de laisser mourir de faim ou de froid les enfants qui n'étaient pas désirés, et particulièrement les filles. Les premières formes d'adoration furent largement copiées sur celles des synagogues juives, modifiées par le rituel mithriaque. Plus tard, on y ajouta beaucoup d'apparat païen. Les Grecs christianisés, prosélytes du judaïsme, formaient l'armature de l'Église chrétienne primitive.

Dans toute l'histoire du monde, le deuxième siècle après le Christ fut le meilleur moment pour qu'une bonne religion puisse progresser dans les pays occidentaux. Durant le premier siècle, le christianisme s'était préparé, par des luttes et des compromis, à prendre racine et à se répandre rapidement. Il adopta l'empereur, et plus tard l'empereur adopta le christianisme. C'était une grande époque pour la diffusion d'une nouvelle religion. On jouissait de la liberté religieuse, les voyages étaient universels, et la pensée ne subissait pas d'entraves.

L'élan spirituel donné par l'acceptation nominale du christianisme hellénisé atteignit Rome trop tard pour empêcher son déclin moral bien amorcé ou pour compenser sa dégénérescence raciale déjà bien établie et croissante. La nouvelle religion était une nécessité culturelle pour la Rome impériale, et il est extrêmement malheureux qu'elle ne soit pas devenue un moyen de salut spirituel dans un sens plus large.

Même une bonne religion ne put sauver un grand empire des résultats certains du manque de participation des individus aux affaires du gouvernement, d'un excès de paternalisme, d'impôts exagérés comportant des abus grossiers dans leur recouvrement, d'un commerce déséquilibré avec le Levant qui drainait l'or, de la folie des plaisirs, de la férule romaine, de la dégradation des femmes, de l'esclavage et de la décadence raciale, des calamités physiques, et d'une Église d'Etat qui devint à tel point une institution qu'elle frisa la stérilité spirituelle.

Les conditions n'étaient pas aussi mauvaises à Alexandrie. Les premières écoles chrétiennes conservèrent beaucoup d'enseignements de Jésus, libres de compromis. Ponténus enseigna Clément, puis suivit Nathanael aux Indes en proclamant le Christ. Bien que certains idéaux des Juifs eussent été sacrifiés pour bâtir le christianisme, il faut constater en toute équité que, vers la fin du deuxième siècle, la quasi-totalité des grands penseurs du monde gréco-romain était devenue chrétienne. Le triomphe approchait de son parachèvement.

L'empire romain dura suffisamment longtemps pour assurer la survie du christianisme même après son effondrement. Nous avons souvent cherché à imaginer ce qui serait arrivé à Rome et dans le monde si l'évangile du royaume avait été adopté à la place du christianisme grec.

4. — LES ÂGES DE TÉNÈBRES EN EUROPE

Auxiliaire de la société et alliée de la politique, l'Église était condamnée à partager le déclin intellectuel et spirituel de ce qu'on appelle les « âges de ténèbres » européens. Durant cette époque, la religion prit un caractère de plus en plus monastique, ascétique, et réglementaire. Au sens spirituel, le christianisme était en hibernation. A côté de cette religion sommeillante et sécularisée, il exista durant toute cette période un courant continu de mysticisme, une expérience spirituelle fantastique frisant l'irréel et philosophiquement parente du panthéisme.

Durant ces sombres siècles de désespoir, la religion se pratiqua virtuellement sous le manteau. Les individus étaient à peu près perdus devant l'autorité, la tradition, et la dictature de l'Église dominante. Une nouvelle menace spirituelle s'éleva par la création d'une galaxie de « saints » censés avoir une influence spéciale auprès des tribunaux divins; en conséquence, si l'on savait faire efficacement appel à eux, ils devaient pouvoir intercéder en faveur des hommes auprès des Dieux.

Tout en restant impuissant à barrer la route aux âges de ténèbres à leur début, le christianisme était suffisamment socialisé et paganisé pour survivre d'autant mieux à une période prolongée d'obscurantisme moral et de stagnation spirituelle. Il subsista durant la longue nuit de la civilisation occidentale et agissait encore en tant qu'influence morale à l'aurore de la Renaissance. Après l'écoulement des âges de ténèbres, la réhabilitation du christianisme eut pour résultat de faire naître de nombreuses sectes d'enseignement chrétien dont les croyances étaient adaptées à des types spéciaux — intellectuels, émotifs, et spirituels — de personnalités humaines. Beaucoup de ces collectivités chrétiennes spéciales, ou familles religieuses, subsistent encore à l'époque où nous effectuons cette présentation.

L'histoire montre que le christianisme est né de la transformation involontaire de la religion de Jésus en une religion à propos de Jésus. Elle montre aussi que le christianisme a subi l'hellénisation, la paganisation, la sécularisation, l'institutionnalisme, la dépravation intellectuelle, la décadence spirituelle, l'hibernation morale, les menaces d'anéantissement, la régénérescence ultérieure, la fragmentation en sectes, et plus récemment une réhabilitation relative. Ce curriculum dénote une vitalité qui lui est inhérente et la possession d'immenses facultés de récupération. Le même christianisme est actuellement présent, faisant face à une lutte pour la vie encore plus âpre que les mémorables crises caractéristiques de ses anciennes batailles pour la domination.

La religion est aujourd'hui confrontée par le défi d'un nouvel âge de mentalité scientifique et de tendances matérialistes. Dans ce gigantesque conflit entre le temporel et le spirituel, la religion de Jésus finira par triompher.

5. — LE PROBLÈME MODERNE

Le XXième siècle a apporté au christianisme et à toutes les autres religions de nouveaux problèmes à résoudre. Plus une civilisation s'élève, plus s'impose aux hommes le devoir impérieux de « chercher d'abord les réalités célestes » dans tous leurs efforts pour stabiliser la société et faciliter la solution de ses problèmes matériels.

Bien souvent la vérité devient confuse et même trompeuse quand elle est disséquée, divisée, isolée, et trop analysée. La vérité vivante ne donne au chercheur un enseignement valable que si elle est embrassée dans sa totalité et en tant que réalité spirituelle vivante; il ne suffit pas qu'elle soit un fait de la science matérielle ou une inspiration d'un art intermédiaire.

La religion est la révélation à l'homme de sa destinée divine et éternelle. La religion est une expérience purement personnelle et spirituelle; elle doit perpétuellement être distinguée des autres formes supérieures d'activité mentale humaine telles que:
   1. Le comportement logique envers les éléments de la réalité matérielle.
   2. L'appréciation esthétique de la beauté par contraste avec la laideur.
   3. La reconnaissance éthique des obligations sociales et du devoir politique.
   4. Même le sens de la moralité humaine n'est pas religieux en soi et par lui-même.

La religion est destinée à trouver dans l'univers les valeurs qui évoquent la foi, la confiance, et l'assurance; elle culmine dans l'adoration. La religion découvre pour l'âme les valeurs suprêmes qui contrastent avec les valeurs relatives découvertes par la pensée. On ne possède cette clairvoyance surhumaine que par une expérience religieuse authentique.

Il n'est pas plus possible de maintenir un système social durable sans une moralité fondée sur des réalités spirituelles que de maintenir un système solaire sans gravitation.

N'essayez ni de satisfaire la curiosité ni de contenter tous les désirs latents d'aventure qui surgissent dans l'âme pendant la courte durée d'une vie incarnée. Soyez patients! Ne cédez pas à la tentation de vous plonger dans le dérèglement des aventures vulgaires et sordides. Domptez vos énergies et refrénez vos passions. Soyez calmes en attendant le déroulement majestueux d'une carrière sans fin d'aventures progressives et de découvertes passionnantes.

Dans la confusion sur l'origine des hommes, ne perdez pas de vue leur destinée éternelle. N'oubliez pas que Jésus aimait aussi les petits enfants, et qu'il montra clairement et définitivement la grande valeur de la personnalité humaine.

En observant le monde, rappelez-vous que les taches sombres du mal que vous voyez ressortent sur un arrière-plan clair de bien ultime. Vous ne voyez pas simplement le bien sous forme de taches blanches ressortant misérablement sur un noir arrière-plan de mal.

Puisqu'il y a tant de vérités bonnes à publier et à proclamer, pourquoi les hommes prêtent-ils tant d'attention au mal dans le monde simplement parce que le mal apparaît comme un fait? Les belles valeurs spirituelles de la vérité sont plus agréables et exaltantes que le phénomène du mal.

En religion, Jésus recommanda et suivit la méthode de l'expérience, de même que la science moderne poursuit la technique expérimentale. Nous trouvons Dieu par les directives de la clairvoyance spirituelle, mais nous approchons cette clairvoyance de l'âme par l'amour du beau, la poursuite de la vérité, la fidélité au devoir, et l'adoration de la divine bonté. Parmi toutes ces valeurs, l'amour reste le véritable guide vers la clairvoyance réelle.

6. — LE MATÉRIALISME

Les savants où involontairement précipité l'humanité dans un matérialisme outrancier. Ils ont déclenché une ruse irréfléchie sur la banque morale des âges, mais cette banque de l'expérience humaine dispose de vastes ressources spirituelles et peut faire face aux demandes de retraits qui lui sont présentées. Seuls les irréfléchis sont pris de panique au sujet des actifs spirituels de la race humaine. Quand la ruée matérialiste-laïque aura passé, la religion de Jésus n'aura pas fait banqueroute. La banque spirituelle du royaume des cieux fera des payements de foi, d'espérance, et de sécurité morale à tous ceux qui auront recours à elle « en Son nom ».

Quel que puisse être le conflit apparent entre le matérialisme et les enseignements de Jésus, vous pouvez être assurés que la doctrine du Maître triomphera pleinement au cours des âges à venir. En réalité, il ne peut se produire de véritable controverse entre la vraie religion et la science, car la première ne s'occupe aucunement des choses matérielles. La religion observe simplement vis-à-vis de la science une neutralité bienveillante, tandis qu'elle s'intéresse suprêmement aux savants.

La poursuite de la simple connaissance, quand elle n'est accompagnée ni de l'interprétation par la sagesse ni de la clairvoyance spirituelle due à l'expérience religieuse, conduit finalement au pessimisme et au désespoir humain. Une connaissance bornée est vraiment déconcertante.

A l'époque du présent écrit (1) les pires moments de l'âge matérialiste sont passés; l'aube d'une meilleure compréhension commence déjà à poindre. Les penseurs supérieurs du monde scientifique ont cessé d'avoir une philosophie entièrement matérialiste, mais le commun du peuple incline toujours dans cette direction par suite des enseignements antérieurs. Toutefois, cet âge de réalisme physique n'est qu'un épisode transitoire dans la vie de la race humaine sur terre. La science moderne a laissé intacte la vraie religion — les enseignements de Jésus traduits dans la vie de ses disciples. Tout l'accomplissement de la science a consisté à détruire les illusions enfantines des fausses interprétations de la vie.

  (1) 1935

En ce qui concerne la vie humaine sur terre, la science est une expérience quantitative, et la religion une expérience qualitative. La science s'occupe des phénomènes; la religion traite des origines, des valeurs, et des buts. Quant un savant met en avant des causes pour expliquer des phénomènes physiques, il confesse son ignorance des buts ultimes, et à la fin il se trouve ramené à la première grande cause - le Père Universel du Paradis.

Le passage violent d'un âge de miracles à un âge de machines s'est révélé bouleversant pour les hommes. Le fait que les fausses philosophies matérialistes déploient de l'ingéniosité et de la dextérité dément à lui seul leur prétention d'être exclusivement mécanistes. L'agilité fataliste de la pensée d'un matérialiste contredit perpétuellement ses affirmations que l'univers est un phénomène énergétique aveuglé et sans but.

Le naturalisme machinal de certains hommes supposés instruits et la laïcité inconsidérée de l'homme de la rue s'occupent tous deux exclusivement de choses; ils ne comportent aucune vraie valeur, sanction, ou satisfaction de nature spirituelle, et sont également dépourvus de foi, d'espérance, et d'assurances éternelles. L'une des grandes difficultés de la vie moderne est que les hommes se croient trop occupés pour trouver le temps nécessaire à la méditation spirituelle et à la dévotion religieuse.

Le matérialisme réduit l'homme à l'état d'automate sans âme, et fait simplement de lui un symbole arithmétique jouant un rôle passif dans la formule mathématique d'un univers machinal et dépourvu de romanesque. Mais d'où vient donc cet immense univers de mathématiques sans Maître Mathématicien? La science peut disserter sur la conservation de la matière, mais la religion valide la conservation des âmes humaines — elle concerne leur expérience avec des réalités spirituelles et des valeurs éternelles.

Un sociologue matérialiste contemporain observe une communauté, fait un rapport à son sujet, et laisse les gens tels qu'il les a trouvés. Il y a dix neuf cents ans, des Galiléens sans instruction regardèrent Jésus donnant sa vie comme contribution spirituelle à l'expérience inférieure des hommes, et ensuite ils sortirent de Galilée et mirent sens dessus dessous tout l'empire romain.

Les dirigeants religieux modernes commettent une grave erreur en essayant d'appeler leurs contemporains à la bataille au son des trompettes du Moyen Age. La religion doit se pourvoir elle-même de slogans nouveaux et modernes. Ni la démocratie ni aucune autre panacée politique ne remplaceront le progrès spirituel. Les fausses religions peuvent représenter une évasion hors de la réalité, mais, par son évangile, Jésus a présenté aux hommes l'entrée dans une réalité éternelle de progression spirituelle.

Dire que la pensée « émergea » de la matière n'explique rien. Si l'univers était simplement un mécanisme et si la pensée était solidaire de la matière, nous n'aurions jamais deux interprétations différentes d'un même phénomène observé. Les concepts de vérité, de beauté, et de bonté ne sont inhérents ni à la physique ni à la chimie. Une machine ne peut rien savoir, et encore bien moins connaître la vérité, avoir soif de droiture, et chérir la bonté.

La science peut être physique, mais si un savant discerne la vérité, sa pensée devient aussitôt supra-matérielle. La matière ne connaît pas la vérité; elle ne peut non plus aimer la miséricorde ni prendre plaisir aux réalités spirituelles. Les convictions morales basées sur l'éclairement spirituel et enracinées dans l'expérience humaine sont tout aussi réelles et certaines, mais sur un niveau diffèrent et plus élevé, que les déductions mathématiques basées sur des observations physiques.

Si les hommes n'étaient que des machines, ils réagiraient plus ou moins uniformément à un univers matériel. L'individualité n'existerait pas, et la personnalité encore bien moins.

Le fait que le mécanisme absolu du Paradis existe au centre de l'univers des univers en présence de la volition inconditionnée de la Source-Centre Première rend certain pour toujours que les causes déterminantes ne sont pas la loi exclusive du cosmos. Le matérialisme est là, mais il n'est pas exclusif. Le mécanisme est là, mais il est conditionné. Le déterminisme est là, mais il n'est pas seul.

L'univers fini deviendrait finalement uniforme et déterministe s'il n'y avait pas la présence conjuguée de la pensée et de l'esprit. L'influence de la pensée cosmique injecte constamment de la spontanéité, même dans les mondes matériels.

Dans un royaume quelconque d'existence, la liberté ou l'initiative sont directement proportionnelles au degré d'influence spirituelle et au contrôle mental cosmique, c'est-à-dire, dans l'expérience humaine, au degré auquel on se conforme effectivement à « la volonté du Père ». Donc, une fois que vous êtes parti à la recherche de Dieu, c'est la preuve concluante que Dieu vous a déjà trouvé.

La poursuite sincère de la bonté, de la beauté, et de la vérité conduit à Dieu. Toute découverte scientifique démontre l'existence simultanée de la liberté et de la constance dans l'univers. L'inventeur était libre de faire sa découverte. La chose découverte est apparemment constante, car autrement elle n'aurait pu être connue en tant que chose.

7. — LA VULNÉRABILITÉ DU MATÉRIALISME

Combien les hommes à mentalité matérielle sont insensés de permettre à des théories aussi vulnérables que celles d'un univers machinal de les priver des immenses ressources de l'expérience personnelle de la vraie religion! Contrairement aux théories, les faits ne sont jamais en contradiction avec la véritable foi spirituelle. La science ferait mieux de se consacrer à détruire la superstition plutôt qu'à essayer de ruiner la foi religieuse — la croyance humaine aux réalités spirituelles et aux valeurs divines.

La science devrait faire matériellement pour les hommes ce que la religion accomplit spirituellement pour eux: étendre l'horizon de la vie et agrandir leur personnalité. La vraie science ne peut avoir de querelle durable avec la vraie religion. La « méthode scientifique » est simplement un étalon intellectuel pour mesurer les aventures matérielles et les accomplissements physiques. Etant matérielle et entièrement intellectuelle, cette méthode ne sert absolument à rien pour évaluer les réalités spirituelles et les expériences religieuses.

L'illogisme des mécanistes modernes est le suivant: si notre univers était simplement matériel et l'homme seulement une machine, cet homme serait entièrement incapable de se reconnaître en tant que machine; de même un tel robot serait entièrement inconscient du fait que l'univers matériel existe. Dans sa consternation et son désespoir, la science mécaniste n'a pas réussi à reconnaître le fait que la pensée du savant est habitée par un esprit; or c'est la clairvoyance supra-matérielle de ce même savant qui formule les concepts erronés et contradictoires en soi d'un univers matérialiste.

Les valeurs paradisiaques d'éternité et d'infinité, de vérité, de beauté, et de bonté, sont dissimulées dans les phénomènes des univers de l'espace-temps. Mais il faut l'oeil de la foi chez un mortel né d'esprit pour détecter et discerner ces valeurs spirituelles.

Les réalités et les valeurs du progrès spirituel ne sont pas une « projection psychologique » — un simple rêve éveillé et glorifié de la pensée matérielle. Elles sont les prévisions de l'Ajusteur intérieur, l'esprit de Dieu vivant dans la pensée de l'homme. Ne laissez pas vos discussions d'amateurs au sujet des découvertes faiblement entrevues de la « relativité » troubler vos concepts de l'éternité et de l'infinité de Dieu. Et chaque fois que vous êtes pressés par la nécessité d'exprimer votre moi, ne commettez pas la faute d'omettre l'expression de l'Ajusteur, la manifestation de votre réel et meilleur ego.

Si l'univers était uniquement matériel, l'homme matériel ne serait jamais capable de concevoir le caractère machinal de cette existence exclusivement matérielle. Le concept machinal de l'univers est en lui-même un phénomène immatériel de la pensée, et toute pensée est d'origine immatérielle, quelle que soit son apparence d'être complètement conditionnée par la matière et contrôlée mécaniquement.

L'intelligence humaine partiellement évoluée est assez peu douée de sagesse et de suite dans les idées. La vanité des hommes dépasse souvent leurs raisonnements et échappe à leur logique.

Le pessimisme du matérialiste le plus pessimiste est, en soi et par lui-même, une preuve suffisante que l'univers du pessimiste n'est pas entièrement matériel. L'optimisme et le pessimisme sont tous deux des réactions conceptuelles dans une pensée consciente des valeurs aussi bien que des faits. Si l'univers était vraiment conforme à la conception des matérialistes, alors l'homme serait une machine humaine dépourvue de la possibilité de reconnaître consciemment ce fait. Sans la conscience du concept des valeurs dans la pensée née d'esprit, l'homme ne pourrait aucunement reconnaître le fait du matérialisme universel ni les phénomènes machinaux du fonctionnement de l'univers. Une machine ne peut être consciente de la nature ni de la valeur d'une autre machine.

Une philosophie mécaniste de la vie et de l'univers ne saurait être scientifique, parce que la science ne reconnaît et ne traite que des matériaux et des faits. La philosophie est inévitablement super-scientifique. L'homme est un fait matériel de la nature, mais sa vie est un phénomène qui en transcende les niveaux matériels, en ce sens qu'elle déploie les attributs contrôlants de la pensée et les qualités créatives de l'esprit.

L'effort sincère des hommes pour devenir des mécanistes représente le phénomène tragique de leurs futiles tentatives pour se suicider intellectuellement et moralement. Mais ils ne peuvent y parvenir.

Si l'univers était uniquement matériel et l'homme uniquement une machine, il n'y aurait pas de science enhardissant les savants à postuler la mécanisation de l'univers. Les machines ne peuvent ni se mesurer, ni se classifier, ni s'évaluer elles-mêmes. Cette oeuvre scientifique ne pourrait être exécutée que par une entité ayant statut de super-machine.

Si la réalité de l'univers n'est qu'une immense mécanique, alors il faut que l'homme soit extérieur à l'univers et séparé de lui pour reconnaître ce fait et devenir conscient de la perspicacité de cette évaluation.

Si l'homme n'est qu'une machine, par quelle technique parvient-il à croire ou à prétendre savoir qu'il est seulement une machine? L'expérience de s'évaluer consciemment soi-même n'est jamais l'attribut d'une simple machine. Un mécaniste avoué et conscient de soi constitue la meilleure réponse possible au mécanisme. Si le matérialisme était un fait, il ne pourrait exister de mécaniste conscient de soi. Il est également vrai qu'il faut d'abord être une personne morale avant de pouvoir accomplir des actes immoraux.

La seule proclamation du matérialisme implique une conscience supra-matérielle chez le penseur qui prétend affirmer ce dogme. Un mécanisme peut se détériorer, mais ne peut jamais progresser. Les machines ne peuvent ni penser, ni créer, ni rêver, ni aspirer, ni idéaliser, ni avoir faim de vérité ou soif de droiture. Elles ne motivent pas leur vie par la passion de servir d'autres machines et de choisir pour but de progression éternelle la tâche sublime de trouver Dieu et de s'efforcer de lui ressembler. Les machines ne sont jamais intellectuelles, émotives, esthétiques, éthiques, morales, ni spirituelles.

L'art prouve que l'homme n'est pas machinal, mais ne prouve pas qu'il soit spirituellement immortel. L'art est la morontia humaine, le domaine intermédiaire entre l'homme matériel et l'homme spirituel. La poésie est un effort pour échapper aux réalités matérielles et d'approcher des réalités spirituelles.

Dans une haute civilisation, l'art humanise la science, et à son tour il est spiritualisé par la vraie religion — la clairvoyance des valeurs spirituelles et éternelles. L'art représente l'évaluation humaine de la réalité dans l'espace-temps. La religion est l'emprise divine des valeurs cosmiques et implique une progression éternelle dans l'ascension et l'expansion spirituelles. L'art temporel n'est dangereux que s'il devient aveugle aux étalons spirituels des archétypes divins que l'éternité reflète en tant qu'ombres réelles du temps. L'art véritable est la manipulation efficace des objets matériels de la vie; la religion est la transformation ennoblissante des faits matériels de la vie et ne cesse jamais d'évaluer l'art du point de vue spirituel.

Il est stupide de supposer qu'un automate pourrait concevoir une philosophie de l'automatisme, et ridicule de penser que ce robot pourrait prétendre se former un tel concept de lui-même et de ses compagnons automates.

Toute interprétation scientifique de l'univers matériel est sans valeur, à moins qu'elle ne comporte la due récognition du savant. Nulle appréciation de l'art n'est authentique si elle ne reconnait pas l'artiste. Nulle évaluation de la morale n'est valable à moins d'inclure le moraliste. Nulle récognition de la philosophie n'est édifiante si elle ignore le philosophe. Quant à la religion, elle ne peut exister sans l'expérience réelle du disciple qui, grâce à cette expérience, cherche à trouver Dieu et à le connaître. Similairement, l'univers des univers est dépourvu de signification en dehors du JE SUIS, le Dieu infini qui l'a créé et qui l'administre sans cesse.

Les mécanistes — les humanistes — tendent à dériver avec les courants matériels. Les idéalistes et les spiritualistes osent employer leurs forces avec intelligence et vigueur pour modifier le cours, en apparence purement matériel, des circuits d'énergie.

La science vit par les mathématiques de la pensée. La musique exprime la cadence des émotions. La religion est le rythme spirituel de l'âme en harmonie spatiale-temporelle avec la mélodie des mesures supérieures et éternelles de l'infinité. L'expérience religieuse est quelque chose de vraiment super-mathématique dans la vie humaine.

Dans le langage, l'alphabet représente le mécanisme du matérialisme, tandis que les paroles qui expriment la signification de mille pensées, grandes idées, et nobles idéaux — d'amour et de haine, de lâcheté et de courage — représentent les accomplissements mentaux. La pensée opère dans le domaine défini à la fois par la loi matérielle et la loi spirituelle; elle est dirigée par l'affirmation de la volonté de la personnalité et limitée par les facteurs inhérents à la situation.

L'univers ne ressemble pas aux lois, mécanismes, et constantes que les savants découvrent et qu'ils finissent par considérer comme la science. Il ressemble plutôt au savant curieux, pensant, choisissant, créant, combinant, et discriminant qui observe ainsi les phénomènes de l'univers et classifie les faits mathématiques inhérents aux phases machinales de l'aspect matériel de la création. L'univers ne ressemble pas non plus à l'effet artistique, mais plutôt à l'artiste qui travaille, rêve, et aspire en cherchant à transcender le monde des choses matérielles par un effort pour atteindre un but spirituel.

C'est le savant, et non la science, qui perçoit la réalité d'un univers d'énergie et de matière en évolution et en progrès. C'est l'artiste, et non l'art, qui démontre l'existence du monde morontiel transitoire interposé entre l'existence matérielle et la liberté spirituelle. C'est le fidèle, et non la religion, qui prouve l'existence des réalités spirituelles et des valeurs divines rencontrées au cours du progrès dans l'éternité.

8. — LE TOTALITARISME LAÏQUE

Même après que le matérialisme et le machinisme auront été plus ou moins vaincus, l'influence dévastatrice du laïcisme du XXième siècle flétrira encore l'expérience spirituelle de millions d'âmes candides.

Le laïcisme, ou sécularisme moderne, a été nourri par deux influences mondiales. Son père fut l'étroitesse de pensée et le comportement impie de ce que l'on appelle la science du XIX et du XXième siècles — la science athée. Sa mère fut l'Église chrétienne totalitaire du Moyen Age. Le sécularisme débuta comme une protestation contre la domination à peu près complète de la civilisation occidentale par l'Église chrétienne transformée en institution.

A l'époque de la présente révélation, le climat intellectuel et philosophique prévalant à la fois dans la vie européenne et la vie américaine est nettement laïque — humaniste. Au cours des trois derniers siècles, la pensée occidentale a été progressivement laïcisée. La religion est devenue de plus en plus une influence nominale, et largement un exercice rituel. En majorité, ceux qui s'avouent chrétiens dans la civilisation occidentale sont involontairement de réels laïcs.

Il a fallu un grand pouvoir, une puissante influence, pour libérer la pensée et la vie des peuples occidentaux de l'emprise desséchante d'une domination ecclésiastique totalitaire. Le laïcisme a brisé les entraves du contrôle de l'Église; il menace maintenant à son tour d'établir un nouveau type de domination athée sur le coeur et la pensée des hommes modernes. L'Etat politique tyrannique et dictatorial est le rejeton direct du matérialisme scientifique et du laïcisme philosophique. A peine la laïcité eut-elle libéré les hommes de la domination de l'Église passée au rang d'institution, qu'elle les vendit comme esclaves serviles à l'Etat totalitaire. Le laïcisme n'a libéré les hommes de la servitude ecclésiastique que pour les trahir en les livrant à la tyrannie de l'esclavage politique et économique.

Le matérialisme renie Dieu; le laïcisme se borne à l'ignorer; tout au moins ce fut son comportement primitif. Plus récemment, le laïcisme a pris une attitude plus militante, et a prétendu prendre la place d'une religion de servitude totalitaire à laquelle il avait jadis résisté. Le laïcisme du XXième siècle tend à affirmer que l'homme n'a pas besoin de Dieu. Mais attention! La philosophie athée de la société humaine ne conduira qu'à des malaises, à l'animosité, au malheur, à la guerre, et à des désastres à l'échelle mondiale.

Le laïcisme ne pourra jamais apporter la paix à l'humanité. Rien ne peut remplacer Dieu dans la société humaine. Mais prenez bien garde! Ne vous hâtez pas d'abandonner les bénéfices de la révolte laïque qui vous a dégagés du totalitarisme ecclésiastique. La civilisation occidentale jouit aujourd'hui de beaucoup de libertés et de satisfactions qui proviennent de la révolte des laïcs. La grande faute du laïcisme fut la suivante: en se révoltant contre le contrôle à peu près total de la vie par l'autorité religieuse, et après s'être libérés de cette tyrannie ecclésiastique, les laïcs ont poursuivi leur activité en instituant une révolte contre Dieu lui-même, parfois tacitement, parfois ouvertement.

C'est à la révolte laïque que vous devez la stupéfiante faculté créative de l'industrie américaine et le progrès matériel sans précédent de la civilisation occidentale. Et parce que la révolte laïque est allée trop loin, et a perdu de vue Dieu et la vraie religion, il s'en est suivi une moisson inattendue de guerres mondiales et d'instabilité internationale.

Il n'est pas nécessaire de sacrifier la foi en Dieu pour jouir des bienfaits de la révolte laïque moderne: tolérance, service social, gouvernement démocratique, et libertés civiles. Il n'était pas indispensable aux laïcs de s'opposer à la vraie religion pour promouvoir la science et faire progresser l'éducation.

Le laïcisme n'est pas le seul auteur de tous les progrès récents dans l'épanouissement de la vie. A l'arrière-plan des gains du XXième siècle, il y a non seulement la science, mais aussi l'action spirituelle occulte et méconnue de la vie et des enseignements de Jésus de Nazareth.

Sans Dieu, sans religion, le laïcisme scientifique ne pourra jamais coordonner ses forces ni harmoniser ses divergences et rivalités d'intérêts, de races, et de nationalismes. Malgré ses accomplissements matérialistes incomparables, la société humaine laïcisée se désintègre lentement. La principale force de cohésion résistant à cette désintégration d'antagonismes est le nationalisme. Or le nationalisme est le principal obstacle à la paix mondiale.

La faiblesse inhérente au laïcisme vient de ce qu'il rejette la morale et la religion en faveur de la politique et du pouvoir. Il est tout simplement impossible d'établir la fraternité des hommes en ignorant ou en reniant la paternité de Dieu.

L'optimisme laïc en matière sociale et politique est une illusion. Sans Dieu, ni la libération et la liberté, ni les biens et la richesse n'apporteront la paix.

La laïcisation complète de la science, de l'éducation, de l'industrie, et de la société ne peut conduire qu'au désastre. Durant le premiers tiers du XXième siècle, les Urantiens ont tué plus d'hommes que durant les dix-neuf premiers siècles de la dispensation chrétienne. Et ce n'est que le commencement de l'affreuse moisson du matérialisme et du laïcisme; des destructions plus terribles sont encore à venir (1).

  (1) Écrit en 1935 — avant la seconde guerre mondiale de 1939-1944

9. — LE PROBLÈME DU CHRISTIANISME

N'oubliez pas la valeur de votre héritage spirituel, le fleuve de vérité coulant à travers les siècles, même jusqu'à l'époque stérile d'un âge matérialiste et laïc. Dans tous vos valeureux efforts pour vous débarrasser des credos superstitieux des âges passés, assurez-vous que vous vous accrochez bien à la vérité éternelle. Mais soyez patients! Quand la présente révolte superstitieuse aura pris fin, les vérités de l'évangile de Jésus persisteront glorieusement pour éclairer une voie nouvelle et meilleure.

Le christianisme paganisé et socialisé a besoin d'un nouveau contact avec les enseignements sans compromis de Jésus; il languit faute d'une vision élargie de la vie terrestre du Maître. Une révélation nouvelle et plus complète de la religion de Jésus est destinée à triompher d'un empire de laïcisme matérialiste et à renverser un courant mondial de naturalisme mécaniste. Urantia frémit actuellement au bord même d'une de ses époques les plus stupéfiantes et passionnantes de rajustement social, de stimulation morale, et d'éclairement spirituel.

Même grandement modifiés, les enseignements de Jésus ont survécu aux cultes des mystères de leur époque natale, à l'ignorance et à la superstition des âges de ténèbres; maintenant ils triomphent lentement du matérialisme, du machinisme, et du laïcisme du XXième siècle. Les grandes époques d'épreuves et de défaites menaçantes sont toujours des périodes de grande révélation.

La religion a besoin de nouveaux animateurs, d'hommes et de femmes spirituellement doués qui oseront répandre uniquement de Jésus et de ses incomparables enseignements. Si le christianisme persiste à négliger sa propre mission tout en s'affairant à des problèmes sociaux et matériels, il faudra que sa renaissance spirituelle attende la venue des nouveaux instructeurs de la religion de Jésus qui se consacreront exclusivement à la régénération spirituelle des hommes. Alors ces âmes nées d'esprit fourniront rapidement les directives et l'inspiration nécessaires à la l'organisation sociale, morale, économique, et politique du monde.

L'âge moderne refusera d'accepter une religion incompatible avec les faits et en désaccord avec les conceptions les plus élevées de la vérité, de la beauté, et de la bonté. L'heure est venue de redécouvrir les vrais fondements originels du christianisme aujourd'hui déformé et plein de compromis — la vie et les enseignements réels de Jésus.

Les hommes primitifs vivaient une vie d'asservissement superstitieux à la peur religieuse. Les civilisés modernes redoutent de tomber sous la domination de fortes convictions religieuses. Les penseurs ont toujours craint d'être liés par une religion. Quand une religion forte et active menace de les dominer, ils tentent invariablement de la rationaliser, d'en faire une tradition, et de la transformer en une institution, dans l'espoir de pouvoir ainsi la contrôler. Par ce processus, même une religion révélée devient une croyance établie et dominée par des hommes. Les hommes et les femmes modernes et intelligents fuient la religion de Jésus par crainte de ce qu'elle leur fera — et de ce qu'elle fera d'eux. Toutes ces craintes sont bien fondées. En vérité la religion de Jésus domine et transforme ses fidèles; elle exige que les hommes consacrent leur vie à rechercher la connaissance de la volonté du Père céleste et demande que les énergies vivantes soient affectées au service désintéressé de la confraternité des hommes.

Tout simplement, les hommes et les femmes égoïstes ne veulent pas payer ce prix, même en échange du plus grand trésor spirituel qui ait jamais été offert aux mortels. Il faut attendre que les hommes aient été suffisamment désillusionnés par les tristes déceptions accompagnant la poursuite insensés et trompeuse de l'égoïsme, et qu'ils aient découvert la stérilité de la religion formaliste. C'est alors seulement qu'ils se tourneront de tout coeur vers l'évangile du royaume, la religion de Jésus de Nazareth.

Le monde a besoin d'une religion de première main. Même le christianisme — la meilleure religion du XX' siècle — n'est pas seulement une religion à propos de Jésus, mais il est largement une religion que les hommes expérimentent de seconde main. Ils prennent leur religion intégralement telle qu'elle leur est transmise par leurs chefs religieux acceptés. Quel réveil il y aurait dans le monde si l'on pouvait seulement voir Jésus tel qu'il a réellement vécu sur terre et connaître de première main ses enseignements donnant la vie! Les paroles décrivant de belles choses ne peuvent passionner autant que la vue de ces choses; la récitation de credos ne peut pas non plus inspirer les âmes humaines comme l'expérience de connaître la présence de Dieu. Cependant, la foi attentive gardera toujours ouverte la porte de l'espérance de l'âme humaine pour laisser entrer les éternelles réalités spirituelles des valeurs divines des mondes de l'au-delà.

Le christianisme a osé abaisser ses idéaux devant le défi lancé par l'avidité humaine, la folie guerrière, et la convoitise du pouvoir. Mais la religion de Jésus subsiste comme une convocation spirituelle immaculée et transcendante; elle appelle ce qu'il y a de meilleur dans les hommes à s'élever au-dessus de tous ces héritages de l'évolution animale, et à atteindre par la grâce les hauteurs morales de la véritable destinée humaine.

Le christianisme est menacé de mort lente par le formalisme, l'excès d'organisation, l'intellectualisme, et d'autres tendances non spirituelles. L'Église chrétienne moderne n'est pas une confraternité de croyants dynamiques comme celle que Jésus avait chargée d'effectuer la transformation spirituelle continue des générations successives de l'humanité.

Le christianisme d'aujourd'hui est devenu un mouvement social et culturel autant qu'une croyance et une pratique religieuse. Le courant du christianisme moderne draine un bon nombre d'anciens marécages païens et bien des marais du barbarisme. Beaucoup d'anciennes cascades spirituelles affluent dans le courant culturel d'aujourd'hui en même temps que les cours d'eau venant des hauts plateaux de Galilée, qui sont censés être sa source exclusive.

10. — L'AVENIR

En vérité, le christianisme a rendu un grand service au monde, mais maintenant c'est de Jésus dont on a le plus besoin. Il faut que le monde voie Jésus vivre à nouveau sur terre dans l'expérience des mortels nés d'esprit qui révèlent effectivement le Maître à tous les hommes. Il est futile de parler d'une renaissance du christianisme primitif; il faut avancer en partant du point où l'on se trouve. Il faut que la culture moderne soit baptisée d'une nouvelle révélation de la vie de Jésus et éclairée par une nouvelle compréhension de son évangile de salut éternel. Quand Jésus sera ainsi élevé dans la pensée des hommes, il les attirera tous à lui. Plutôt que des conquérants, ses disciples devraient être pour l'humanité des sources débordantes d'inspiration et de vie rehaussée. La religion n'est qu'un humanisme exalté jusqu'à ce qu'il soit rendu divin par la découverte que la présence de Dieu est réelle dans l'expérience personnelle de chacun.

La beauté et la sublimité de la vie terrestre de Jésus, son humanité et sa divinité, sa simplicité et son caractère unique présentent une image frappante et attirante du sauvetage des hommes et de la révélation de Dieu. Cet exemple devrait suffire à empêcher les théologiens et les philosophes de toutes les époques d'oser formuler des credos et créer des systèmes théologiques de servitude spirituelle en partant de cette effusion transcendantale de Dieu sous forme d'un homme. En Jésus, l'univers a produit un homme chez qui l'esprit d'amour a vaincu les handicaps matériels du temps et triomphé de son origine physique.

Souvenez-vous toujours que Dieu et l'homme ont besoin l'un de l'autre. Ils sont mutuellement nécessaires pour atteindre l'expérience de la personnalité éternelle dans la destinée divine de la finalité de l'univers.

« Le royaume de Dieu est en vous ». C'est probablement la plus grande proclamation que Jésus ait jamais faite, après la déclaration que son Père est un esprit vivant et aimant.

Pour gagner des âmes au Maître, ce n'est pas la première lieue parcourue par obligation, devoir, ou convention qui transformera les hommes et leur monde, mais plutôt la seconde lieue de service libre et de dévotion aimant la liberté; elle dénote que le disciple a tendu la main à la manière de Jésus pour saisir son frère et l'amener, sous gouverne spirituelle, vers le but supérieur et divin de l'existence humaine. Même aujourd'hui, le christianisme parcourt volontiers la première lieue, mais l'humanité languit et marche en trébuchant dans les ténèbres spirituelles parce qu'il y a trop peu de disciples authentiquement prêts à parcourir la seconde lieue — trop peu de partisans avoués de Jésus qui vivent et aiment réellement comme il enseigna à ses disciples à vivre, aimer, et servir.

L'appel à l'aventure pour construire une société humaine nouvelle et transformée, en faisant renaître spirituellement la confraternité du royaume enseignée par Jésus, devrait passionner tous ceux qui croient en lui et leur inspirer des sentiments plus vifs que les hommes n'en ont jamais éprouvé depuis l'époque où ils étaient ses compagnons terrestres.

Nul système social ou régime politique niant la réalité de Dieu ne peut contribuer d'une manière constructive et durable à l'avancement de la civilisation humaine. Le christianisme, tel qu'il est aujourd'hui subdivisé et laïcisé, présente le plus grand de tous les obstacles à la poursuite du progrès de l'humanité; cela est spécialement vrai en ce qui concerne l'Orient.

La domination ecclésiastique est immédiatement et éternellement incompatible avec la foi vivante, l'esprit croissant, et l'expérience de première main des compagnons de Jésus par la foi dans la confraternité des hommes spirituellement associés au royaume des cieux. Le désir louable de préserver la tradition des accomplissements passés conduit souvent à défendre des modes d'adoration périmés. Le désir bien intentionné d'entretenir d'anciens systèmes de pensée empêche efficacement de présenter des méthodes et moyens nouveaux et appropriés destinés à satisfaire les ardents désirs spirituels de la pensée en expansion et en progrès des hommes modernes. De même, les Églises chrétiennes du XXième siècle se dressent comme des obstacles immenses, mais d'une manière totalement inconsciente, devant le progrès immédiat du véritable évangile — l'enseignement de Jésus de Nazareth.

Bien des personnes sérieuses, qui seraient heureuses d'offrir leur fidélité au Christ de l'évangile, trouvent très difficile de soutenir avec enthousiasme une Église qui se prétend à tort fondée par Jésus, et qui tient si peu compte de l'esprit de sa vie et de ses enseignements. Jésus n'est pas le fondateur de l'Église chrétienne mais, de toutes les manières compatibles avec sa nature, il l'a entretenue comme le meilleur porte-parole de l'oeuvre de sa vie sur terre.

Si l'Église chrétienne osait seulement adopter le programme du Maître, des milliers de jeunes, apparemment indifférents, se précipiteraient pour s'enrôler dans cette entreprise spirituelle et n'hésiteraient pas à aller jusqu'au bout dans cette grande aventure.

Le christianisme doit sérieusement faire face à la condamnation incorporée dans un de ses propres dictons: « Une maison divisée contre elle-même ne peut subsister ». Le monde non-chrétien n'acceptera pas de capituler devant une chrétienté divisée en sectes. Jésus vivant représente le seul espoir possible d'unifier le christianisme. La véritable Église — la confraternité de Jésus — est invisible, spirituelle, et caractérisée par l'unité, mais non nécessairement par l'uniformité. L'uniformité est le symbole du monde physique de nature machinale. L'unité spirituelle est le fruit de l'union par la foi avec Jésus vivant. L'Église visible devrait refuser de continuer à handicaper le progrès de la confraternité invisible et spirituelle du royaume de Dieu. Cette confraternité est destinée à devenir un organisme vivant, contrastant avec une organisation sociale passée au rang d'institution. Les organisations sociales peuvent bien être utilisées par la confraternité, mais il ne faut pas qu'elles la supplantent.

Toutefois, le christianisme du XXième siècle mérite considération. Il est le produit du génie moral conjugué des hommes de multiples races ayant connu Dieu durant de nombreux âges; il a vraiment été d'une des plus grandes puissances bénéfiques sur terre. C'est pourquoi les hommes ne devraient pas le considérer à la légère, malgré ses défauts inhérents et acquis. Le christianisme s'efforce encore d'agir par de puissantes émotions morales sur la pensée des hommes réfléchis.

Mais quand l'Église se lance dans le commerce et la politique, elle n'a pas d'excuse; ces alliances impies sont une flagrante trahison du Maître. Les amis sincères de la vérité mettront longtemps à oublier que la puissante Église institutionnelle a souvent eu l'audace d'étouffer des croyances nouvellement nées et de persécuter les porteurs de vérité qui avaient la malchance d'apparaître sous des vêtements non orthodoxes.

Il est malheureusement trop vrai que cette Église n'aurait pas survécu s'il n'y avait eu dans le monde des hommes pour préférer cette sorte d'adoration. Beaucoup d'âmes spirituellement indolentes désirent ardemment une religion ancienne de rites et de traditions sacrées qui fasse autorité. L'évolution humaine et le progrès spirituel ne sont guère suffisants pour permettre à tous les hommes de se dispenser d'une autorité religieuse. La confraternité invisible du royaume peut très bien inclure les groupes familiaux de classes sociales et de caractères variés, pourvu que leurs membres soient disposés à devenir des fils de Dieu, vraiment conduits par l'esprit. Mais, dans cette confraternité de Jésus, il n'y a place ni pour des rivalités sectaires, ni pour des rancunes collectives, ni pour des affirmations de supériorité morale et d'infaillibilité spirituelle.

Les divers groupements de Chrétiens peuvent servir à concilier de nombreux types différents d'hommes désireux de croire, parmi les divers peuples de la civilisation occidentale, mais cette division de la chrétienté présente une sérieuse faiblesse quand elle essaye d'apporter l'évangile de Jésus aux peuples orientaux. Ces races ne comprennent pas encore qu'il existe une religion de Jésus séparée et quelque peu distincte du christianisme, lequel est de plus en plus devenu une religion à propos de Jésus.

Le grand espoir d'Urantia réside dans la possibilité d'une nouvelle révélation de Jésus, avec une présentation neuve et élargie de son message sauveur, qui unirait spirituellement, dans un amour secourable, les nombreuses familles de ceux qui se prétendent aujourd'hui ses fidèles.

Même l'éducation laïque pourrait aider à cette grande renaissance spirituelle si elle voulait prêter plus d'attention à apprendre aux jeunes la manière de faire des plans pour la vie, et d'accomplir des progrès de caractère. Le but de toute éducation devrait consister à entretenir et à poursuivre le dessein suprême de la vie, le développement d'une personnalité digne et bien équilibrée. Il y a grand besoin d'enseigner la discipline morale a la place de tant de satisfactions égoïstes. Sur ces bases, la religion peut apporter la contribution de ses mobiles spirituels pour élargir et enrichir la vie humaine, même jusqu'à la sécurité et à l'élévation de la vie éternelle.

Le christianisme est une religion improvisée; il faut donc qu'elle opère avec une faible démultiplication. Les performances spirituelles à forte démultiplication doivent attendre la nouvelle révélation et l'acceptation plus généralisée de la vraie religion de Jésus. Le christianisme est cependant une puissante religion, puisque les simples disciples d'un charpentier crucifié ont lancé les enseignements qui ont vaincu l'empire romain en trois siècles et ont poursuivi leur action en triomphant des barbares qui renversèrent Rome. Ce même christianisme a vaincu — absorbé et exalté — tout le courant de la théologie hébraïque et de la philosophie grecque. Ensuite, quand la religion chrétienne est entrée dans le coma pendant plus de mille ans par suite d'une dose excessive de mystères et de paganisme, elle s'est ressuscitée elle-même et a virtuellement reconquis tout le monde occidental. Le christianisme contient suffisamment d'enseignements de Jésus pour devenir immortel.

Si seulement le christianisme pouvait saisir une plus grande partie des enseignements de Jésus, il pourrait beaucoup mieux aider les hommes modernes à résoudre leurs problèmes nouveaux et de plus en plus complexes.

Le christianisme souffre d'un grand handicap parce que les penseurs du monde entier l'ont identifié à une partie du système social, de la vie industrielle, et des critères moraux de la civilisation occidentale. C'est ainsi que le christianisme a involontairement paru recommander une société qui chancelle sous la culpabilité de tolérer la science sans idéalisme, la politique sans principes, la fortune sans travail, le plaisir sans restriction, la connaissance sans caractère, le pouvoir sans conscience, et l'industrie sans moralité.

L'espoir du christianisme moderne consiste à cesser de prôner les systèmes sociaux et la politique industrielle de la civilisation occidentale, à s'incliner humblement devant la croix qu'il exalte si vaillamment, et à y apprendre à nouveau de Jésus de Nazareth les plus grandes vérités que les mortels puissent jamais entendre — l'évangile vivant de la paternité de Dieu et de la fraternité des hommes.

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