La cosmogonie d'Urantia

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155. En Fuite à Travers la Galilée du Nord

LA COSMOGONIE D'URANTIA - FASCICULE 155. EN FUITE À TRAVERS LA GALILÉE DU NORD

PEU après avoir accosté près de Gérasa lors de ce dimanche mouvementé, Jésus et les vingt-quatre remontèrent un peu vers le nord et passèrent la nuit dans un parc magnifique au sud de Bethsaïde-Juliade. Ils connaissaient bien ce campement pour s'y être arrêtés dans le passé. Avant de se retirer pour la nuit, le Maître appela ses disciples autour de lui et discuta avec eux l'itinéraire de leur voyage vers la côte de Phénicie en passant par Batanée et le nord de la Galilée.

1. -- POURQUOI LES PAÏENS SONT-ILS FURIEUX?

Jésus dit: « Rappelez-vous tous comment le Psalmiste à parlé de notre époque en disant: « Pourquoi les païens sont ils furieux et les peuples complotent-ils en vain? Les rois de la terre s'établissent eux-mêmes et les chefs du peuple prennent conseil entre eux, contre l'Éternel et contre son Oint, en disant: Brisons les liens de la miséricorde et rejetons les chaînes de l'amour ».

« Vous voyez cette prophétie s'accomplir aujourd'hui sous vos yeux, mais vous ne verrez pas se réaliser le reste, car le Psalmiste avait des idées fausses sur le Fils de l'Homme et sa mission sur terre. Mon royaume est fondé sur l'amour, proclamé en miséricorde, et établi par le service désintéressé. Mon Père ne siège pas au ciel en tournant les païens en dérision. Dans son grand déplaisir, il n'est pas courroucé. Il est fidèle à la promesse que le Fils aura pour héritage ces soi-disant païens -- en réalité ces frères ignorants et dépourvus d'instruction. Et je recevrai ces Gentils les bras ouverts avec miséricorde et affection. Je témoignerai cet affectueux amour aux soi-disant païens, malgré la malencontreuse proclamation du Psaume affirmant que le Fils triomphant « les brisera avec une verge de fer et les mettra en pièces comme un vase de potier ». Le Psalmiste vous a exhortés à « servir le Seigneur avec crainte », -- mais moi je vous invite à jouir des privilèges supérieurs de la filiation divine par la foi. Il vous commande de vous réjouir en tremblant; moi je vous demande de vous réjouir avec assurance. Il dit: «Embrassez le Fils, de crainte qu'il ne s'irrite et que vous périssiez quand sa colère sera allumée ». Mais vous qui avez vécu avec moi, vous savez bien que ni la colère ni le courroux ne contribuent à établir le royaume des cieux dans le coeur des hommes. Par contre, le Psalmiste eut un aperçu de la vraie lumière lorsqu'il dit à la fin de son exhortation: « Bénis soient ceux qui mettent leur confiance dans ce Fils ».

Jésus continua à enseigner les vingt-quatre en disant: « Les païens où quelques excuses quand ils sont furieux contre nous. Du fait que leur point de vue est mesquin et étriqué, ils peuvent concentrer leurs énergies avec enthousiasme. Leur but est proche d'eux et plus ou moins visible; c'est pourquoi ils font de vaillants efforts et sont efficaces dans l'exécution. Vous avez proclamé votre entrée dans le royaume des cieux, mais la conduite de votre enseignement est trop vacillante et imprécise. Les païens portent des coups directs pour atteindre leurs objectifs. Vous êtes coupables d'avoir trop de désirs latents. Si vous voulez entrer dans le royaume, pourquoi ne pas vous en emparer par un assaut spirituel, comme les païens s'emparent d'une ville qu'ils assiègent? Vous n'êtes guère dignes du royaume quand votre service consiste principalement à regretter le passé, à gémir sur le présent, et à formuler de vains espoirs pour l'avenir. Pourquoi les païens sont-ils furieux? Parce qu'ils ne connaissent pas la vérité. Pourquoi languissez-vous dans des désirs futiles? Parce que vous n'obéissez pas à la vérité. Cessez le formuler vos désirs inutiles, et allez courageusement faire ce qui concerne l'établissement du royaume.

« Dans tout ce que vous ferez, ne soyez partiaux et ne vous spécialisez pas à l'excès. Les pharisiens qui cherchent à nous anéantir croient véritablement servir Dieu. La tradition les a tellement étriqués qu'ils sont aveuglés par les préjugés et en endurcis par la peur. Considérez les Grecs, qui ont une science dépourvue de religion, alors que les Juifs ont une religion dépourvue de science. Quand les hommes s'égarent ainsi en acceptant de désintégrer la vérité dans l'étroitesse et la confusion, leur seul espoir de salut consiste à se coordonner avec la vérité -- à se convertir.

« Laissez-moi vous affirmer énergiquement cette vérité éternelle: « Si, en vous harmonisant avec la vérité, vous apprenez à donner dans votre vie l'exemple de cette magnifique droiture, vos semblables vous rechercheront pour obtenir ce que vous aurez ainsi acquis. La mesure dans laquelle les chercheurs de vérité seront attirés vers vous représente la mesure de votre don de vérité, de votre droiture. La mesure dans laquelle il faut que vous fassiez de la propagande représente, en un certain sens, la mesure de votre inaptitude à vivre la vie saine et droite, la vie harmonisée avec la vérité ».

Le Maître enseigna encore bien des choses à ses apôtres et aux évangélistes avant qu'ils ne lui souhaitent le bonsoir et aillent se reposer pour la nuit.

2. -- LES ÉVANGELISTES À CHORAZIN

Le lundi matin 23 mai, Jésus ordonna à Pierre d'aller à Chorazin avec les douze évangélistes. De son côté, avec les onze autres apôtres, il partit pour Césarée-Philippe en remontant le Jourdain jusqu'à la route de Damas à Capharnaüm, puis en allant vers le nord-est rejoindre la route conduisant à Césarée-Philippe. Ils arrivèrent dans cette ville au cours de l'après-midi du mardi 24 mai; ils y demeurèrent et y enseignèrent pendant quinze jours.

Pierre et les évangélistes restèrent deux semaines à Chorazin, prêchant l'évangile du royaume à un groupe de croyants peu nombreux, mais sérieux. Ils ne purent convertir beaucoup de monde. Aucune ville de Galilée ne fournit moins d'âmes au royaume que Chorazin. Conformément aux instructions de Pierre, les douze évangélistes parlèrent moins de guérisons -- de choses physiques --- mais prêchèrent et enseignèrent avec une vigueur accrue les vérités spirituelles du royaume des cieux. Ces deux semaines à Chorazin constituèrent un véritable baptême d'adversité pour les douze évangélistes, en ce sens que ce fut et la plus difficile et la plus improductive qu'ils eussent vécue jusque-là. Privés de la satisfaction de gagner des âmes au royaume, chacun d'eux scruta plus sérieusement et honnêtement sa propre âme et ses progrès dans les voies spirituelles de la vie nouvelle.

Le mardi 7 juin, il devint clair qu'il n'y aurait plus à Chorazin de nouveaux candidats cherchant à entrer dans le royaume. Pierre rassembla donc ses compagnons et partit rejoindre Jésus et les apôtres à Césarée-Philippe. Ils y arrivèrent le mercredi 8 vers midi et passèrent toute la soirée à raconter leurs aventures parmi les incroyants de Chorazin. Durant les discussions de cette soirée, Jésus reparla de la parabole du semeur et leur donna de longues explications sur la signification des échecs apparents dans les entreprises de la vie.

3. -- À CÉSARÉE-PHILIPPE

Jésus n'enseigna pas en public durant ce séjour de deux semaines près de Césarée-Philippe, mais les apôtres tinrent dans la ville des réunions nombreuses et paisibles; beaucoup de croyants vinrent au camp pour converser avec le Maître, mais très peu d'entre eux s'intégrèrent au groupe à la suite de leur visite. Jésus s'entretint quotidiennement avec les apôtres; ils discernèrent plus clairement qu'une nouvelle phase de la prédication du royaume entrait en jeu. Ils commencèrent à comprendre que « le royaume des cieux n'est pas nourriture et boisson, mais la réalisation de la joie spirituelle d'accepter la filiation divine ».

Le séjour à Césarée-Philippe fut une réelle épreuve pour les onze apôtres; ce fut pour eux une quinzaine difficile à passer. Ils étaient assez déprimés, et il leur manquait le stimulant périodique de la personnalité enthousiaste de Pierre. A cette époque, le fait de croire en Jésus et de partir pour le suivre était vraiment une grande aventure et une épreuve. Ils firent peu de conversions durant cette quinzaine, mais entendirent beaucoup de leçons profitables durant leurs conférences quotidiennes avec le Maître.

Les apôtres apprirent que les Juifs étaient spirituellement stagnants et mourants parce qu'ils avaient cristallisé la vérité en un credo. Si l'on formule la vérité sous l'aspect d'une ligne frontière d'exclusivisme pharisaïque, au lieu de la présenter comme des poteaux indicateurs de directives et de progrès spirituels, les enseignements correspondants perdent leur pouvoir créatif et vivifiant et finissent par devenir simplement conservateurs et fossilisants.

Jésus leur enseigna progressivement à regarder les personnalités humaines sous l'aspect de leurs possibilités dans le temps et l'éternité. Ils apprirent que la meilleure manière d'amener bien des âmes à aimer le Dieu invisible consiste à leur enseigner d'abord à aimer leurs semblables qu'ils peuvent voir. A cette occasion, une nouvelle signification fut attachée à la proclamation du Maître concernant le service désintéressé d'autrui: « Dans la mesure où vous l'avez fait au plus humble de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait».

L'une des grandes leçons de ce séjour à Césarrée porta sur l'origine des traditions religieuses et le grave danger de laisser attacher un caractère sacré a des choses non sacrées, à des idées ordinaires, ou à des événements quotidiens. Une conférence se termina par l'enseignement que la véritable religion d'un homme est la fidélité qu'il ressent dans son coeur envers ses convictions les plus élevées et les plus sincères.

Jésus prévint ses partisans que, si leurs aspirations religieuses étaient uniquement matérielles, leur connaissance croissante de la nature remplacerait progressivement leurs hypothèses sur l'origine surnaturelle des choses et finirait par leur ôter leur foi en Dieu. Par contre, si leur religion était spirituelle jamais les progrès des sciences physiques ne pourraient troubler leur foi clans les réalités éternelles et les valeurs divines.

Les apôtres et les évangélistes apprirent que si a religion a des mobiles entièrement spirituels, elle rend la vie plus digne d'être vécue; elle la meuble de buts élevés, lui confère la majesté des valeurs transcendantales, lui apporte l'inspiration de motifs magnifiques, et réconforte constamment l'âme humaine par une espérance sublime et fortifiante. La vraie religion est destinée à diminuer les tensions de l'existence; elle inspire de la foi et du courage pour la vie quotidienne et le service désintéressé. La foi développe la vitalité spirituelle et la fécondité de la droiture.

Jésus enseigna maintes fois à ses apôtres que nulle civilisation ne peut survivre longtemps à la perte de l'essentiel de sa religion. Il ne se lassa jamais de signaler aux douze le très grave danger de substituer des cérémonies et des symboles religieux à l'expérience religieuse personnelle. Toute sa vie terrestre fut consacrée à dégeler les formes cristallisées de la religion pour leur donner la libre fluidité d'une filiation éclairée.

4. -- SUR LA ROUTE DE PHÉNICIE

Le jeudi matin 9 juin, après que les messagers de David eurent apports de Bethsaïde les nouvelles sur les progrès du royaume, le groupe des vingt-cinq instructeurs de la vérité quitta Césarée-Philippe et se dirigea vers la Phénicie. Ils contournèrent la contrée marécageuse par Luz, rejoignirent la piste allant de Magdala au Mont Liban, et là suivirent jusqu'au croisement avec la route conduisant a Sidon où ils arrivèrent le vendredi après-midi.

Au cours d'une pause pour le déjeuner à l'ombre d'une corniche rocheuse surplombante, Jésus fit aux apôtres l'un des discours les plus remarquables qu'ils eussent entendus durant leurs années de collaboration avec lui. A peine s'étaient-ils assis pour rompre le pain que Simon Pierre demanda à Jésus: «Maître, puisque le Père céleste connaît toutes choses, et puisque son esprit est notre soutien pour établir sur terre le royaume des cieux, comment se fait-il que nous devions fuir devant les menaces de nos ennemis? Pourquoi ne faisons-nous pas face aux ennemis de la vérité? » Avant que Jésus ait pu répondre, Thomas intervint en demandant: « Maître, je voudrais réellement savoir ce qu'il y a de faux dans la religion de nos ennemis à Jérusalem. Quelle est la différence fondamentale entre leur religion et la nôtre? » Après l'interruption de Thomas, Jésus dit: « Je ne me désintéresse pas de la question de Pierre, car je sais parfaitement combien il est facile de mal interpréter mes raisons d'éviter en ce moment un conflit ouvert avec les chefs des Juifs; mais je crois plus profitable pour vous tous qui je choisisse plutôt de répondre à la question de Thomas. Je ne manquerai pas de le faire dès que vous aurez fini de déjeuner ».

5. -- LE DISCOURS SUR LA VRAIE RELIGION (Accueil)

Ce mémorable discours sur la religion, résumé et retranscrit en langage moderne, exprima les vérités suivantes:

Bien que les religions du monde aient une origine double dans la nature et dans la révélation on retrouve à tout moment, chez n'importe quel peuple, trois formes distinctes de dévotion religieuse, et voici les trois manifestations de ce besoin de religion:

   1. La religion primitive. Le besoin semi-naturel et instinctif de craindre des énergies mystérieuses et d'adorer des forces supérieures; c'est principalement la religion de la nature physique, la religion de la peur.

   2. La religion de la civilisation. Ce sont les conceptions et les pratiques religieuses évoluantes des races qui se civilisent -- la religion de la pensée -- la théologie intellectuelle appuyée sur l'autorité de la tradition religieuse établie.

   3. La vraie religion, celle de la révélation. C'est la révélation des valeurs surnaturelles, une pénétration partielle des réalités éternelles, un aperçu de la bonté et de la beauté du caractère infini du Père céleste -- la religion de l'esprit telle quelle est démontrée dans l'expérience humaine.

Le Maître refusa de minimiser la religion des sens physiques et les craintes superstitieuses de l'homme primitif, mais il déplora le fait que cette forme initiale d'adoration subsistât encore à un pareil degré dans les pratiques religieuses des races les plus intelligentes de l'humanité. Jésus exposa clairement la grande différence entre la religion intellectuelle et la religion spirituelle: alors que la première est soutenue par l'autorité ecclésiastique, la seconde est entièrement fondée sur l'expérience humaine.

Puis le Maître poursuivit cette leçon d'une heure en dégageant les vérités suivantes:

Jusqu'à ce que les races deviennent très intelligentes et plus complètement civilisées, on verra subsister beaucoup de ces cérémonies enfantines et superstitieuses si caractéristiques des pratiques religieuses évolutionnaires des peuples primitifs et arriérés. Jusqu'à ce que la race humaine atteigne un niveau supérieur où elle reconnaîtra d'une manière plus générale les réalités de l'expérience spirituelle, un grand nombre d'hommes et de femmes continueront à faire montre d'une préférence personnelle pour les religions d'autorité n'exigeant qu'un assentiment intellectuel. Elles contrastent avec la religion de l'esprit, qui implique une participation active de la pensée et de l'âme à l'entreprise de foi consistant à en venir aux prises avec les rigoureuses réalités de l'expérience humaine progressive.

L'acceptation des religions traditionnelles d'autorité offre un exutoire facile au besoin qu'ont les hommes de satisfaire les ardents désirs de leur nature spirituelle. Les religions d'autorité, bien assises, cristallisées, et établies, fournissent un abri tout prêt où les âmes humaines désaxées et bouleversées peuvent se réfugier quand elles sont assaillies de craintes et tourmentées d'incertitudes. Comme prix à payer pour les satisfactions et les assurances qu'elles donnent, elles n'exigent qu'un assentiment passif et purement intellectuel.

On verra encore longtemps vivre sur terre des individus timides, craintifs, et hésitants qui préfèrent obtenir ainsi leurs consolations religieuses. Pourtant, en liant leur sort à celui des religions d'autorité, ils compromettent la souveraineté de la personnalité, avilissent la dignité du respect de soi, et renoncent complètement au droit de participer à la plus passionnante et vivifiante de toutes les expériences humaines: la recherche personnelle de la vérité, la joie d'affronter les périls de la découverte intellectuelle, la résolution d'explorer les réalités de l'expérience religieuse personnelle, la satisfaction suprême du triomphe personnel dans la victoire de la foi spirituelle sur les doutes intellectuels; cette victoire se gagne honnêtement dans l'aventure suprême de toute l'existence humaine -- celle de l'homme qui recherche Dieu pour lui-même et en tant que lui-même, et qui le trouve.

La religion de l'esprit signifie effort, lutte, conflit, foi, résolution, amour, fidélité, et progrès. La religion dogmatique — la théologie d'autorité — n'exige de ses croyants officiels qu'une partie infime de ces efforts. La tradition est un refuge sûr et un sentier facile pour les âmes tièdes et craintives qui évitent instinctivement les luttes spirituelles et les incertitudes mentales accompagnant les aventures audacieuses. Les hommes de foi voyagent en haute mer, sur les océans des vérités inexplorées, à la recherche des rivages lointains, des réalités spirituelles susceptibles d'être découvertes par la pensée humaine progressive et expérimentées par l'âme humaine en évolution.

Puis Jésus continua en disant: « à Jérusalem, les chefs religieux ont cristallisé les diverses doctrines de leurs maîtres traditionnels et des prophètes d'autrefois en un système établi de credos intellectuels, en une religion d'autorité. Les religions de ce genre font principalement appel à l'intellect. Nous sommes maintenant sur le point d'entrer dans une lutte à mort avec cette religion, car nous allons bientôt commencer à proclamer une nouvelle religion qui n'en est pas une au sens couramment attribué à ce mot -- une religion qui fait principalement appel à l'esprit divin de mon Père habitant la pensée des hommes; une religion qui tirera son autorité des fruits de son acceptation, et ces fruits apparaîtront avec certitude dans l'expérience personnelle de tous ceux qui croiront réellement et sincèrement aux vérités de cette communion spirituelle supérieure ».

Montrant successivement du doigt les vingt-quatre, et les appelant chacun par leur nom, Jésus dit: « Et maintenant, qui d'entre vous préférerait prendre le chemin facile du conformisme à une religion établie et fossilisée comme celle que défendent les pharisiens de Jérusalem, plutôt que de subir les difficultés et les persécutions accompagnant la proclamation d'une meilleure voie de salut pour les hommes? Vous savez qu'en annonçant l'évangile, vous aurez la satisfaction de découvrir, pour vous-mêmes les beautés d'une expérience vivante et personnelle des vérités éternelles et des grandeurs suprêmes du royaume des cieux. Etes-vous craintifs, mous, et douillets? Avez-vous peur de confier votre avenir aux mains du Dieu de vérité dont vous êtes les fils? Vous méfiez-vous du Père, dont vous êtes les enfants? Allez-vous reprendre le sentier facile de la certitude et de la fixité intellectuelle de la religion traditionnelle d'autorité, ou allez-vous vous cuirasser pour vous avancer avec moi dans l'avenir incertain et trouble où nous proclamerons les vérités nouvelles de la religion de l'esprit, le royaume des cieux dans le coeur des hommes? »

Les vingt-quatre auditeurs se levèrent tous avec l'intention de notifier leur réponse fidèle et unanime à cet appel émotif, l'un des rares que Jésus leur eût jamais adressés, mais leva la main pour les arrêter et dit: « Séparez-vous maintenant; que chacun aille seul avec le Père et trouve la réponse non sentimentale à ma question. Quand vous aurez découvert le véritable et sincère comportement de votre âme, donnez franchement et audacieusement votre réponse à mon Père, qui est aussi le vôtre, et dont la vie infinie d'amour est l'esprit de la religion que nous proclamons ».

Les évangélistes et les apôtres allèrent chacun de leur côté pendant un bref moment. Leurs esprits étaient soulevés, leurs pensées étaient inspirées, et leurs émotions puissamment remuées par les paroles de Jésus. Toutefois, lorsqu'André les rassembla, le Maître se borna à dire: « Reprenons notre route. Nous partons pour la Phénicie où nous resterons un certain temps; chacun de vous devrait prier le Père de transformer vos émotions mentales et corporelles en fidélités mentales supérieures et en expériences spirituelles plus satisfaisantes ».

Le long de la route, les apôtres furent d'abord silencieux, mais ils ne tardèrent pas à échanger leurs vues entre eux et, à trois heures de l'après-midi, ils n'y tinrent plus. Ils s'arrêtèrent, et Pierre alla trouver Jésus en lui disant: « Maître, tu nous as adressé des paroles de vie et de vérité. Nous voudrions en entendre davantage; nous te supplions de nous parler encore de ces questions ».

6. -- LE SECOND DISCOURS SUR LA RELIGION

Ils s'arrêtèrent alors sur un flanc de coteau ombragé, et Jésus continua à leur enseigner la religion de l'esprit en leur disant en substance:

Vous avez émergé parmi vos compagnons qui ont choisi de se satisfaire d'une religion mentale; ils désirent ardemment la sécurité et préfèrent le conformisme. Vous avez décidé d'échanger vos sentiments de certitude autoritaire contre les assurances de l'esprit de foi aventureux et progressif. Vous avez osé protester contre l'épuisante servitude des traditions écrites actuellement considérées comme la parole de Dieu. Il est exact que notre Père a parlé par la bouche de Moïse, d'Elie, d'Isaïe, d'Amos, et d'Osée, mais il n'a pas cessé d'apporter des paroles de vérité au monde après que ces prophètes de jadis eurent terminé leurs proclamations. Mon Père ne fait pas acception de races ni de générations en octroyant la parole de vérité à une époque et en la refusant à la suivante. Ne commettez pas la folie d'appeler divin ce qui est purement humain, et ne manquez pas de discerner les paroles de vérité, même si elles ne proviennent pas des oracles traditionnels de la prétendue vérité.

Je vous ai appelés à naître de nouveau, à naître d'esprit. Je vous ai fait sortir des ténèbres de l'autorité et de la léthargie de la tradition pour vous faire entrer dans la lumière transcendante où vous apercevrez la possibilité de faire la plus grande découverte possible pour l'âme humaine -- l'expérience de trouver Dieu pour vous-mêmes, en vous-mêmes, et par vous-mêmes, et d'incorporer tout ceci dans votre expérience personnelle. Vous pourrez alors passer de la mort à la vie, de l'autorité de la tradition à l'expérience de connaître Dieu. Vous passerez ainsi des ténèbres à la lumière, de la foi raciale héritée à une foi personnelle acquise par une expérience réelle. Cela vous fera progresser d'une théologie intellectuelle transmise par vos ancêtres à une véritable religion spirituelle bâtie dans votre âme comme un don éternel.

Votre religion était une simple croyance intellectuelle à une autorité traditionnelle; elle deviendra l'expérience réelle de la foi vivante capable de saisir la réalité de Dieu et de tout ce qui se rapporte à l'esprit divin du Père. La religion dogmatique vous attache irrémédiablement au passé. La religion spirituelle consiste en une révélation progressive et vous appelle à des accomplissements plus élevés et plus saints dans les idéaux spirituels et les réalités éternelles.

La religion d'autorité peut communiquer le sentiment d'une sécurité assurée, mais le prix que vous payez pour cette satisfaction temporaire est la perte de votre liberté spirituelle et religieuse. Comme prix d'entrée dans le royaume des cieux, mon Père ne vous demande pas de vous forcer à croire à des choses spirituellement répugnantes, impies, et mensongères. On n'exige pas que vous outragiez vos propres sentiments de miséricorde, de justice, et de vérité en vous soumettant à un système désuet de formalités et de cérémonies religieuses. La religion de l'esprit vous laisse perpétuellement libres de suivre la vérité, ou que vous emmènent les directives de l'esprit. Et qui sait -- cet esprit voudrait peut-être communiquer à cette génération quelque chose que les précédentes ont refusé d'entendre?

Honte aux faux éducateurs religieux qui voudraient ramener les âmes assoiffées dans l'obscur et lointain passé pour les y abandonner! Ces âmes infortunées sont alors condamnées à s'effrayer de toute nouvelle découverte et à être décontenancées par chaque nouvelle révélation de la vérité. Le prophète qui a dit: « Celui dont la pensée est fixée sur Dieu sera gardé dans une paix parfaite » n'était pas un simple croyant à une théologie d'autorité. Cet initié à la vérité avait découvert Dieu; il ne se bornait pas à parler de Dieu.

Je vous recommande de perdre l'habitude de toujours citer les prophètes de jadis et de louer les héros d'Israël. Au lieu de cela, aspirez à devenir des prophètes vivants du Très-Haut et des héros spirituels du royaume qui vient. Il est peut-être bon d'honorer les chefs du passé qui connaissaient Dieu, mais pourquoi, en faisant cela, sacrifieriez-vous l'expérience suprême de l'existence humaine: trouver Dieu pour vous-mêmes et le connaître dans votre propre âme?

Chaque race de l'humanité a son point de vue mental particulier sur l'existence humaine; la religion mentale doit donc toujours s'harmoniser avec ces divers points de vue. Les religions d'autorité ne parviendront jamais à s'unifier. Seul le don supérieur de la religion de l'esprit peut réaliser l'unité des hommes et la fraternité des mortels. Les mentalités raciales peuvent différer, mais toute l'humanité est habitée par le même esprit éternel et divin. L'espoir d'une fraternité des hommes ne peut se réaliser que si les religions d'autorité, mentales divergentes, se laissent imprégner et dominer par la religion unifiante et ennoblissante de l'esprit de la religion de l'expérience spirituelle personnelle.

Les religions d'autorité ne peuvent que diviser les hommes et dresser les consciences les unes contre les autres. La religion de l'esprit attirera progressivement les hommes les uns vers les autres et provoquera une sympathie compréhensive entre eux. Les religions d'autorité exigent des hommes une croyance uniforme, chose impossible à réaliser dans l'état actuel du monde. La religion de l'esprit n'exige qu'une unité d'expérience -- une destinée uniforme -- tenant entièrement compte de la diversité des croyances. La religion de l'esprit ne demande que l'uniformité de clairvoyance, et non l'uniformité de point de vue; elle ne requiert pas l'uniformité des vues intellectuelles, mais seulement l'unité de sentiment spirituel. Les religions d'autorité se cristallisent en credos. La religion de l'esprit devient la joie et la liberté croissantes dues à l'ennoblissement par des actes de service amical et des soins miséricordieux.

Mais veillez à ce qu'aucun de vous ne considère avec dédain les enfants d'Abraham parce qu'ils vivent durant ces mauvais jours de tradition stérile. Nos ancêtres s'étaient adonnés à la recherche persévérante et passionnée de Dieu; ils s'en rapprochèrent plus que toute autre race humaine depuis l'époque d'Adam, qui connaissait mieux le Père, car il était lui-même un Fils de Dieu. Mon Père n'a pas manqué de remarquer la longue et infatigable lutte d'Israël, depuis l'époque de Moïse, pour trouver Dieu et le connaître. Des générations de Juifs se sont épuisées sans cesser de peiner, d'ahaner, de gémir, d'oeuvrer, et supporter les souffrances et chagrins d'un peuple méconnu et méprisé , tout cela pour découvrir d'un peu plus près la vérité au sujet de Dieu. Depuis l'époque de Moïse jusqu'à celle d'Amos et d'Osée, et malgré les échecs et les défaillances d'Israël, nos pères ont progressivement révélé au monde une idée toujours plus claire et plus véridique du Dieu éternel. Le chemin fut ainsi préparé pour la révélation encore plus grande du Père, révélation à laquelle vous avez été appelés à participer.

N'oubliez jamais que la seule aventure plus satisfaisante et plus passionnante que la tentative de découvrir le Dieu vivant consiste à essayer de faire la volonté divine. Rappelez -vous toujours que, dans toute occupation terrestre, on peut faire la volonté de Dieu. Il n'y a pas des métiers saints et des métiers laïques. Toutes choses sont sacrées dans la vie ceux qui sont guidés par l'esprit, c'est-à-dire qu'elles sont alors subordonnées à la vérité, ennoblies par l'amour, dominées par la miséricorde, et tempérées par l'équité -- par la justice. L'esprit que mon Père et moi nous enverrons dans le monde n'est pas seulement l'Esprit de Vérité, mais aussi l'esprit de beauté idéaliste.

Il faut cesser de rechercher la parole de Dieu uniquement dans les pages des vieux livres de théologie faisant autorité. Quiconque est né de l'esprit de Dieu discernera désormais la parole de Dieu, indépendamment de son origine apparente. Il ne faut pas minimiser la parole de Dieu parce quelle vous est parvenue par un canal apparemment humain. Beaucoup de vos contemporains acceptent intellectuellement la théorie de Dieu, mais ne ressentent pas spirituellement la présence de Dieu. C'est précisément pourquoi je vous ai si souvent enseigné que la meilleure manière de concevoir clairement le royaume des cieux consiste à acquérir le comportement spirituel d'un enfant sincère. Ce n'est pas le manque de maturité mentale d'un enfant que je vous recommande, mais bien la simplicité spirituelle d'un petit qui croit facilement et qui a pleine confiance. Il est moins important pour vous de connaître le fait de l'existence de Dieu que d'acquérir une aptitude croissante à sentir la présence de Dieu.

Une fois que vous aurez commencé à découvrir Dieu dans votre âme, vous ne tarderez pas à le découvrir dans l'âme des autres hommes, et finalement dans toutes les créatures et créations d'un puissant univers. Mais dans l'âme des hommes qui ne consacrent guère ou pas de temps à contempler attentivement ces réalités éternelles, quelle chance le Père a-t-il d'apparaître en tant que Dieu des allégeances suprêmes et des idéaux divins? Bien que la pensée ne soit pas le siège de la nature spirituelle, elle est en vérité la porte qui y conduit.

Ne commettez pas l'erreur d'essayer de prouver à autrui que vous avez trouvé Dieu; vous ne pouvez en apporter consciemment la preuve valable. Toutefois, il existe deux démonstrations puissantes et positives du fait que vous connaissez Dieu:

   1. L'apparition des fruits de l'esprit dans votre vie quotidienne ordinaire.

   2. Le fait que tout votre plan de vie apporte la preuve positive que vous avez risqué sans réserve tout ce que vous êtes et tout ce que vous possédez dans l'aventure de la survie après la mort, en poursuivant l'espoir de trouvez le Dieu de l'éternité après avoir eu un avant-goût de sa présence dans le temps.

Maintenant, ne vous y trompez pas, mon Père répondra toujours a la plus faible lueur de foi. Il prend note des émotions physique et superstitieuses de l'homme primitif. Quant aux âmes honnêtes et craintives dont la foi est si faible quelle ne représente guère plus qu'un conformisme intellectuel à une attitude passive d'assentiment aux religions d'autorité, le Père est toujours vigilant pour honorer et soutenir même ces faibles tentatives pour l'atteindre. Mais pour vous qui avez été tirés des ténèbres et appelés dans la lumière, on s'attend à ce que vous croyiez de tout coeur; votre foi dominera les comportements conjugués du corps, de la pensée, et de l'esprit.

Vous êtes mes apôtres, et pour vous la religion ne deviendra pas un abri théologique où vous pourrez fuir dans la peur d'affronter les rudes réalités du progrès spirituel et de l'aventure idéaliste. Votre religion deviendra plutôt une expérience réelle témoignant que Dieu vous a trouvés, idéalisés, ennoblis, et spiritualisés, et que vous vous êtes enrôlés dans l'aventure éternelle de trouver le Dieu qui vous a lui-même trouvés et pris pour fils.

Après avoir fini de parler, Jésus fit signe à André, montra du doigt vers l'occident la route de Phénicie, et dit: « Repartons ».

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