La cosmogonie d'Urantia

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183. Jésus Trahi et Arrêté

LA COSMOGONIE D'URANTIA - FASCICULE 183. JÉSUS TRAHI ET ARRÊTÉ

APRÈS que Jésus eut finalement réveillé Pierre, Jacques, et Jean, il leur suggéra de retourner dans leurs tentes et de chercher à y dormir pour se préparer aux tâches du lendemain. Mais les apôtres étaient alors tout à fait réveillés; leurs brefs moments de sommeil les avaient reposés. En outre, ils étaient stimulés et excités par l'arrivée sur la scène de deux messagers très agités qui s'enquirent de David Zébédée et partirent rapidement à sa recherche dès que Pierre leur eut indiqué où se trouvait son poste de garde.

Huit des apôtres dormaient paisiblement, mais les Grecs qui campaient près d'eux craignaient davantage les troubles, au point qu'ils avaient posté une sentinelle pour donner l'alarme en cas de danger. Lorsque les deux messagers entrèrent précipitamment dans le camp, la sentinelle grecque se mit à réveiller ses compatriotes, qui sortirent de leurs tentes tout habillés et complètement armés. Tout le camp était maintenant en éveil, sauf les huit apôtres. Pierre voulait les appeler, mais Jésus le lui interdit formellement. Le Maître recommanda doucement à tous les campeurs de retourner dans leurs tentes, mais ils étaient peu disposés à suivre cette invite.

N'ayant pas réussi à disperser ses partisans, le Maître les quitta et descendit vers le pressoir à olives proche de l'entrée du Parc de Gethsémani. Les trois apôtres, les Grecs, et les autres membres du camp hésitèrent à le suivre immédiatement, mais Jean Marc se hâta de contourner les oliviers et se cacha dans une petite baraque proche du pressoir à olives. Si Jésus s'éloignait du camp et de ses amis, c'était afin que les hommes venus pour s'emparer de lui puissent l'arrêter dès leur arrivée sans déranger ses apôtres. Le Maître préférait que ses apôtres ne fussent pas réveillés et présents au moment de son arrestation; il craignait que le spectacle de la trahison de Judas n'excite leur animosité au point de les faire résister aux soldats et emmener en prison avec lui. S'ils étaient arrêtés avec lui, il avait peur qu'ils ne périssent aussi avec lui.

Jésus savait que le plan pour le faire mourir avait son origine dans les conseils des dirigeants juifs, mais il était également conscient que ces projets néfastes avaient la pleine approbation de Lucifer, de Satan, et de Caligastia. Il savait bien que ces rebelles des royaumes verraient aussi avec plaisir tous les apôtres exterminés avec lui.

Jésus s'assit sur le pressoir à olives et y attendit l'arrivée du traître. Seuls Jean Marc et une foule innombrable d'observateurs célestes voyaient le Maître à ce moment-là.

1. -- LA VOLONTÉ DU PÈRE

Il y a de grands risques de malentendus sur la signification de nombreux événements et récits associés à la fin de la carrière terrestre du Maître. Le traitement cruel de Jésus par des serviteurs ignorants et des soldats sans coeur, la manière injuste dont il fut jugé, et l'insensibilité des chefs religieux reconnus ne doivent pas être confondus avec le fait qu'en supportant patiemment toutes ces souffrances et humiliations, Jésus accomplissait vraiment la volonté du Père du Paradis. En fait et en vérité, la volonté du Père était bien que Jésus boive pleinement la coupe de l'expérience humaine depuis la naissance jusqu'à la mort; mais jamais le Père céleste ne contribua en quoi que ce soit à provoquer la conduite barbare des êtres humains soi-disant civilisés qui torturèrent si brutalement le Maître et accumulèrent successivement des indignités si horribles sur sa personne qui ne résistait pas. Les épreuves inhumaines et choquantes que Jésus eut à subir dans les dernières heures de sa vie terrestre ne furent en aucun sens une partie de la volonté divine du Père, que Jésus avec sa nature humaine s'était si triomphalement engagé à exécuter. Cet engagement avait été pris au moment de la reddition finale de l'homme à Dieu, comme l'exprimait la triple prière qu'il formula dans le parc de Gethsémani pendant que ses apôtres fatigués dormaient du sommeil de l'épuisement physique.

Le Père céleste désirait que le Fils d'effusion terminât sa carrière terrestre d'une manière naturelle, exactement comme tous les mortels doivent terminer leur vie terrestre. Les hommes et les femmes ordinaires ne peuvent s'attendre à ce que leurs dernières heures sur terre et la survenance de l'épisode de la mort leur soient facilitées par une dispense spéciale. En conséquence, Jésus choisit de sacrifier sa vie charnelle d'une manière conforme au cours naturel des événements. Il refusa fermement de se dégager des griffes cruelles d'une affreuse conspiration d'événements inhumains qui l'entraînait avec une horrible certitude vers son incroyable humiliation et sa mort ignominieuse. Chaque élément de cette étonnante manifestation de haine et de cette démonstration inégalée de cruauté fut l'oeuvre d'hommes pervers et de mortels haineux. Elle ne fut ni voulue par Dieu dans les cieux, ni prescrite par les ennemis acharnés de Jésus, bien que ces derniers eussent largement contribué à faire rejeter ainsi le Fils d'effusion par des mortels bornés et méchants. Même le père du péché détourna sa face de l'atroce scène d'horreur de la crucifixion.

2. -- JUDAS DANS LA VILLE

Après que Judas eut brusquement quitté la table au milieu du Dernier Souper, il se rendit tout droit chez son cousin Annas, puis tous deux allèrent directement trouver le capitaine des gardes du temple. Judas demanda au capitaine de réunir les gardes et l'informa qu'il était prêt à les conduire vers Jésus. Judas était venu un peu plus tôt qu'on ne l'attendait, de sorte qu'il fallut un certain temps pour se mettre en route vers la maison de Marc, où Judas espérait encore trouver Jésus conférant avec les apôtres. Le Maître et les onze apôtres avaient quitté le domicile d'Elie Marc au moins un quart d'heure avant l'arrivée du traître et des gardes. Au moment où le peloton arriva chez Marc, Jésus et les onze étaient déjà sortis de l'enceinte de la ville et en route vers le camp d'Olivet.

Judas fut très inquiet de ne pas trouver Jésus à la résidence de Marc et en compagnie des onze hommes, dont deux seulement étaient armés pour résister. L'après-midi où il avait quitté le camp, il avait appris que seuls Simon Pierre et Simon Zélotès s'étaient ceints d'une épée. Judas avait espéré s'emparer de Jésus pendant que la ville était tranquille et qu'il y avait peu de chances de résistance. Le traître craignait d'avoir à faire face à plus de soixante disciples dévoués s'il attendait leur retour au camp, et il savait aussi que Simon le Zélote disposait d'une ample réserve d'armes. Judas devenait de plus en plus nerveux en songeant à quel point les onze apôtres loyaux le détesteraient, et il redoutait qu'ils ne cherchent tous à le tuer. Non seulement il était déloyal, mais aussi réellement lâche dans son coeur.

Faute de trouver Jésus dans la salle du haut, Judas demanda au capitaine des gardes de retourner au temple. A cette heure, les chefs avaient commencé à s'assembler chez le grand-prêtre pour se préparer a recevoir Jésus, vu que leur convention avec le traître comportait l'arrestation de Jésus à minuit ce jour-là. Judas expliqua à ses complices qu'ils avaient manqué Jésus à la maison de Marc, et qu'il faudrait aller à Gethsémani pour l'arrêter. Le traître poursuivit en précisant que plus de soixante disciples dévoués campaient avec lui et qu'ils étaient tous bien armés. Les chefs des Juifs rappelèrent à Judas que Jésus avait toujours prêché la non-résistance, mais il répliqua que l'on ne pouvait compter sur tous les disciples de Jésus pour obéir à cet enseignement. Judas avait réellement peur pour lui-même, et c'est pourquoi il osa demander une compagnie de quarante soldats. N'ayant pas sous leur juridiction une force armée aussi importante, les autorités juives se rendirent aussitôt à la forteresse d'Antonia et requirent le commandant romain de leur fournir cette garde. Mais en apprenant leur intention d'arrêter Jésus, le commandant refusa aussitôt d'accéder à leur demande et les adressa à son officier supérieur. De cette manière, ils perdirent plus d'une heure en allant d'une autorité à l'autre, jusqu'au moment où ils durent aller jusqu'à Pilate en personne pour obtenir l'autorisation d'employer les gardes romains armés. Quand ils arrivèrent à la maison de Pilate il était tard, et Pilate s'était retiré avec sa femme dans son appartement privé. Il hésita à s'immiscer en quoi que ce soit dans l'entreprise, d'autant plus que sa femme lui avait demandé de ne pas faire droit à la requête. Mais puisque le président du sanhédrin juif était présent et demandait personnellement cette assistance, le gouverneur crut sage de donner l'autorisation; il s'estimait en mesure de rectifier ultérieurement les mauvaises actions qui se préparaient.

En conséquence, lorsque Judas Iscariot partit du temple vers onze heures et demie du soir, il était accompagné de plus de soixante personnes -- gardes du temple, soldats romains, et serviteurs curieux des principaux prêtres et dirigeants.

3. - L'ARRESTATION DU MAÎTRE

Tandis que la compagnie de soldats armés et de gardes approchait du jardin, Judas prit une bonne avance sur la troupe pour être prêt à identifier rapidement Jésus afin de permettre aux hommes chargés de l'arrêter de mettre facilement la main sur lui avant que ses compagnons n'aient le temps de se rassembler pour le défendre. Il y avait encore une autre raison pour que Judas choisisse de précéder les ennemis du Maître: s'il arrivait sur la scène avant les soldats, il espérait que les apôtres et les autres disciples réunis autour de Jésus n'établiraient peut-être pas de lien direct entre sa venue et les gardes armés qui le suivaient de si près. Judas avait même pensé prétendre s'être hâté pour les prévenir de l'approche de la police armée, mais ce plan fut contrecarré par la manière flétrissante dont Jésus salua le félon. Le Maître parla aimablement à Judas, mais l'accueillit comme un traître.

Aussitôt que Pierre, Jacques, Jean, et une trentaine de campeurs virent la troupe armée munie de torches contourner la crête de la colline, ils surent que les soldats venaient arrêter Jésus, et tous descendirent précipitamment vers le pressoir à olives où le Maître était assis seul sous le clair de lune. Tandis que la compagnie de soldats s'approchait d'un côté, les trois apôtres et leurs compagnons s'approchaient de l'autre. Judas s'avança à grandes enjambées pour accoster le Maître, et les deux groupes se tinrent immobiles, avec le Maître entre eux, Judas se préparant à déposer le traître baiser sur le front de Jésus.

Le félon avait espéré qu'après avoir conduit les gardes à Gethsémani, il pourrait simplement désigner Jésus aux soldats, ou tout au plus exécuter la promesse de le saluer par un baiser, puis quitter rapidement la scène. Judas craignait beaucoup que les apôtres ne soient tous présents et ne concentrent leur attaque sur lui pour le punir d'avoir osé trahir leur instructeur bien-aimé, mais lorsque le Maître l'accueillit comme un traître, il fut tellement confus qu'il ne fit aucune tentative pour s'enfuir.

Jésus fit un dernier effort pour éviter à Judas d'accomplir effectivement son geste de trahison. Avant que le traître ait pu le joindre, il fit quelques pas de côté et interpella le militaire de tête sur la gauche, le capitaine des Romains, en lui disant: « Qui cherches-tu? » Le capitaine répondit: « Jésus de Nazareth ». Jésus se planta immédiatement devant t'officier et, avec la calme majesté du Dieu de toute notre création, il lui dit: « C'est moi ». Beaucoup de membres de la garde armée avaient entendu Jésus enseigner dans le temple, et d'autres avaient entendu parler de ses oeuvres puissantes. Lorsqu'ils l'entendirent se nommer audacieusement, les soldats des premiers rangs reculèrent soudainement, effondrés de surprise devant la calme et majestueuse déclaration de son identité. Judas n'avait donc aucun besoin de poursuivre son plan de trahison. Le Maître s'était audacieusement dévoilé à ses ennemis, qui auraient pu s'emparer de lui sans l'assistance de Judas. Mais il fallait que le traître fit quelque chose pour justifier sa présence avec la troupe armée; en outre, il voulait donner le spectacle de jouer son rôle dans l'accord de trahison avec les chefs des Juifs, pour mériter les grosses récompenses et les grands honneurs qu'il espérait voir s'amonceler sur lui en compensation de sa promesse de livrer Jésus entre leurs mains.

Tandis que les gardes se ressaisissaient après avoir d'abord vacillé à la vue de Jésus et au son de sa voix inhabituelle, et tandis que les apôtres et les disciples se rapprochaient, Judas s'avança vers Jésus, déposa un baiser sur son front, et dit: « Salut, Maître et Instructeur ». Au moment où Judas embrassa ainsi son Maître, Jésus lui dit: « Ami, ne suffit-il pas de faire cela! Veux-tu encore trahir le Fils de l'Homme par un baiser? »

Les apôtres et les disciples furent littéralement abasourdis de ce qu'ils voyaient. Pendant un moment, nul ne fit un geste. Puis Jésus, se dégageant de la traîtresse étreinte de Judas, s'avança vers les gardes et les soldats et demanda de nouveau: « Qui cherchez-vous? » Le capitaine répéta: «Jésus de Nazareth ». Et Jésus répondit encore une fois: « Je t'ai dit que c'est moi. Si donc c'est moi que tu recherches, laisse les autres aller leur chemin. Je suis prêt à te suivre ».

Jésus était prêt à retourner à Jérusalem avec les gardes, et le capitaine des soldats était entièrement disposé à permettre aux trois apôtres et à leurs compagnons d'aller leur chemin en paix. Mais avant qu'ils n'aient pu repartir, et tandis que Jésus attendait les ordres du capitaine, un certain Malchus, un Syrien garde de corps du grand-prêtre, s'avança vers Jésus et se prépara à lui lier les mains derrière le dos, bien que le capitaine romain ne lui eût rien ordonné de tel. Lorsque Pierre et ses compagnons virent leur Maître soumis à cette indignité, ils furent incapables de se contenter plus longtemps. Pierre tira son épée et se précipita avec ses amis pour frapper Malchus. Mais avant que les soldats n'aient pu accourir à la défense du serviteur du grand-prêtre, Jésus leva la main vers Pierre en un geste d'interdiction et lui parla sévèrement en disant: « Pierre, rengaine ton épée. Quiconque tire l'épée périra par l'épée. Ne comprends-tu pas que c'est la volonté de mon Père que je boive cette coupe? Ne sais-tu pas non plus que même maintenant je pourrais commander plus de douze légions d'anges et leurs compagnons, qui me délivreraient des mains de ces quelques hommes? »

Bien que Jésus eût ainsi mis fin à cette démonstration de résistance physique par ses disciples, c'en fut assez pour susciter la peur chez le capitaine des gardes qui, avec l'aide de ses soldats, abattit ses lourdes mains sur Jésus et le lia rapidement. Tandis qu'ils lui attachaient les mains avec de fortes cordes, Jésus leur dit: « Pourquoi sortez-vous contre moi avec des épées et des bâtons comme pour saisir un voleur? J'étais tous les jours dans le temple avec vous, enseignant publiquement le peuple, et vous n'avez fait aucun effort pour m'appréhender ».

Après avoir lié Jésus, le capitaine craignit que les disciples du Maître n'essayent de le délivrer et donna des ordres pour les saisir aussi; mais les soldats ne furent pas assez rapides, car les disciples avaient entendu le capitaine donner des ordres pour les arrêter et s'étaient enfuis précipitamment dans le ravin. Pendant tout ce temps, Jean Marc était resté cloîtré dans la baraque voisine. Quand les gardes repartirent pour Jérusalem avec Jésus, Jean Marc essaya de sortir subrepticement de la baraque pour rejoindre les apôtres et les disciples qui s'enfuyaient, mais au moment précis où il sortait, un des derniers soldats qui revenaient de poursuivre les disciples en fuite passait à côté. Voyant le jeune homme dans sa tunique de lin, il lui donna la chasse et réussit presque à l'attraper. En fait, le soldat arriva assez près de Jean Marc pour saisir sa tunique, mais le jeune homme se libéra du vêtement et s'échappa tout nu tandis que le soldat tenait la tunique vide. Jean Marc se rendit en toute hâte auprès de David Zébédée sur la piste supérieure. Après qu'il eut raconté à David tout ce qui était arrivé, ils allèrent tous deux bien vite aux tentes des apôtres endormis et mirent les huit au courant de la trahison de Judas et de l'arrestation du Maître.

Au moment où les huit apôtres furent ainsi réveillés, leurs compagnons qui avaient fui en remontant le ravin commençaient à revenir, et tous se réunirent au pressoir à olives pour discuter de ce qu'il fallait faire. Entre temps, Simon Pierre et Jean Zébédée, qui s'étaient cachés parmi les oliviers, étaient déjà partis suivre les soldats, gardes, et serviteurs qui ramenaient maintenant Jésus à Jérusalem comme ils auraient conduit un criminel invétéré. Jean Zébédée suivait la troupe de très près, et Pierre de beaucoup plus loin. Jean Marc, après avoir échappé aux griffes du soldat, s'était couvert d'un manteau qu'il avait trouvé dans la tente de Simon Pierre et de Jean Zébédée. Il soupçonnait que les gardes allaient emmener Jésus chez Annas, le grand-prêtre honoraire; il fit donc un détour par les olivaies et arriva avant la troupe au palais du grand-prêtre, où il se cacha près de la principale porte d'entrée.

4. -- LA DISCUSSION AUPRÈS DU PRESSOIR À OLIVES

Jacques Zébédée se trouva séparé de son frère Jean et de Simon Pierre, de sorte qu'il rejoignit les autres apôtres et campeurs au pressoir à olives pour délibérer sur ce qu'il y avait lieu de faire au sujet de l'arrestation du Maître.

André avait été dégagé de toute responsabilité en tant que directeur du groupe apostolique; en conséquence, dans la plus grande crise de leur vie, il resta silencieux. Après une brave discussion, Simon le Zélote monta sur le mur de pierre du pressoir à olives et fit un plaidoyé passionné en faveur de la fidélité au Maître et de la cause du royaume; il exhorta ses compagnons apôtres et les autres disciples à courir après la troupe et à libérer Jésus. La majorité du groupe aurait été disposé à suivre sa conduite agressive si Nathanael n'avait pas omis un avis contraire. Dès que Simon Zélotès eut fini de parler, Nathanael se leva et attira l'attention de l'auditoire sur les enseignements maintes fois répétés de Jésus au sujet de la non-résistance. Il rappela en outre que, cette nuit même, Jésus leur avait ordonné de protéger leur vie en attendant le moment où ils se répandraient dans le monde pour proclamer la bonne nouvelle de l'évangile du royaume des cieux. Jacques Zébédée encouragea Nathanael dans cette attitude; il raconta comment Pierre et d'autres avaient tiré l'épée pour empêcher l'arrestation du Maître, et comment Jésus avait invité Pierre et ses imitateurs à rengainer leurs lames. Matthieu et Philippe firent aussi des discours, mais il ne sortit rien de précis de la discussion avant l'intervention de Thomas, qui attira leur attention sur le fait que Jésus avait recommandé à Lazare de ne pas s'exposer à des risques mortels. Thomas fit remarquer que les apôtres ne pouvaient rien faire pour sauver leur Maître, puisqu'il avait refusé de permettre à ses amis de le défendre et qu'il persistait à s'abstenir d'user de ses pouvoirs divins pour contrecarrer ses ennemis humains. Thomas les persuada de se disperser, chacun de son côté, en convenant que David Zébédée resterait au camp pour maintenir un centre de renseignements et un quartier général de messagers pour le groupe. Vers deux heures et demie du matin, le camp était abandonné; seul David restait là avec trois ou quatre messagers, après avoir dépêché les autres pour se procurer des renseignements sur l'endroit où l'on avait emmené Jésus et sur le traitement que l'on allait lui infliger.

Cinq apôtres, Nathanael, Matthieu, Philippe, et les jumeaux, allèrent se cacher à Béthanie et à Bethphagé. Thomas, André, Jacques, et Simon Zélotès se dissimulèrent dans Jérusalem. Simon Pierre et Jean Zébédée suivirent la cohorte jusque chez Annas.

Peu avant le lever du jour, Simon Pierre, morne image d'un profond désespoir, retourna errer dans le camp de Gethsémani. David le fit accompagner par un messager pour qu'il rejoigne son frère André chez Nicodème à Jérusalem.

Jusqu'à la fin de la crucifixion, Jean Zébédée resta toujours à portée de la main, comme Jésus le lui avait ordonné. D'heure en heure, il fournit aux messagers les renseignements qu'ils devaient apporter à David et qui étaient ensuite retransmis aux apôtres terrés et à la famille de Jésus.

Certes, le berger était frappé et les brebis étaient dispersées! Les apôtres se rendaient vaguement compte que Jésus les avait avertis de cette situation, mais ils étaient trop violemment bouleversés par la disparition soudaine du Maître pour pouvoir utiliser normalement leurs facultés mentales.

Peu après le lever du jour, et dès que Pierre eut été envoyé rejoindre André, Jude, le frère charnel de Jésus, arriva au camp presque hors d'haleine et en avance sur le reste de la famille de Jésus, pour apprendre seulement que le Maître avait déjà été mis en état d'arrestation. Il se hâta de redescendre la route de Jéricho pour apporter ce renseignement à sa mère et à ses frères et soeurs. David Zébédée chargea Jude d'inviter la famille de Jésus à se rassembler chez Marthe et Marie à Béthanie et à y attendre les nouvelles que ses messagers leur apporteraient régulièrement.

Telle était, durant la seconde moitié de la nuit du jeudi et les premières heures de la matinée du vendredi, la situation concernant les apôtres, les principaux disciples, et la famille terrestre de Jésus. Tous ces groupes et individus restaient en contact les uns avec les autres par le service des messagers que David Zébédée continuait à faire fonctionner depuis son quartier général du camp de Gethsémani.

5. -- VERS LE PALAIS DU GRAND-PRÊTRE

Avant de quitter le jardin avec Jésus, une dispute s'éleva entre le capitaine juif des gardes du temple et le capitaine romain de la compagnie de soldats au sujet de l'endroit où il fallait emmener Jésus. Le capitaine des gardes du temple donna des ordres pour qu'il fût emmené chez Caïphe, le grand-prêtre en exercice. Le capitaine des soldats romains ordonna que Jésus fût emmené au palais d'Annas, l'ancien grand-prêtre et beau-père de Caïphe. Il le fit parce que les Romains avaient l'habitude de traiter directement avec Annas toutes les questions concernant l'application des lois ecclésiastiques juives. Les ordres du capitaine romain furent exécutés, et Jésus fut conduit à la maison d'Annas pour un interrogatoire préliminaire.

Judas marchait près des capitaines, entendant tout ce qui se disait, mais sans prendre part à la dispute, car ni le capitaine juif ni l'officier romain ne voulaient s'abaisser à parler au traître - tellement ils le méprisaient.

A ce moment-là, Jean Zébédée se rappela les instructions de son Maître de rester toujours à proximité immédiate, et se hâta de rattraper Jésus qui marchait entre les deux capitaines. Voyant Jean s'avancer à sa hauteur, le commandant des gardes du temple dit à son assistant: « Prends cet homme et lie-le. Il est l'un des disciples du prisonnier ». Lorsque le capitaine romain entendit cela, il tourna la tête, vit Jean, et donna des ordres pour que l'apôtre vienne avec lui et que personne ne le moleste. Le capitaine romain dit ensuite au capitaine juif: « Cet homme n'est ni un traître ni un lâche. Je l'ai vu dans le jardin, où il n'a pas tiré l'épée pour nous résister. Il a le courage de s'avancer pour être auprès de son Maître. Que nul ne mette la main sur lui. La loi romaine permet que tout prisonnier puisse avoir au moins un ami qui l'accompagne à la barre du tribunal; on n'empêchera pas cet homme de rester aux côtés de son Maître, le prisonnier ». Lorsque Judas entendit cela, il fut tellement honteux et humilié qu'il ralentit le pas derrière les marcheurs et arriva seul au palais d'Annas.

Ceci explique pourquoi Jean Zébédée put rester auprès de Jésus tout au long des sévères épreuves que le Maître eut à subir cette nuit-là et le lendemain. Les Juifs craignaient de faire une observation quelconque à Jean ou de le molester d'aucune manière, parce que son statut était quelque peu devenu celui d'un conseiller romain observateur des opérations du tribunal ecclésiastique juif. La position privilégié de Jean fut d'autant mieux assurée que le capitaine romain, en remettant Jésus au capitaine des gardes temple devant la porte du palais d'Annas, dit à son assistant: « Accompagne le prisonnier, et veille a ce que ces Juifs ne le tuent pas sans le consentement de Pilate. Empêche-les de l'assassiner et veille à ce que son ami, le Galiléen, soit autorisé à rester auprès de lui et à observer tout ce qui se passera ». C'est ainsi que Jean put rester auprès de Jésus jusqu'au moment de sa mort sur la croix, tandis que les dix autres apôtres étaient obligés de rester cachés. Jean agissait sous la protection romaine, et les Juifs n'osèrent pas le molester avant la mort du Maître.

Sur tout le trajet jusqu'au palais d'Annas, Jésus n'ouvrit pas la bouche. Depuis de moment de son arrestation jusqu'à son apparition devant Annas, le Fils de l'Homme ne dit pas un mot.

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