La cosmogonie d'Urantia

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168. La Résurrection de Lazare

LA COSMOGONIE D'URANTIA - FASCICULE 168. LA RÉSURRECTION DE LAZARE

IL était un peu plus de midi le jeudi où Marthe partit à la rencontre de Jésus qui franchissait la crête de la colline près de Béthanie. Son frère Lazare était mort depuis quatre jours et, à la fin de l'après-midi du dimanche, il avait été couché dans leur caveau de famille situé à l'extrémité du jardin. La pierre fermant l'entrée du caveau avait été roulée en place le matin même.

Quand Marthe et Marie avaient envoyé à Jésus la nouvelle de la maladie de Lazare, elles espéraient bien que le Maître ferait quelque chose à ce sujet. Elles savaient que leur frère était très gravement malade, et n'osaient guère espérer que Jésus quitterait son travail d'instructeur et de prédicateur pour venir à leur secours. Mais elles avaient tellement confiance en son pouvoir de guérir les maladies qu'elles croyaient qu'il lui suffirait de prononcer les paroles curatives, et qu'aussitôt Lazare serait bien portant. Lorsque Lazare mourut quelques heures après le départ de Béthanie du messager, elles conclurent que le Maître n'avait pas appris la maladie de leur frère avant qu'il ne fût trop tard, avant que Lazare ne fût déjà décédé depuis plusieurs heures.

Toutefois elles furent très déconcertées, ainsi que tous leurs amis croyants, par le message rapporté le mardi matin par un coureur arrivant à Béthanie. Le messager insista sur le fait qu'il avait entendu Jésus dire: «..... cette maladie ne va pas réellement jusqu'à la mort ». Marthe et Marie ne pouvaient pas non plus comprendre pourquoi Jésus ne leur avait pas envoyé de nouvelles ou ne leur avait pas offert son aide de quelque autre manière.

Beaucoup d'amis des hameaux voisins, et d'autres de Jérusalem, vinrent apporter leurs consolations aux deux soeurs plongées dans le chagrin. Lazare et ses soeurs étaient les enfants d'un Juif honorable et fortuné qui avait été le principal notable du petit village de Béthanie. Bien que tous trois fussent depuis longtemps d'ardents disciples de Jésus, ils étaient hautement respectés par tous ceux qui les connaissaient. Ils avaient hérité d'importants vignobles et de grandes olivaies dans le voisinage. Le fait qu'ils pouvaient s'offrir un caveau funéraire dans leur propriété était une preuve supplémentaire de leur fortune. Leurs parents avaient déjà été couchés tous deux dans ce tombeau.

Marie avait renoncé à l'espoir de voir venir Jésus et s'était abandonnée à son chagrin, mais Marthe s'accrocha à cette espérance jusqu'au matin où elles roulèrent la pierre devant le caveau pour en sceller l'entrée. Même alors, elle demanda à un jeune garçon du voisinage de surveiller, du haut de la colline à l'est de Béthanie, la route descendant à Jéricho. Ce fut ce garçon qui apporta à Marthe la nouvelle que Jésus et ses amis approchaient.

Quand Marthe rencontra Jésus, elle tomba à ses pieds en s'écriant: «Maître, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». Beaucoup de craintes traversaient à la pensée de Marthe, mais elle n'exprima aucun doute et ne s'aventura pas à critiquer ou à mettre en question la conduite de Jésus relative à la mort de Lazare. Lorsqu'elle eut parlé, Jésus se baissa pour la relever et dit: « Aie simplement la foi, Marthe, et ton frère ressuscitera ». Marthe répondit: « Je sais qu'il ressuscitera lors de la résurrection du dernier jour; et dès maintenant je crois que notre Père te donnera tout ce que tu demanderas à Dieu ».

Alors Jésus regarda Marthe droit dans les yeux et dit: « Je suis la résurrection et la vie (1) ; quiconque croit en moi vivra, même s'il meurt. En vérité, quiconque vit en croyant en moi ne mourra jamais réellement. Marthe, crois-tu cela? » Et Marthe répondit au Maître: « Oui, je crois depuis longtemps que tu es le Libérateur. le Fils du Dieu vivant, celui-là même qui doit venir en ce monde.

  (1) Jean XI - 25.

Jésus s'étant enquis de Marie, Marthe alla aussitôt à la maison et chuchota à sa soeur: « Le Maître est ici et t'a demandée ». Lorsque Marie entendit cela, elle se leva rapidement et se hâta vers Jésus qui était resté à une certaine distance de la maison, à l'endroit où Marthe l'avait d'abord rencontré. Quand les amis, qui étaient auprès de Marie pour la consoler, virent qu'elle se levait en hâte et sortait, ils la suivirent en supposant qu'elle allait au tombeau pour pleurer.

Parmi les personnes présentes se trouvaient beaucoup d'ennemis implacables de Jésus. C'est pourquoi Marthe était allée seule à sa rencontre, et c'est aussi pourquoi elle avait si discrètement informé Marie que le Maître l'avait demandée. Tout en désirant ardemment voir Jésus, Marthe souhaitait éviter tout incident déplaisant susceptible d'être causé par la soudaine arrivée du Maître au milieu d'un groupe important de ses adversaires de Jérusalem. Marthe avait eu l'intention de rester à la maison avec leurs amis pendant que Marie allait saluer Jésus, mais elle n'y parvint pas, car tous suivirent Marie et se trouvèrent ainsi d'une façon inattendue en présence du Maître.

Marthe la conduisit à Jésus, et lorsque Marie le vit, elle tomba à ses pieds en s'écriant: « Si seulement tu avais été là mon frère ne serait pas mort ». Lorsque Jésus vit combien tout le monde s'attristait de la mort de Lazare, son âme fut émue de compassion.

Quand les amis en deuil virent que Marie était allée saluer Jésus, ils se retirèrent un peu à l'écart pendant que Marthe et Marie s'entretenaient avec le Maître, qui leur prodigua de nouveaux encouragements. Il les exhorta à conserver une foi vivace dans le Père et à se soumettre complètement à la volonté divine.

La pensée humaine de Jésus fut puissamment remuée par un conflit: d'une part il aimait Lazare et ses soeurs affligées, et d'autre part il dédaignait et méprisait les manifestations extérieures d'affection de certains Juifs incroyants aux intentions meurtrières. Jésus s'indigna de voir ces prétendus amis afficher extérieurement leur deuil de la mort de Lazare, d'autant plus que ce faux chagrin était associé dans leur coeur à une violente inimitié contre lui-même. Toutefois, certains de ces Juifs étaient sincères dans leur deuil, car ils étaient de vrais amis de la famille.

1. -- À LA TOMBE DE LAZARE

Après que Jésus eut passé quelques moments à consoler Marthe et Marie à l'écart des endeuillés, il leur demanda « où l'avez-vous couché? » Marthe dit « Viens et vois ». Tandis que le Maître suivait en silence les deux soeurs affligées, il pleura. En voyant ses larmes, un des Juifs amicaux qui les suivaient dit: « Voyez comme il l'aimait. Celui qui a ouvert les yeux de l'aveugle n'aurait-il pu empêcher cet homme de mourir? » A ce moment ils arrivaient devant le caveau familial, une petite grotte naturelle, ou déclivité, dans l'épaulement rocheux d'une dizaine de mètres de hauteur qui s'élevait au bout du jardin.

Il est difficile d'expliquer exactement à des penseurs humains pourquoi Jésus pleura. Nous avons accès à l'enregistrement des émotions humaines et des pensées divines conjuguées de Jésus, telles que la pensée de son Ajusteur Personnalisé les a retracées, mais nous ne sommes pas absolument certains de la cause réelle de ces manifestations émotives. Nous avons tendance à croire que Jésus pleurait à cause des pensées et sentiments suivants qui traversaient son esprit à ce moment-là:

   1. Il éprouvait une compassion sincère et attristée pour Marthe et Marie. Il avait une réelle et profonde affection pour ces soeurs qui avaient perdu leur frère.

   2. Sa pensée était troublée par la foule des endeuillés, dont quelques-uns éprouvaient un chagrin sincère et d'autres le simulaient. Jésus était toujours froissé par ces exhibitions extérieures d'affliction. Il savait que les soeurs aimaient leur frère et avaient foi dans la survie des croyants. Ces émotions contradictoires expliquent peut-être pourquoi il exprimait sa douleur en approchant du caveau.

   3. Il hésitait sincèrement à ramener Lazare à la vie terrestre. Ses soeurs avaient réellement besoin de lui, mais Jésus regrettait d'avoir à faire revenir son ami de l'au-delà pour lui voir subir ensuite des persécutions acharnées. Il savait bien que Lazare aurait à les subir pour avoir été le sujet de la plus grande démonstration de pouvoir du Fils de l'Homme.

Maintenant nous pouvons exposer un fait intéressant et instructif. Bien que la présente histoire se déroule comme un événement apparemment normal et naturel dans les affaires humaines, elle comporte des aperçus indirects fort remarquables. D'une part un messager va trouver Jésus le dimanche pour l'informer de la maladie de Lazare, et Jésus prévient « qu'elle n'est pas mortelle », et d'autre part Jésus va en personne à Béthanie et même demande aux soeurs: « où l'avez-vous couché? » Tout cela semble indiquer que Jésus procédait à la manière des mortels et selon les connaissances limitées de la pensée humaine. Néanmoins, les archives de l'univers révèlent que l'Ajusteur Personnalisé de Jésus donna l'ordre de retenir l'Ajusteur de Pensée de Lazare sur Urantia après la mort de Lazare pour un temps indéterminé, et que cet ordre fut enregistré officiellement un quart d'heure avant le dernier soupir de Lazare.

La pensée divine de Jésus savait-elle, dès avant la mort de Lazare, qu'il le ressusciterait d'entre les morts? Nous l'ignorons. Nous savons seulement ce que nous exposons ici.

Beaucoup d'ennemis de Jésus eurent tendance à railler ses manifestations d'affection et se dirent entre eux: « S'il avait tant d'estime pour cet homme, pourquoi a-t-il attendu si longtemps pour venir à Béthanie? S'il est ce qu'il prétend, pourquoi n'a-t-il pas sauvé son cher ami? A quoi bon guérir des étrangers en Galilée s'il ne peut sauver ceux qu'il aime? » Et de bien d'autres manières ils tournèrent en dérision les enseignements et les oeuvres de Jésus, et les prirent à la légère.

Ainsi, ce jeudi après-midi vers deux heures et demie, dans le petit hameau de Béthanie, le cadre était tout préparé pour l'accomplissement de la plus grande oeuvre liée au ministère terrestre de Micaël de Nébadon. Ce fut sa plus puissante manifestation de pouvoir divin durant sa vie sur terre, car sa propre résurrection eut lieu seulement après qu'il eut été libéré des entraves de l'incarnation dans un corps humain.

Le petit groupe réuni devant la tombe de Lazare n'imaginait pas qu'il y avait à proximité un vaste concours d'êtres célestes de toutes sortes, rassemblés sous la direction de Gabriel, actuellement en attente par ordre de l'Ajusteur Personnalisé de Jésus, vibrants d'expectative, et prêts à exécuter les directives de leur souverain bien-aimé.

Lorsque Jésus commanda: « Enlevez la pierre », les armées célestes réunies se préparèrent à jouer le drame consistant à ressusciter Lazare dans la similitude de sa chair mortelle. Cette forme de résurrection implique des difficultés d'exécution qui transcendent de loin la technique habituelle pour ressusciter sous forme morontielle les humains décédés; elle exige le concours d'un bien plus grand nombre de personnalités célestes, et un appel beaucoup plus étendu aux ressources de l'univers.

Lorsque Marthe et Marie entendirent le commandement de Jésus ordonnant de rouler la pierre qui fermait le caveau, elles furent remplies de sentiments contradictoires. Marie espérait que Lazare allait être ressuscité d'entre les morts, et Marthe partageait dans une certaine mesure la foi de sa soeur, mais elle était tracassée par la crainte que, par son aspect extérieur, Lazare ne soit pas présentable à Jésus, aux apôtres, et à leurs amis. Marthe dit: « Devons-nous rouler la pierre de côté? Mon frère est maintenant mort depuis quatre jours, de sorte que la décomposition du corps a commencé ». Marthe dit cela également parce qu'elle ne comprenait pas avec certitude pourquoi le Maître avait demandé que la pierre fût enlevée; elle pensait que Jésus voulait peut-être se borner à jeter un dernier coup d'oeil sur Lazare. Son attitude n'était pas ferme et décidée. Tandis que les deux soeurs hésitaient à rouler la pierre, Jésus dit: « Ne vous ai-je pas dit dès le commencement que cette maladie n'irait pas jusqu'à la mort? Ne suis-je pas venu pour accomplir ma promesse? Et après vous avoir vues, n'ai-je pas dit que, si seulement vous croyiez, vous verriez la gloire de Dieu? Pourquoi doutez-vous? Combien de temps vous faudra-t-il pour croire et obéir? »

Après que Jésus eut fini de parler, ses apôtres, aidés par des voisins de bonne volonté, se saisirent de la pierre et la roulèrent à l'écart de l'entrée du caveau.

Les Juifs croyaient communément que la goutte de fiel à la pointe de l'épée de l'ange de la mort commençait à opérer à la fin du troisième jour, de sorte qu'elle donnait son plein effet le quatrième jour. Ils admettaient que l'âme humaine peut s'attarder auprès de la tombe jusqu'à la fin du troisième jour, cherchant à ranimer le cadavre; mais ils croyaient fermement qu'avant l'aurore du quatrième jour cette âme s'en était allée dans la demeure des esprits trépassés.

Ces croyances et opinions concernant les morts et le départ de leur esprit servirent de confirmation à la pensée de toutes les personnes présentes auprès du tombeau de Lazare, et ultérieurement de toutes celles qui apprendraient ce qui allait se passer. Elles furent convaincues qu'il s'agissait vraiment d'un cas de résurrection d'un mort par l'oeuvre personnelle de celui qui avait proclamé être « la résurrection et la vie ».

2. -- LA RÉSURRECTION DE LAZARE

Le groupe d'environ quarante-cinq personnes se tenant devant la tombe put vaguement apercevoir la forme de Lazare, enveloppée dans des bandelettes de lin, et reposant dans la niche droite inférieure du caveau funéraire. Tandis que ces créatures terrestres observaient un silence presque haletant, une vaste armée d'êtres célestes avait pris ses positions préliminaires pour répondre au signal d'action lorsque Gabriel, son commandant, le donnerait.

Jésus leva les yeux et dit: « Père, je te remercie d'avoir entendu ma requête et d'y avoir fait droit. Je sais que tu m'écoutes toujours, mais à cause de ceux qui se tiennent ici avec moi, je m'entretiens ainsi avec toi pour qu'ils croient que tu m'as envoyé dans le monde et sachent que tu opères avec moi dans l'acte que nous nous préparons à accomplir ». Et après avoir prié, il cria d'une voix forte: « Lazare, approche-toi! »

Les spectateurs humains de la scène restèrent immobiles, mais la vaste armée céleste était toute affairée dans son action unifiée pour obéir à la parole du Créateur. En douze secondes du temps terrestre, la forme jusque-là inanimée de Lazare commença à bouger et s'assit bientôt sur le bord de la tablette de pierre où elle avait reposé. Son corps était enveloppé de vêtements funéraires et son visage était couvert d'un linge. Quand il se tint debout devant eux -- vivant -- Jésus dit: « Déliez-le et laissez-le aller ».

Tous les spectateurs, sauf les apôtres ainsi que Marthe et Marie, s'enfuirent vers la maison. Ils étaient pâles de terreur et remplis de stupéfaction. Quelques-uns restèrent là, mais beaucoup se hâtèrent de rentrer chez eux.

Lazare salua Jésus et les apôtres. Il demanda la signification des vêtements funéraires et pourquoi il s'était réveillé dans le jardin. Jésus et les apôtres s'écartèrent, tandis que Marthe racontait à Lazare sa mort, son enterrement, et sa résurrection. Elle dut lui expliquer qu'il était mort le dimanche et avait été ramené à la vie ce jeudi, car Lazare n'avait pas eu conscience du temps depuis qu'il s'était endormi dans la mort.

Au moment où Lazare sortit de la tombe, l'Ajusteur Personnalisé de Jésus, désormais chef de son ordre dans notre univers local, commanda à l'ancien Ajusteur de Lazare, alors en attente, de revenir demeurer dans l'âme et la pensée du ressuscité.

Ensuite Lazare s'approcha de Jésus et, avec ses soeurs, ils s'agenouillèrent aux pieds du Maître pour rendre grâces et louer Dieu. Jésus prit Lazare par la main et le releva en disant: « Mon fils, ce qui t'est arrivé sera également expérimenté par tous ceux qui croient à l'évangile, sauf qu'ils seront ressuscités sous une forme plus glorieuse. Tu seras un témoin vivant de la vérité que j'ai proclamée -- je suis la résurrection et la vie. Allons tous maintenant à la maison prendre de la nourriture pour nos corps physiques ».

Tandis qu'ils marchaient vers la maison, Gabriel congédia les groupes supplémentaires des armées célestes assemblées et fit enregistrer le premier -- et le dernier -- cas sur Urantia de résurrection d'une créature humaine dans la similitude de son corps mortel.

Lazare avait de la peine à comprendre ce qui était arrivé. Il savait qu'il avait été très malade, mais pouvait seulement se rappeler qu'ils s'était endormi et avait été réveillé. Jamais il ne put dire quoi que ce soit sur ces quatres jours dans la tombe, parce qu'il y avait été entièrement inconscient. Le temps n'existe pas pour ceux qui dorment du sommeil de la mort.

Beaucoup d'hommes crurent en Jésus à la suite de cette oeuvre puissante, mais d'autres ne firent qu'endurcir leur coeur pour rejeter le Maître. Le lendemain à midi, l'histoire s'était répandue dans tout Jérusalem. Des dizaines d'hommes et de femmes allèrent à Béthanie pour contempler Lazare et lui parler. Les pharisiens alarmés et déconcertés convoquèrent précipitamment une réunion du sanhédrin pour décider ce qu'il fallait faire en face de ces nouveaux développements de la situation.

3. -- LA RÉUNION DU SANHÉDRIN

Le témoignage de Lazare ressuscité d'entre les morts contribua beaucoup à consolider la foi de la masse des croyants à l'évangile du royaume, mais n'eut pratiquement pas d'influence sur le comportement des dirigeants religieux et des chefs de Jérusalem, sinon de hâter leur décision de faire mourir Jésus et de mettre fin à son apostolat.

Le lendemain vendredi, à une heure de l'après-midi, le sanhédrin se réunit pour délibérer à nouveau sur la question: « Qu'allons-nous faire de Jésus de Nazareth? » après plus de deux heures de discussions et de débats acrimonieux, un pharisien proposa une résolution demandant la mort immédiate de Jésus, proclamant qu'il était une menace pour tout Israël, et engageant officiellement le sanhédrin, au mépris de tous les précédents, à prononcer une sentence de mort sans jugement.

Cet auguste corps de dirigeants juifs avait plusieurs fois décrété que Jésus devait être arrêté et jugé sous les inculpations d'avoir blasphémé et d'avoir maintes fois fait fi de la loi sacrée juive. Une fois déjà, le sanhédrin était allé jusqu'à déclarer que Jésus devait mourir, mais c'était la première fois que ce tribunal enregistrait le désir de décider sa mort préalablement à tout jugement. Toutefois cette résolution ne fut pas mise aux voix, parce que quatorze membres du sanhédrin donnèrent leur démission en bloc lorsque cet acte imaginable fut proposé. Ces démissions ne furent pas ratifiées avant un délai de presque quinze jours, mais le groupe des quatorze démissionnaires se retira du sanhédrin ce jour-là et ne siégea jamais plus au conseil. Plus tard, lors de l'enregistrement des démissions, cinq autres membres furent révoqués parce que leurs collègues estimaient qu'ils entretenaient des sentiments amicaux envers Jésus. Après l'éviction de ces dix-neuf hommes, le sanhédrin était en mesure de juger et de condamner Jésus avec une solidarité voisine de l'unanimité.

La semaine suivante, Lazare et ses soeurs furent convoqués devant le sanhédrin. Après leur témoignage, il ne pouvait subsister aucun doute que Lazare avait été ressuscité d'entre les morts. Bien que les séances du sanhédrin eussent virtuellement admis la résurrection de Lazare, les archives contenaient une résolution attribuant ce miracle, et tous les autres prodiges accomplis par Jésus, au pouvoir du prince des démons dont Jésus était déclaré l'allié.

Quelle que fut la source de son pouvoir d'accomplir des prodiges, les dirigeants juifs étaient persuadés que, si l'on n'y mettait pas fin immédiatement, tout le peuple ne tarderait pas à croire en Jésus, et qu'en outre il surgirait de graves complications avec les autorités romaines, car beaucoup de ses disciples le considéraient comme le Messie, le libérateur d'Israël.

Ce fut à cette même réunion du sanhédrin que le grand-prêtre Caïphe exprima pour la première fois le vieil adage juif qu'il répéta ensuite tant de fois: « Il vaut mieux qu'un seul homme meure plutôt que de voir périr la communauté ».

Bien que Jésus eût été informé des décisions prises par le sanhédrin en ce sombre vendredi après-midi, il n'en fut aucunement troublé et continua à se reposer jusqu'au lendemain du sabbat chez des amis habitant Bethphagé, un hameau voisin de Béthanie. Le dimanche matin de bonne heure, comme convenu d'avance, Jésus et les apôtres se rassemblèrent chez Lazare, prirent congé de la famille de Béthanie, et repartirent pour le campement de Pella.

4. -- LA RÉPONSE AUX PRIÈRES

Sur la route de Béthanie à Pella, les apôtres posèrent à Jésus de nombreuses questions auxquelles il répondit franchement, sauf à celles qui concernaient les détails de la résurrection des morts. Ce problème dépassait les facultés mentales des apôtres, et c'est pourquoi le Maître refusa de leur en parler. Personne ne les accompagnait, puisqu'ils étaient partis secrètement de Béthanie. Jésus saisit donc l'occasion de dire aux apôtres bien des choses qui, à son avis, les prépareraient aux jours éprouvants qui n'allaient pas tarder à venir.

Les apôtres étaient très troublés et passèrent un temps considérable à discuter de leurs récentes expériences concernant la prière et la réponse aux prières. Ils se rappelaient tous l'indication donnée à Philadelphie au messager arrivant de Béthanie quand Jésus avait dit: « Cette maladie n'est pas réellement mortelle ». Cependant, malgré cette promesse, Lazare était mort. Durant toute la journée, ils en revinrent constamment à discuter le problème de la réponse aux prières.

On peut résumer comme suit les réponses de Jésus à leurs nombreuses questions:

   1. La prière est une expression de la pensée finie cherchant à s'approcher de l'Infini. La formulation d'une prière est donc nécessairement limitée par les connaissances, la sagesse, et les attributs du fini. De même, la réponse doit être conditionnée par la vision, les buts, les idéaux, et les prérogatives de l'Infini. Jamais on ne peut observer une continuité ininterrompue de phénomènes matériels entre la formulation d'une prière et la réception de la pleine réponse spirituelle qui y est faite.

   2. Quand une prière reste apparemment sans réponse, le retard est souvent le présage d'une meilleure réponse, bien que pour certaines bonnes raisons cette réponse soit considérablement retardée. Quand Jésus a dit que la maladie de Lazare n'irait pas réellement jusqu'à la mort, Lazare était déjà mort depuis onze heures. Aucune prière sincère ne reste sans réponse, sauf quand le point de vue supérieur du monde spirituel a fait imaginer une réponse indirecte meilleure qui satisfait la requête de l'esprit de l'homme, par contraste avec la prière de sa simple pensée.

   3. Quand les prières temporelles sont composées par l'esprit et exprimées avec foi, elles sont souvent si vastes et si inclusives qu'elles ne peuvent recevoir de réponse que dans l'éternité. Une supplique finie est parfois tellement imprégnée de l'emprise de l'Infini que la réponse doit être longtemps différée pour attendre la création de l'aptitude réceptive appropriée. La prière de la foi peut englober tant d'éléments que la réponse ne peut être reçue qu'au Paradis.

   4. Les réponses aux prières de la pensée humaine sont souvent d'une nature telle que le penseur ne peut les recevoir et les reconnaître qu'après avoir lui-même atteint l'état d'immortalité. Bien souvent, il faut attendre que l'être matériel ait progressé au niveau spirituel pour qu'il puisse recevoir une réponse à sa prière.

   5. Il se peut que la prière d'une personne qui connaît Dieu soit tellement déformée par l'ignorance et la superstition qu'il serait fort peu désirable d'y répondre. Alors les êtres spirituels intermédiaires sont obligés de traduire cette prière d'une telle manière qu'au moment où la réponse arrive, le suppliant ne reconnaît pas que cette réponse s'applique à sa prière.

   6. Toutes les vraies prières sont adressées à des esprits, et il faut que la réponse soit formulée en termes spirituels; les réponses doivent consister en réalités spirituelles. Les êtres spirituels ne peuvent offrir de réponses matérielles aux prières spirituelles, même si elles émanent d'êtres matériels. Ces derniers ne peuvent prier efficacement que s'ils à prient dans l'esprit ».

   7. Nulle prière ne peut espérer une réponse à moins d'être née de l'esprit et nourrie par la foi. La sincérité de votre foi implique que vous avez accordé d'avance aux destinataires de votre prière le plein droit de répondre à vos suppliques conformément à la sagesse suprême et à l'amour divin qui, selon la description de votre foi, animent toujours les êtres auxquels vous adressez vos prières.

   8. L'enfant est toujours dans son droit quand il adresse une prière à ses parents. Et les parents restent dans le domaine de leurs obligations envers l'enfant dépourvu de maturité quand leur sagesse supérieure leur dicte qu'il faut retarder la réponse à la prière de l'enfant, la modifier, la passer au crible, la transcender, ou la reporter à un autre stade de l'ascension spirituelle.

   9. N'hésitez pas à formuler les prières exprimant un désir spirituel ardent; ne doutez pas qu'elles recevront une réponse. Ces réponses seront conservées en dépôt, en attendant que vous ayez atteint, sur ce monde-ci ou sur d'autres, les niveaux spirituels futurs d'épanouissement cosmique où il vous deviendra possible de reconnaître et d'assimiler les réponses longtemps attendues à vos suppliques initiales prématurées.

   10. Toutes les suppliques authentiquement nées d'esprit sont certaines de recevoir une réponse. Demandez, et vous recevrez, mais n'oubliez pas que vous êtes des créatures qui progressent dans le temps et l'espace. Il vous faut donc constamment tenir compte du facteur espace-temps pour recevoir personnellement des réponses complètes à vos multiples prières et suppliques.

5. -- CE QU'IL ADVINT DE LAZARE

La maison de Lazare à Béthanie fut un centre de grand intérêt pour de nombreux croyants sincères et beaucoup de curieux. Lazare y resta jusqu'au jour de la crucifixion de Jésus, où il fut averti que le sanhédrin avait décrété sa mort. Les dirigeants des Juifs étaient résolus à mettre fin à l'expansion des enseignements de Jésus. Ils estimaient fort justement qu'il serait inutile de mettre Jésus à mort s'ils permettaient à Lazare, représentant l'apogée de son oeuvre miraculeuse, de vivre et de témoigner que Jésus l'avait ressuscité d'entre les morts. Lazare avait déjà subi de cruelles persécutions de leur part.

Lazare prit donc hâtivement congé de ses soeurs à Béthanie, s'enfuit par Jéricho, traversa le Jourdain, et ne s'accorda jamais un long repos avant d'avoir atteint Philadelphie. Lazare connaissait bien Abner, et là il se sentait en sécurité contre les attaques meurtrières de l'inique sanhédrin.

Peu après, Marthe et Marie vendirent leurs terres de Béthanie et rejoignirent leur frère en Pérée. Entre temps, Lazare était devenu trésorier de l'Eglise de Philadelphie. Il soutint vigoureusement Abner dans sa controverse avec Paul et l'Eglise de Jérusalem. À l'âge de 67 ans, il mourut finalement de la même maladie qui l'avait emporté à Béthanie, quand il était plus jeune.

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