La cosmogonie d'Urantia

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127. Les Années d'Adolescence

LA COSMOGONIE D'URANTIA  -  FASCICULE 127. LES ANNÉES D'ADOLESCENCE

AU seuil de son adolescence, Jésus se trouva être le chef et l'unique soutien d'une nombreuse famille. Peu d'années après la mort de son père, toutes leurs propriétés avaient été vendues. À mesure que le temps passait, il prit de plus en plus conscience de sa préexistence; en même temps, il commença à comprendre plus pleinement qu'il s'était incarné sur terre expressément dans le but de révéler son Père du Paradis aux enfants des hommes.

Nul adolescent ayant vécu sur ce monde ou destiné à vivre sur n'importe quel autre planète n'a eu ou n'aura jamais à résoudre des problèmes plus graves ou à démêler des situations plus inextricables. Nul jeune homme d'Urantia ne sera jamais appelé à traverser plus de conflits éprouvants ou de difficultés pénibles que Jésus durant la période ardue allant de sa quinzième à sa vingtième année.

Ayant passé par une expérience réelle en vivant cette adolescence sur un monde assailli par le mal et tourmenté par le péché, le Fils de l'Homme possédait la connaissance expérientielle complète de la vie de la jeunesse dans tous les royaumes de Nébadon. Il devint ainsi pour toujours le refuge compréhensif des adolescents angoissés et perplexes de tous les âges et sur tous les mondes de son univers local.

Lentement mais sûrement, et par expérience réelle, le Fils divin gagnait le droit de devenir le souverain de son univers, le chef suprême et incontesté de toutes les intelligences créées sur tous les mondes de Nébadon, le refuge compréhensif des humains quels que soient leur âge, leurs dons, et le degré de leur expérience personnelle.

1. -- LA SEIZIÈME ANNÉE

Le Fils incarné passa par le stade de bébé et eut une enfance sans histoire. Il sortit ensuite de l'éprouvante et pénible période transitoire entre l'enfance et la jeunesse pour devenir l'adolescent Jésus.

Il atteignit sa p@-í@-í°{ìààì¨-í`-í@`-í plus raisonnable et sérieux, mais restait aimable et compatissant. Ses yeux étaient bienveillants mais scrutateurs; son sourire était toujours en engageant et rassurant. Sa voix était musicale mais pleine d'autorité; son salut cordial mais sans affectation. Sa double nature humaine et divine était toujours en évidence, même dans les rapports les plus banaux. Il montra toujours cette conjugaison de l'ami compatissant et du maître ayant autorité. Ces traits de sa personnalité commencèrent à se manifester de bonne heure, même dans son adolescence.

Ce jeune homme physiquement fort et robuste acquit également la pleine mesure de son intelligence humaine, non la pleine expérience de la pensée humaine, mais la pleine aptitude au développement intellectuel. Il avait un corps sain et bien proportionné, une pensée vive et analytique, des dispositions bienveillantes et compatissantes, un tempérament quelque peu fluctuant mais combatif. Cet ensemble commençait à composer une personnalité forte, frappante, et attirante.

Avec le temps, il devint de plus en plus difficile à sa mère et à ses frères et soeurs de le comprendre; ses paroles étaient pour eux des pierres d'achoppement, et ils interprétaient mal ses agissements. Ils étaient tous inaptes a comprendre la vie de leur frère aîné, parce que leur mère leur avait donné à entendre qu'il était destiné à devenir le libérateur du peuple juif. Après avoir reçu ces indications de Marie comme des secrets de famille, imaginez leur désarroi quand Jésus démentait franchement toutes ces idées et ces intentions.

Simon entra à l'école cette année-là, et la famille fut obligée de vendre une autre maison Jacques se chargea alors d'instruire ses trois soeurs dont deux étaient assez âgées pour commencer à étudier sérieusement. Aussitôt que Ruth eut grandi, elle fut prise en main par Miriam et Marthe. Ordinairement, les filles des familles juives recevaient peu d'instruction, mais Jésus maintenait (et sa mère était d'accord avec lui) que les filles devaient aller en classe comme les garçons; puisque l'école de la synagogue ne voulait pas les prendre, il n'y avait pas d'autre solution que de faire spécialement pour elles des cours à la maison.

Durant toute cette année, Jésus ne quitta guère son établi. Heureusement il avait beaucoup de travail et l'exécutait d'une manière tellement supérieure qu'il ne chômait jamais, même quand il y avait peu d'ouvrage dans le pays. À un moment donné, Jésus eut tant à faire que Jacques dut l'aider.

À la fin de cette année, il avait à peu près décidé qu'après avoir élevé les siens et les avoir vus mariés, il entreprendrait son ministère public en tant que maître de la vérité et révélateur du Père céleste au monde. Il savait qu'il ne deviendrait pas le Messie juif attendu et en conclut qu'il était presque inutile de discuter ces sujets avec sa mère. Il se résigna à lui permettre de chérir toutes les idées qui lui plairaient, puisque tout ce qu'il avait dit dans le passé avait plus ou moins glissé sans faire d'impression sur elle; il se souvint que son père n'avait jamais pu dire quelque chose qui la fit changer d'idée. À partir de cette année, il parla de moins en moins de ces problèmes à sa mère ou à d'autres personnes. Sa mission était si spéciale que personne au monde ne pouvait lui donner de conseils pour l'accomplir.

Bien que jeune, il était un vrai père pour sa famille. Il passait chacune de ses heures libres avec ses frères et soeurs, et ceux-ci l'aimaient sincèrement. Sa mère se désolait de le voir tant peiner jour après jour à l'établi de charpentier pour gagner la vie de la famille, au lieu d'être à Jérusalem, comme ses parents l'avaient si chèrement espéré, en train d'étudier avec les rabbins. Marie ne pouvait comprendre bien des choses concernant son fils, mais elle l'aimait beaucoup, et ce qu'elle appréciait le plus, c'était la bonne volonté avec laquelle il endossait la responsabilité du foyer.

2. -- LA DIX-SEPTIÈME ANNÉE (AN Il)

C'est à cette époque qu'il y eut une agitation considérable, spécialement à Jérusalem et en Judée, en faveur d'une rébellion contre le paiement des impôts à Rome. Il se créa un fort parti nationaliste qui fut bientôt appelé les Zélotes. Contrairement aux Pharisiens, les Zélotes ne voulaient pas attendre la venue du Messie. Ils proposaient de faire aboutir leurs revendications par une révolte politique.

Un groupe d'organisateurs de Jérusalem arriva en Galilée et obtint de bons succès jusqu'au moment où il atteignit Nazareth. Quand ils vinrent voir Jésus, celui-ci les écouta attentivement; il posa un grand nombre de questions, mais refusa de se joindre au parti. Il ne voulut pas dévoiler toutes les raisons qui l'empêchaient d'adhérer, et son refus eut pour effet d'écarter des Zélotes beaucoup de ses jeunes compagnons de Nazareth.

Marie fit de son mieux pour l'inciter à s'enrôler, mais elle ne put le faire céder. Elle alla jusqu'à lui signifier que son refus d'épouser la cause nationaliste, comme elle le lui ordonnait, était de l'insubordination, une violation de sa promesse faite à leur retour de Jérusalem d'être soumis à ses parents. En réponse à cette insinuation, Jésus posa seulement sur son épaule une main bienveillante, la regarda en face, et lui dit: « Ma mère, comment peux-tu? » Et Marie se rétracta.

Un des oncles de Jésus (Simon, frère de Marie) s'était déjà joint au groupe et devint par la suite un fonctionnaire dans le parti galiléen. Pendant plusieurs années, il y eut un peu de brouille entre Jésus et son oncle.

Le désordre se mit à couver à Nazareth. Le comportement de Jésus dans cette affaire avait eu pour résultat de créer une scission dans la jeunesse juive de la ville. Environ la moitié s'était jointe à l'organisation nationaliste; l'autre moitié commença à former un groupe opposé de patriotes plus modérés, espérant que Jésus en assumerait la direction. Ils furent stupéfaits quand il refusa l'honneur qu'on lui offrait, alléguant comme excuse ses lourdes responsabilités familiales qu'ils admettaient tous. La situation se compliqua bientôt quand Isaac, un riche Juif prêteur sur gages aux Gentils, proposa d'entretenir la famille de Jésus si celui-ci voulait déposer ses outils et se mettre à la tête des patriotes de Nazareth.

Jésus, alors à peine âgé de dix-sept ans, se trouva en présence de l'une des situations les plus délicates et les plus embarrassantes du début de sa vie. Il est toujours difficile aux chefs spirituels de se rattacher à des mouvements patriotiques, surtout quand des oppresseurs étrangers percevant des impôts viennent les compliquer. C'était doublement vrai dans ce cas, puisque la religion juive était impliquée dans toute cette agitation contre Rome.

La position de Jésus était rendue encore plus délicate du fait que sa mère, son oncle, et même son jeune frère Jacques, l'exhortaient tous à se joindre à la cause nationaliste. Tous les meilleurs Juifs de Nazareth s'étaient enrôlés, et les jeunes gens qui ne s'étaient pas joints au mouvement étaient tous prêts à s'engager dès que Jésus se raviserait. Dans tout Nazareth, il n'avait qu'un seul conseiller sage, son vieux maître le chazan, qui l'aida vis-à-vis des citoyens du Comité de Nazareth lorsque ceux-ci vinrent lui demander sa réponse à l'appel public qui avait été fait. Au cours de sa jeunesse, ce fut vraiment la première fois que Jésus eut sciemment recours à une manoeuvre politique. Jusque-là, il avait toujours compté sur un sincère exposé de la vérité pour éclaircir la situation, mais maintenant il ne pouvait pas proclamer l'entière vérité. Il ne pouvait donner à entendre qu'il était plus qu'un homme; il ne pouvait révéler son idée de la mission qui l'attendait quand il serait un peu plus mûr. Malgré ces restrictions, sa fidélité religieuse et sa loyauté nationale étaient directement mises au défi. Sa famille était dans l'agitation, ses jeunes amis divisés, et tout le contingent juif de la ville en effervescence. Et l'on osait le blâmer pour tout cela! Combien peu il avait désiré causer un trouble quelconque et encore moins une perturbation de cette sorte.

Il fallait faire quelque chose. Jésus devait faire connaître sa position. Il le fit courageusement et diplomatiquement à la satisfaction de beaucoup, mais pas de tous. Il s'en tint à son plaidoyer originel, soutenant que son premier devoir était envers sa famille, qu'une mère veuve et huit frères et soeurs avaient besoin de quelque chose de plus que ce qui peut simplement s'acheter avec de l'argent -- le nécessaire pour la vie matérielle -- qu'ils avaient droit a la surveillance et à la direction d'un père, et qu'il ne pouvait de son plein gré se décharger de l'obligation qu'un cruel accident avait fait retomber sur lui. Il félicita sa mère et l'aîné de ses frères de vouloir bien le libérer, mais répéta que la fidélité à la mémoire de son père lui interdisait de quitter sa famille, quelles que soient les sommes reçues pour sa vie matérielle. À cette occasion, il exprima son inoubliable axiome que « l'argent ne fait pas le bonheur ». Au cours de cette allocution, Jésus fit plusieurs allusions voilées à la « mission de sa vie ». Il expliqua que, sans même rechercher si sa mission était compatible ou non avec le militarisme, il y avait renoncé ainsi qu'à tout le reste pour pouvoir remplir fidèlement son devoir envers les siens. Chacun à Nazareth savait qu'il était un bon père de famille, et c'était une chose qui touchait de si près le coeur de tout Juif bien né que le plaidoyer de Jésus trouva une réponse favorable dans le coeur de beaucoup de ses auditeurs. Certains autres, qui n'étaient pas dans les mêmes dispositions, furent désarmés par une harangue prononcée par Jacques à ce moment-là, bien qu'elle ne figurât pas dans le programme. Le matin même, le chazan avait fait réciter à Jacques son allocution, mais elle était restée un secret entre eux.

Jacques se déclara certain que Jésus était capable de libérer son peuple, dès que lui, Jacques serait en âge d'assumer la responsabilité de la famille. Si l'on voulait permettre à Jésus de « rester avec nous pour être notre père et notre instructeur, la famille de Joseph ne fournirait pas seulement un chef, mais bientôt cinq loyaux nationalistes, car ne sommes-nous pas cinq garçons qui grandissent et vont sortir de la tutelle de notre frère-père pour servir notre nation? » Le garçon mit ainsi assez heureusement fin à une situation très tendue et menaçante.

La crise était terminée pour le moment, mais cet incident ne fut pas oublié à Nazareth. L'agitation persista; Jésus ne bénéficia plus jamais d'une faveur unanime. Les divergences d'opinion ne furent jamais complètement aplanies. Compliquée par d'autres événements postérieurs, cette situation fut l'une des principales raisons pour lesquelles Jésus s'installa quelques années plus tard à Capharnaüm. Une scission au sujet du Fils de l'Homme subsista désormais dans Nazareth.

Cette année-là, Jacques passa ses examens à l'école et se mit à travailler à temps complet à la maison, dans l'atelier de charpentier, Il était devenu un ouvrier habile à manier les outils et entreprit alors de fabriquer des jougs et des charrues, tandis que Jésus commençait à faire plus de travaux de finition d'intérieurs et spécialement d'ébénisterie.

Durant cette année-là, Jésus progressa grandement dans la mise en ordre de ses idées. Peu à peu, il avait concilié sa nature divine avec sa nature humaine. Il réalisa toute cette organisation intellectuelle par la force de ses propres décisions et avec la seule aide de son Moniteur Intérieur, un Moniteur semblable à ceux qui habitent la pensée des mortels normaux sur tous les mondes après l'effusion d'un Fils. Jusqu'ici, rien de surnaturel ne s'était passé dans la carrière de ce jeune homme, sauf la visite d'un messager envoyé par son frère aîné Emmanuel, qui lui apparut une fois, pendant la nuit, à Jérusalem.

3. -- LA DIX-HUITIÈME ANNÉE (AN 12)

Au cours de cette année, tous les immeubles de la famille, excepté la maison et le jardin, avaient été liquidés. Leur dernière parcelle de propriété à Capharnaüm (hormis une part dans une autre propriété) fut vendue; elle était déjà hypothéquée. Le prix servit à payer les impôts, à acheter quelques nouveaux outils pour Jacques, et a payer une partie de l'ancien magasin familial de fournitures et de réparations proche du caravansérail. Jésus désirait maintenant racheter ce magasin, car Jacques était d'âge à travailler à l'atelier de la maison et à aider Marie au foyer. Libéré pour le moment des embarras financiers, Jésus décida d'emmener Jacques à la Pâque. Ils partirent pour Jérusalem un jour d'avance pour être seuls et passèrent par la route de Samarie. Tout en cheminant, Jésus fit à Jacques l'historique des lieux traversés, comme son père le lui avait enseigné cinq ans auparavant au cours d'un voyage semblable.

En traversant la Samarie, ils virent nombre de spectacles étranges. Pendant ce voyage, ils discutèrent beaucoup de leurs problèmes personnels, familiaux, et nationaux. Jacques était un garçon d'un type très religieux, et bien qu'il ne fût pas complètement d'accord avec sa mère sur le peu qu'il connaissait des plans concernant l'oeuvre de la vie de Jésus, il attendait le moment où il serait capable d'assumer la responsabilité de la famille pour permettre à Jésus de commencer sa mission. Il appréciait beaucoup que Jésus l'ait emmené à la Pâque, et il discutèrent de l'avenir plus à fond qu'ils ne l'avaient fait jusqu'alors.

Pendant la traversés de la Samarie, Jésus réfléchit longuement, particulièrement à Béthel et au Puits de Jacob où ils s'arrêtèrent pour boire. Il discuta avec son frère les traditions d'Abraham, d'Isaac, et de Jacob. Il contribua beaucoup à préparer Jacques à ce dont il allait être témoin à Jérusalem, cherchant ainsi à atténuer un choc semblable à celui qu'il avait lui-même éprouvé lors de sa première visite au temple. Mais Jacques n'était pas aussi sensible à certains de ces spectacles. Il critiqua la manière superficielle et dure dont quelques prêtres accomplissaient leurs devoirs, mais dans l'ensemble il fut très heureux de son séjour à Jérusalem.

Jésus emmena Jacques à Béthanie pour le souper de la Pâque. Simon avait été enseveli avec ses ancêtres, et Jésus présida la tablée comme chef de famille pour la Pâque, car il avait rapporté du temple l'agneau pascal.

Après le souper, Marie s'assit pour causer avec Jacques, tandis que Marthe Lazare, et Jésus s'entretinrent ensemble fort avant dans la nuit. Le lendemain ils assistèrent aux offices du temple, et Jacques fut reçu dans la communauté d'Israël. Ce matin-là, comme ils s'arrêtaient sur le versant d'Olivet pour regarder le temple, Jacques exprima son admiration tandis que Jésus contemplait Jérusalem en silence. Jacques ne pouvait comprendre le comportement de son frère. Ce soir-là ils retournèrent à Béthanie, désireux de rentrer chez eux le lendemain, mais Jacques insista pour retourner visiter le temple, expliquant qu'il voulait écouter les instructeurs. Bien que le motif avoué fut vrai, dans le secret de son coeur Jacques souhaitait entendre Jésus participer aux débats, comme sa mère le lui avait raconté. Ils allèrent donc au temple et écoutèrent les discussions, mais Jésus ne posa pas de questions. Tout cela semblait puéril et insignifiant à sa pensée d'homme et de Dieu qui s'éveillait -- il ne pouvait qu'en avoir pitié. Jacques fut déçu que Jésus ne dise rien. À ses demandes, Jésus répondait seulement: « Mon heure n'est pas encore venue ».

Le lendemain, ils firent le voya@-í@-í°{ìààì¨-í`-í@`-ímment son premier voyage par cette route quand il avait treize ans.

À son retour à Nazareth, Jésus commença à travailler dans le vieil atelier familial de réparations et fut très heureux de pouvoir rencontrer quotidiennement tant de personnes de tous les coins du pays et des districts avoisinants. Jésus aimait véritablement les gens -- les gens du peuple tels qu'ils sont. Chaque mois il payait la mensualité du rachat de l'atelier et, avec l'aide de Jacques, il continuait à entretenir la famille.

Plusieurs fois par an, quand il n'y avait pas de visiteurs pour le faire, Jésus continuait à lire les Écritures du sabbat à la synagogue et expliquait souvent la leçon; mais il choisissait des passages de manière à ne pas avoir à les commenter. Il était si habile dans l'ordonnance des lectures que les différents passages s'éclairaient l'un l'autre. Chaque fois qu'il faisait beau temps, il ne manquait jamais d'emmener ses frères et soeurs en promenade les après-midi de sabbat.

À cette époque, le chazan inaugura un cercle de discussions philosophiques pour gens; ceux-ci se réunissaient au domicile des divers membres et souvent chez le chazan. Jésus devint un membre éminent de ce groupe. Par ce moyen, il put regagner un peu du prestige local qu'il avait perdu au moment des récentes controverses nationalistes.

Sa vie sociale, quoique restreinte, n'était as totalement négligée. Il avait beaucoup de très bons amis et d'admirateurs fervents parmi les jeunes hommes et les jeunes femmes de Nazareth.

En septembre, Élizabeth et Jean vinrent rendre visite à la famille de Nazareth. Jean, ayant perdu son père, avait l'intention de retourner dans les collines de Judée pour s'occuper d'agriculture et d'élevage de moutons, à moins que Jésus ne lui conseillât de rester à Nazareth pour devenir charpentier ou faire quelque travail d'un autre ordre. Il ignorait que la famille de Nazareth était pratiquement dans la gêne. Plus Marie et Élizabeth parlaient de leurs fils, plus elles étaient convaincues qu'il serait bon pour les deux jeunes gens de travailler ensemble et de se voir davantage.

Jésus et Jean eurent de longs entretiens et discutèrent de quelques questions très intimes et personnelles. À l'issue de cette visite, ils décidèrent tous deux de ne pas se revoir jusqu'à ce qu'ils puissent se rencontrer dans leur ministère public, après que « le Père céleste les aurait appelés » à l'oeuvre.  Nazareth, Jean fut prodigieusement impressionné de voir qu'il devait retourner à la maison et travailler pour entretenir sa mère. Il fut convaincu qu'il participerait à la mission de la vie de Jésus, mais comprit que Jésus allait devoir s'occuper pendant bien des années de soutenir sa propre famille. Il accepta d'autant plus volontiers de retourner chez lui, de prendre soin de leur petite ferme, et de pourvoir aux besoins de sa mère. Jamais plus Jean et Jésus ne se revirent jusqu'au jour où le Fils de l'Homme se présenta au bord du Jourdain pour être baptisé.

Le samedi après-midi 3 décembre de cette année, la mort frappa pour la seconde fois la famille de Nazareth. Amos, leur petit frère, mourut d'une fièvre maligne après une semaine de maladie. Ayant traversé cette période douloureuse avec son fils premier-né comme seul soutien, Marie reconnut enfin pleinement que Jésus était le véritable chef de la famille; et il était vraiment un chef de valeur.

Pendant quatre ans, leur niveau de vie avait constamment décliné. D'année en année, ils se sentaient plus tenaillés par la pauvreté. Vers la fin de cette année, ils eurent à affronter une des épreuves les plus pénibles de leurs luttes ardues. Jacques n'avait pas encore commencé à bien gagner, et les dépense d'un enterrement s'ajoutant au reste les consterna. Mais Jésus se borna à dire à sa mère anxieuse et affligée:      « Mère Marie, le chagrin ne nous aide pas; nous faisons tous de notre mieux, et le sourire de maman pourrait même nous inciter à faire encore mieux. Jour après jour nous sommes fortifiés dans ces tâches par notre espoir d'avoir devant nous des jours meilleurs ». Son solide et pratique optimisme était vraiment contagieux; tous les enfants vivaient dans une ambiance où l'on escomptait des choses et des temps meilleurs. Et ce courage plein d'espoir contribua puissamment à développer chez eux de nobles et puissants caractères, malgré leur pauvreté déprimante.

Jésus possédait la faculté de mobiliser efficacement tous ses pouvoirs mentaux, psychiques, et corporels pour la tâche à accomplir immédiatement. Il pouvait concentrer sa pensée profonde sur le seul problème qu'il désirait résoudre. Jointe à sa patience inlassable, cette faculté le rendait capable de supporter sereinement les épreuves d'une existence terrestre difficile -- de vivre comme s'il « voyait celui qui est invisible ».

4. -- LA DIX-NEUVIÈME ANNÉE (AN 13)

À cette époque, Jésus et Marie s'entendirent mieux. Elle le considérait moins comme un fils; il était plutôt devenu pour elle un père pour ses enfants. La vie quotidienne fourmillait de difficultés pratiques et immédiates. Ils parlaient moins fréquemment de l'oeuvre de sa vie, car le temps passait vite et toutes leurs pensées étaient mutuellement consacrées à l'entretien et à l'éducation de leur famille de quatre garçons et trois filles.

Dès le début de cette année, Jésus avait complètement gagné sa mère à ses méthodes d'éducation pour les enfants -- l'injonction positive de bien faire au lieu de l'ancienne méthode juive interdisant de mal faire. Chez lui et durant sa carrière d'enseignement public, Jésus se servit invariablement de la forme positive d'exhortation. Toujours et partout il disait: « Vous ferez ceci, vous devriez faire cela ». Jamais il n'employait le mode négatif d'enseignement dérivé des anciens tabous. Il s'abstenait de donner de l'importance au mal en l'interdisant, tandis qu'il prenait le bien en ordonnant de l'accomplir. Dans ce foyer, le moment de la prière était l'occasion de discuter de tout ce qui concernait le bien-être de la famille.

Jésus commença à discipliner sagement ses frères et soeurs à un âge si tendre qu'il n'eut jamais besoin de les punir beaucoup pour assurer leur prompte et sincère obéissance. La seule exception était Jude envers qui, en différentes circonstances, Jésus jugea nécessaire de prendre des sanctions pour ses infractions aux règles de la maison. En trois occasions où il estima opportun de punir Jude pour avoir délibérément violé les règles de conduite de la famille et l'avoir avoué, son châtiment fut fixé par une décision unanime des enfants les plus âgés, et approuvé par Jude lui-même avant de lui être infligé.

Jésus était très méthodique et systématique en tout ce qu'il faisait mais il y avait aussi dans toutes ses décisions administratives une reposante souplesse d'interprétation et une adaptation individuelle qui en imposait à tous les enfants par l'esprit de justice qui animait leur frère-père. Il ne châtiait jamais arbitrairement ses frères et soeurs. Son impartialité constante et sa considération personnelle rendirent Jésus très cher à toute sa famille.

Jacques et Simon grandirent essayant d'imiter Jésus en calmant par la persuasion et la non-résistance leurs camarades belliqueux et parfois coléreux. Ils y parvinrent assez bien, mais alors que Joseph et Jude acceptaient de tels enseignements à la maison, ils se hâtaient de se défendre quand ils étaient attaqués par leurs camarades; Jude violait particulièrement l'esprit de ces enseignements. Mais la non-résistance n'était pas une règle de la famille. La violation des enseignements personnels ne comportait aucune sanction.

En général tous les enfants, et surtout les filles, consultaient Jésus à propos de leurs chagrins d'enfants et se confiaient à lui comme à un tendre père.

Jacques grandissait, devenant un jeune homme bien équilibré et d'humeur égale, mais il n'avait pas autant de tendances spirituelles que Jésus. Il était un bien meilleur étudiant que Joseph. Celui-ci, bien que travailleur consciencieux, était encore moins enclin à la spiritualité; Joseph était un bûcheur, mais n'atteignait pas le niveau intellectuel des autres enfants. Simon était bien intentionné, mais trop rêveur. Il fut lent à s'établir dans la vie et causa beaucoup de soucis à Jésus et à Marie, mais il fut toujours un bon garçon plein de bonnes intentions. Jude était un brandon de discorde. Il avait les idéaux les plus élevés, mais possédait un caractère instable. Il était tout aussi décidé et agressif que sa mère, mais celle-ci avait un sens de la mesure et un tact qui manquaient beaucoup à Jude.

Miriam était une fille bien équilibrée et pondérée, avec une appréciation aiguë des choses nobles et spirituelles. Marthe pensait et agissait lentement, mais elle était une enfant très capable et digne de confiance. La petite Ruth était le rayon de soleil du foyer; elle parlait un peu inconsidérément, mais avait un coeur sincère. Elle aimait son grand frère et père presque jusqu'à l'idolâtrie, mais on ne la gâtait pas. C'était une très belle enfant, mais pas tout aussi avenante que Miriam, qui était la beauté de la famille, sinon de la ville.

Avec le temps, Jésus contribua beaucoup à modifier et à rendre moins étriqués les enseignements et les pratiques de la famille relatifs à l'observance du sabbat et de nombreux autres rites de la religion.

Marie donnait une chaleureuse approbation à tous ces changements. Jésus était alors devenu le chef incontesté de la maison.

Cette année-là, Jude commença à aller à l'école, et Jésus fut obligé de vendre sa harpe pour subvenir à la dépense. Ainsi disparut la dernière de ses distractions. Il aimait beaucoup jouer de la harpe quand il avait le cerveau et le corps fatigués, mais il se consola à la pensée qu'au moins la harpe ne serait pas saisie par le collecteur d'impôts.

5. -- RÉBECCA, LA FILLE D'EZRA

Bien que Jésus fût pauvre, sa situation sociale à Nazareth n'était aucunement compromise. Il était un des premiers jeunes hommes de la ville et très considéré par la plupart des jeunes femmes. Puisque Jésus était un si merveilleux exemple de vigueur physique et intellectuelle, et vu sa réputation comme guide spirituel, il n'était pas étrange que Rébecca, la fille aînée d'Ezra, un riche marchand et négociant de Nazareth, découvrit qu'elle devenait lentement amoureuse du fils de Joseph. Elle confia d'abord son attachement à Miriam, la soeur de Jésus, et Miriam à son tour en parla à sa mère. Marie fut bouleversée. Était-elle sur le point de perdre son fils, devenu à présent le chef indispensable de la famille? Les difficultés ne cesseraient-elles jamais? Que pourrait-il arriver ensuite? Alors elle s'arrêta pour méditer sur l'effet qu'aurait le mariage sur la carrière future de Jésus. À de rares intervalles, elle se souvenait que Jésus était un « enfant de la promesse ». Après avoir discuté de cette question, Miriam et Marie décidèrent de faire un effort pour mettre fin à la chose avant que Jésus ne l'apprit. Elles allèrent directement trouver Rébecca pour lui expliquer toute l'histoire; elles l'informèrent honnêtement de leur croyance que Jésus était un fils de la destinée et qu'il allait devenir un grand guide religieux, peut-être le Messie.

Rébecca écouta attentivement; elle fut empoignée par le récit et plus que jamais décidée à courir sa chance avec l'homme de son choix et à partager sa carrière de chef. Elle plaida (en son for inférieur) qu'un tel homme aurait d'autant plus besoin d'une femme fidèle et capable. Elle interpréta les efforts de Marie pour la dissuader comme une réaction naturelle à sa crainte de perdre le chef et seul soutien de sa famille; mais sachant que son père approuvait son attirance pour le fils du charpentier, elle escomptait à juste titre qu'il serait heureux de donner à la famille un revenu suffisant pour compenser amplement la perte du salaire de Jésus. Quand son père eut accepté ce plan, Rébecca eut d'autres entretiens avec Marie et Miriam. N'ayant pas réussi à obtenir leur concours, elle eut l'audace d'aller directement trouver Jésus. Elle le fit avec l'aide de son père qui invita Jésus chez eux pour le dix-septième anniversaire de Rébecca.

Jésus écouta attentivement et avec sympathie le récit de cette aventure, d'abord par le père de Rébecca, puis par Rébecca elle-même. Il répondit avec bonté qu'aucune somme d'argent ne remplacerait son obligation personnelle d'élever la famille de son père, de « remplir le plus sacré de tous les devoirs humains — la fidélité à sa propre chair et à son propre sang ». Le père de Rébecca fut profondément touché par les paroles de dévotion familiale de Jésus et se retira de l'entretien. Son unique remarque à sa femme Marie fut: «Nous ne pouvons l'avoir pour fils; il est trop noble pour nous».

Alors commença l'entretien mémorable avec Rébecca. Jusque-là, Jésus avait fait peu de différence dans ses relations avec garçons et filles, avec jeunes hommes et jeunes femmes. Sa pensée avait été trop entièrement absorbée par les problèmes pressants des affaires pratiques de ce monde et la contemplation mystérieuse de sa carrière éventuelle « concernant les affaires de son Père » pour avoir jamais envisagé sérieusement la consommation de l'amour personnel dans le mariage humain. Mais à présent il se trouvait en face d'un autre problème que chaque mortel ordinaire doit affronter et résoudre. Vraiment il fut « éprouvé de toutes les manières comme vous l'êtes vous mêmes ».

Après avoir écouté attentivement, il remercia sincèrement Rébecca pour l'admiration qu'elle lui exprimait et ajouta: « Cela m'encouragera et me réconfortera tous les jours de ma vie ». Il expliqua qu'il n'était libre d'avoir avec une femme d'autres relations que celle de simple considération fraternelle et de pure amitié. Il précisa que son premier et plus important devoir était d'élever la famille de son père, qu'il ne pouvait envisager de mariage avant que cela fût accompli, et alors il ajouta: « Si je suis un fils de la promesse: je ne dois pas assumer d'obligations pour la durée de la vie avant que ma destinée soit rendue manifeste ».

Rébecca eut le coeur brisé. Elle refusa d'être consolée et harcela son père pour quitter Nazareth jusqu'à ce qu'il consentit finalement à s'installer à Séphoris. Au cours des années suivantes, Rébecca répondit toujours aux nombreux hommes qui la demandèrent en mariage qu'elle vivait dans un seul but — attendre l'heure où celui qui était pour elle le plus grand homme de la terre commencerait la carrière d'instructeur de la vérité vivante. Elle le suivit avec dévotion à travers les années mouvementées de son ministère public. Elle était présente (inaperçue de Jésus) le jour où il entra triomphalement à Jérusalem sur un ânon; et elle était debout « parmi les autres femmes (1) » à côté de Marie, le tragique et fatal après-midi où le Fils de l'Homme fut suspendu à la croix. Pour elle aussi bien que pour d'innombrables mondes supérieurs, il était « le seul entièrement digne d'être aimé et le plus grand parmi dix mille ».

  (1) Luc XXIII-27.

6. -- SA VINGTIÈME ANNÉE (AN 14)

L'histoire de l'amour de Rébecca pour Jésus se répandit à Nazareth et plus tard à Capharnaüm. De la sorte, et bien qu'au cours des années qui suivirent beaucoup de femmes se fussent mises à aimer Jésus tout comme les hommes l'aimaient, il n'eut jamais plus à refuser l'offre personnelle de la dévotion d'une autre femme de bien. À partir de ce moment, l'affection humaine pour Jésus participa davantage de la nature d'une considération respectueuse et adoratrice. Hommes et femmes l'aimaient avec dévotion pour ce qu'il était, sans la moindre teinte de satisfaction égoïste et sans désir de possession affective. Mais pendant de nombreuses années, chaque fois que l'on racontait l'histoire de la personnalité humaine de Jésus, on mentionnait la dévotion de Rébecca.

Miriam, qui connaissait bien la passion de Rébecca et savait comment son frère avait renoncé même à l'amour d'une belle jeune fille (sans comprendre que c'était à cause de sa carrière prédestinée) en vint à idéaliser Jésus et à l'aimer d'une touchante et profonde affection, filiale autant que fraternelle.

Bien qu'ils n'en eussent guère les moyens, Jésus avait un étrange désir d'aller à Jérusalem pour la Pâque. Connaissant sa récente expérience avec Rébecca, sa mère l'encouragea sagement à faire le voyage. Sans en être tout à fait conscient, Jésus désirait surtout avoir une occasion de parler à Lazare et de rendre visite à Marthe et Marie. Après sa propre famille, c'était ce trio qu'il préférait.

En faisant ce voyage à Jérusalem, il alla par la route de Méguiddo, Antipatris, et Lydda, parcourant en partie la route suivie lorsqu'il avait été ramené à Nazareth à son retour d'Égypte. Il mit quatre jours et réfléchit beaucoup aux événements passés qui avaient eu lieu à Méguiddo et aux alentours, champ de bataille international de la Palestine.

Jésus traversa Jérusalem, ne s'arrêtant que pour regarder le temple et la cohue des visiteurs. Il avait une étrange et croissante aversion pour ce temple construit par Hérode et sa prêtrise choisie pour des raisons politiques. Par-dessus tout il désirait voir Lazare, Marthe, et Marie. Lazare avait le même âge que Jésus et il était à présent chef de famille; au moment de cette visite, la mère de Lazare avait également été inhumée. Marthe était d'un peu plus d'un an l'aînée de Jésus, tandis que Marie avait deux ans de moins que lui. Jésus était l'idéal que tous trois idolâtraient.

Au cours de cette visite eut lieu l'une des manifestations périodiques de révolte de Jésus contre la tradition  -- l'expression d'une rancoeur contre les pratiques cérémonielles qu'il considérait comme donnant une fausse idée de son Père céleste. Ignorant que Jésus allait venir, Lazare s'était arrangé pour célébrer la Pâque avec des amis dans un village voisin, plus bas sur la route de Jéricho. Voici que maintenant Jésus proposait de célébrer la fête là où ils étaient, dans la maison de Lazare. « Mais » dit Lazare, « nous n'avons pas d'agneau pascal ». Alors Jésus entama une dissertation prolongée et convaincante pour montrer que le Père céleste ne s'intéressait pas véritablement à ces rituels enfantins et vides de sens. Après une prière fervente et solennelle, ils se levèrent et Jésus dit: « Laissez les penseurs puérils et ignorants de mon peuple servir leur Dieu conformément aux ordres de Moïse; il vaut mieux qu'ils le fassent, mais nous, qui avons vu la lumière de la vie, cessons d'approcher notre Père par les ténèbres de la mort. Soyons libre en sachant que l'amour éternel de notre Père est vrai ».

Ce soir-là au crépuscule, tous quatre s'assirent et participèrent à la première fête de la Pâque qui eût jamais été célébrée sans agneau pascal par des Juifs pieux. Le pain sans levain et le vin avaient été préparés pour cette Pâque, et Jésus servit a ses compagnons ces mets symboliques qu'il appelait « le pain de vie » et       « l'eau vivante ». Ils mangèrent en se conformant solennellement aux enseignements qu'ils venaient de recevoir. Jésus prit l'habitude de pratiquer ce rite sacramentel lors de chacune de ses visites ultérieures à Béthanie. Quand il revint chez lui, il raconta tout cela à sa mère. Au premier abord elle fut choquée, mais peu a peu elle en vint à partager ce point de vue; néanmoins, elle fut très soulagée quand Jésus l'assura qu'il n'avait pas l'intention d'introduire dans leur famille cette nouvelle conception de la Pâque. À la maison, avec les enfants, il continua d'année en année à manger la pâque « selon la loi de Moïse ».

Ce fut durant cette année que Marie eut une longue conversation avec Jésus au sujet du mariage. Elle lui demanda franchement s'il se marierait au cas où il serait dégagé de ses responsabilités familiales. Jésus lui expliqua que le devoir immédiat lui interdisait le mariage, et qu'il y avait donc peu pensé. Il s'exprima comme s'il doutait qu'il dut jamais renoncer au célibat; il dit que toutes ces choses devaient attendre « mon heure », le moment où « le travail de mon Père devra commencer ». Ayant déjà décidé dans sa pensée qu'il ne devait pas engendrer d'enfants charnels, il se préoccupait très peu de la question du mariage humain.

Cette année-là, il reprit la tâche de fusionner davantage sa nature mortelle et sa nature divine en une simple et efficace individualité humaine. Son statut moral et sa compréhension spirituelle continuèrent à croître.

Bien que tous leurs immeubles de Nazareth (excepté leur maison) fussent liquidés, ils reçurent cette année-là une petite aide financière par la vente d'une participation dans une propriété à Capharnaüm. C'était la dernière de tout le domaine immobilier de Joseph. Cette propriété de Capharnaüm fut achetée par un constructeur de bateaux nommé Zébédée.

Joseph fut reçu cette année-là aux examens de l'école de la synagogue et se à préparer à travailler au petit établie dans l'atelier de charpentier. Quoique l'héritage de leur père fût épuisé, il y avait des chances pour qu'ils triomphent de la pauvreté puisque trois d'entre eux fournissaient maintenant un travail régulier.

À cette époque, Jésus devient rapidement un homme, non pas simplement un jeune homme, mais un adulte. Il a bien appris à porter des responsabilités. Il sait persévérer en présence des déceptions. Il fait bravement front quand ses plans sont contrecarrés et ses projets temporairement déjoués. Il a appris a être acquittable et juste même en face de l'injustice. Il est en voie d'apprendre à ajuster ses idéaux de vie spirituelle aux existences pratique de l'existence terrestre. Il est en train d'élaborer un plan pour atteindre un but idéaliste supérieur et lointain, tout en peinant durement pour atteindre un but matériel plus proche et plus immédiat. Il acquiert progressivement l'art d'adapter ses aspirations aux exigences banales de la vie des humains. Il a presque maîtrisé la technique d'emploi de l'énergie de l'élan spirituel pour faire fonctionner le mécanisme des réalisations matérielles. Il apprend lentement à vivre la vie céleste tout en poursuivant son existence terrestre. De plus en plus, il dépend des directives ultimes de son Père céleste, tout en assumant le rôle paternel de guider et d'orienter les enfants de sa famille terrestre. Il devient expert en l'art d'arracher la victoire à l'emprise même de la défaite. Il apprend à transformer les difficultés du temps en triomphes de l'éternité.

Ainsi, avec l'écoulement des années, le jeune homme de Nazareth continua à faire l'expérience de la vie telle qu'elle est vécue dans la chair mortelle sur les mondes du temps et de l'espace. Il vécut sur Urantia une vie complète, représentative, et bien remplie. Il quitta ce monde avec une mûre expérience des épreuves que ses créatures traversent pendant les rudes et courtes années de leur première vie, la vie incarnée. Toute cette expérience humaine est la propriété éternelle du Souverain de l'Univers. Il est notre frère compréhensif, notre ami compatissant, notre souverain expérimenté, et notre père miséricordieux.

Comme enfant, il accumula un vaste ensemble de connaissances. Comme jeune homme, il tria, classifia, et coordonna ces informations. Maintenant, comme homme du royaume, il commençait à organiser ces acquisitions mentales préalablement à leur emploi dans son enseignement futur, dans son ministère, et dans son service pour ses compagnons humains sur cette planète et sur toutes les autres sphères habitées dans tout l'univers de Nébadon.

Venu au monde comme n'importe quel nouveau-né du royaume, il avait vécu sa vie d'enfant et traversé les étapes successives de la jeunesse et de l'adolescence. Il se trouvait maintenant au seuil de sa pleine maturité, riche de l'expérience d'une vie bien remplie, ayant parachevé la compréhension de la nature humaine, et restant plein de compassion pour ses faiblesses. Il était devenu expert dans l'art divin de révéler son Père céleste aux créatures mortelles de tous âges et de toutes conditions.

Désormais en tant qu'homme fait, en tant qu'adulte du royaume, il se préparait à poursuivre sa mission suprême de révéler Dieu aux hommes et de conduire les hommes à Dieu.

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