La cosmogonie d'Urantia

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154. Derniers Jours à Capharnaüm

LA COSMOGONIE D'URANTIA - FASCICULE 154. DERNIERS JOURS À CAPHARNAÜM

LORS de cette mémorable soirée du 30 avril de l'an 29, tandis que Jésus adressait des paroles de réconfort et de courage à ses disciples abattus et perplexes Hérode Antipas tenait conseil à Tibériade avec un groupe de commissaires spéciaux représentant le sanhédrin de Jérusalem. Ces scribes et pharisiens pressèrent Hérode d'arrêter Jésus; ils firent de leur mieux pour convaincre le tétrarque que Jésus poussait le peuple à la dissension et même à la révolte. Mais Hérode refusa de l'inculper comme criminel politique. Ses agents lui avaient fait un rapport correct sur l'épisode intervenu de l'autre côté du lac où la foule avait voulu proclamer Jésus roi, et sur la manière dont il avait rejeté la proposition.

Un membre de la famille d'Hérode, Chuza, dont la femme appartenait au groupe apostolique féminin, l'avait informée Jésus ne se proposait pas de se mêler des affaires de la souveraineté terrestre et, qu'il s'occupait uniquement d'établir la confraternité spirituelle de ses fidèles, confraternité qu'il appelait le royaume des cieux. Hérode avait confiance dans les rapports de Chuza, si bien qu'il refusa de s'immiscer dans les activités de Jésus. À cette époque, le comportement d'Hérode envers Jésus était également influencé par sa crainte superstitieuse de Jean le Baptiste. Hérode était l'un des Juifs apostats qui, tout en ne croyant à rien, craignaient tout. Il avait mauvaise conscience pour avoir exécuté Jean et ne voulait pas se laisser impliquer dans des intrigues contre Jésus. Il connaissait de nombreux cas de maladies apparemment guéries par Jésus, et il le considérait comme un prophète ou comme un fanatique religieux relativement inoffensif.

Quand les Juifs le menacèrent de rendre compte à César qu'il protégeait un sujet traître, Hérode les expulsa de la chambre du conseil. Les choses en restèrent là pendant une semaine, durant laquelle Jésus prépara ses disciples à la dispersion imminente.

1. -- UNE SEMAINE DE CONSEILS

Du 1ier au 7 mai, Jésus tint des conseils privés avec ses partisans dans la maison de Zébédée. Seuls les disciples éprouvés et dignes de confiance furent admis à ces conférences. À l'époque, il n'y avait qu'une centaine de disciples ayant le courage moral de braver l'opposition des pharisiens et de déclarer ouvertement leur fidélité à Jésus. Il eut des réunions avec eux le matin, l'après-midi, et le soir. De petits groupes d'investigateurs se rassemblaient tous les après-midi au bord du lac, où certains évangélistes ou apôtres les haranguaient. Ces groupes comptaient rarement plus de cinquante personnes.

Le vendredi de cette semaine, les dirigeants de la synagogue de Capharnaüm prirent la décision officielle de fermer la maison de Dieu à Jésus et à tous ses disciples. Cette décision fut prise à l'instigation des pharisiens de Jérusalem. Jaïre donna sa démission de chef et prit ouvertement parti pour Jésus.

La dernière réunion au bord du lac eut lieu l'après-midi du sabbat du 7 mai. Jésus s'adressa à cent cinquante personnes rassemblées à ce moment-là. La soirée de ce samedi marqua le point le plus bas de la grande vague de popularité pour Jésus et ses enseignements. Ensuite les sentiments favorables à son égard s'accrurent d'une manière lente et continue, mais plus saine et digne de confiance. Il se développa un nouveau parti mieux fonds sur la foi spirituelle et la véritable expérience religieuse. Le stade de transition, plus ou moins composite et basé sur des compromis, entre les concepts matérialistes du royaume entretenus par les disciples du Maître et les conceptions plus idéalistes et spirituelles qu'il enseignait avait définitivement pris fin. Désormais l'évangile du royaume fut proclamé plus ouvertement dans son aspect le plus large et avec ses vastes implications spirituelles.

2. -- UNE SEMAINE DE REPOS

À Jérusalem, le dimanche 8 mai de l'an 29, le sanhédrin adopta un décret fermant toutes les synagogues de Palestine à Jésus et à ses disciples. Ce fut une usurpation d'autorité nouvelle et sans précédent par le sanhédrin de Jérusalem. Jusque-là, chaque synagogue avait existé et fonctionné comme une congrégation d'adorateurs indépendante, et chacune était commandée et dirigée par son propre comité de gouverneurs. Seules les synagogues de Jérusalem étaient soumises à l'autorité du sanhédrin. Cinq membres du sanhédrin démissionnèrent a la suite de cette résolution. Cent messagers furent immédiatement envoyés pour transmettre et imposer le décret. En moins de quinze jours, toutes les synagogues de Palestine s'étaient inclinées devant cette proclamation, sauf celle d'Hébron. Les dirigeants de cette dernière refusèrent de reconnaître au sanhédrin le droit d'exercer cette juridiction sur leur assemblée. Ce refus d'accepter le décret de Jérusalem était basé sur l'affirmation de leur autonomie paroissiale plutôt que sur leur sympathie pour la cause de Jésus. Peu après, la synagogue d'Hébron fut détruite par un incendie.

Le même dimanche matin, Jésus décréta une semaine de vacances; il incita tous ses disciples à retourner chez eux ou chez leurs amis pour reposer leur âme troublée et adresser des paroles d'encouragement à leurs êtres chers. Il dit: « Allez chacun de votre côté vous distraire ou pêcher, tout en priant pour l'expansion du royaume ». Cette semaine de repos permit à Jésus de rendre visite à de nombreux groupes et familles aux environs des bords du lac. En plusieurs occasions, il alla également pêcher avec David Zébédée. Cependant il se promena seul la plupart du temps, mais deux ou trois des plus sûrs messagers de David avaient reçu des ordres précis pour veiller à sa sécurité et le suivaient toujours en se dissimulant. Il n'y eut aucune sorte d'enseignement public durant cette semaine de repos.

Au cours de la même semaine, Nathanael et Jacques Zébédée furent assez sérieusement malades. Durant trois jours et trois nuits ils souffrirent de troubles intestinaux graves et douloureux. La troisième nuit, Jésus envoya Salomé, mère de Jacques, se reposer pendant qu'il soignait ses apôtres souffrants. Bien entendu, Jésus aurait pu guérir instantanément les deux hommes mais ce n'est ni la méthode du Père ni celle du Fils pour traiter ces troubles et afflictions ordinaires des enfants des hommes sur les mondes évolutionnaires du temps et de l'espace. Pas une seule fois durant sa vie mouvementée en incarnation, Jésus n'appliqua de soins surnaturels quelconques à aucun membre de sa famille ni à aucun de ses disciples immédiats.

Il faut faire face aux difficultés de l'univers et aux obstacles rencontrés sur la planète, en les considérant comme une partie de l'éducation expérimentale fournie pour la croissance et le développement (la perfection progressive) des âmes évoluantes. La spiritualisation de l'âme humaine exige la solution éducative d'une vaste étendue de problèmes réellement universels. La nature animale et les formes inférieures de créatures volitives ne progressent pas bien dans une ambiance trop facile. Les situations problématiques, doublées de stimulants exigeant des efforts, font naître les activités mentales, psychiques, et spirituelles qui contribuent puissamment à faire atteindre les buts valables de la progression humaine et les niveaux supérieurs de la destinée spirituelle.

3. -- LA SECONDE CONFÉRENCE À TIBÉRIADE

La seconde conférence entre les autorités de Jérusalem et Hérode Antipas fut convoquée à Tibériade le 16 mai. Les chefs religieux et les chefs politiques de Jérusalem y étaient présents: Les dirigeants juifs purent rendre compte à Hérode que pratiquement toutes les synagogues de Galilée et de Judée étaient fermées aux enseignements de Jésus. Ils entreprirent un nouvel effort pour obtenir l'arrestation de Jésus, mais Hérode refusa d'accéder à leur demande. Toutefois, le 18 mai, Hérode accepta le plan consistant à permettre aux autorités du sanhédrin d'arrêter Jésus et de l'emmener à Jérusalem pour le faire juger sur   des inculpations religieuses, pourvu que le gouverneur romain de la Judée participe à cet arrangement. Entre-temps, les ennemis de Jésus répandaient activement dans toute la Galilée la rumeur qu'Hérode était devenu hostile à Jésus et avait l'intention d'exterminer tous ceux qui croyaient à ses enseignements.

Le samedi soir 21 mai parvint à Tibériade la nouvelle que les autorités civiles de Jérusalem n'avaient pas d'objections contre l'accord conclu entre Hérode et les pharisiens, accord stipulant que Jésus serait arrêté et emmené à Jérusalem pour être jugé devant le sanhédrin sous l'inculpation d'avoir nargué les lois sacrées de la nation juive. En conséquence, un peu avant minuit du même jour, Hérode signa le décret autorisant les officiers du sanhédrin à s'emparer de Jésus à l'intérieur du domaine de la juridiction d'Hérode, et à l'emmener de force à Jérusalem pour y être jugé. De fortes pressions de diverses sources furent exercées sur Hérode avant qu'il ne consentit à accorder cette permission; il savait bien que Jésus ne pouvait espérer que ses ennemis acharnés de Jérusalem le jugeraient équitablement.

4. -- LE SAMEDI SOIR À CAPHARNAÜM

Le même samedi soir, un groupe de cinquante citoyens de Capharnaüm se réunit a la synagogue pour examiner l'importante question: « Qu'allons-nous faire de Jésus? » Ils s'entretinrent et discutèrent jusqu'à minuit sans pouvoir trouver de terrain d'entente. À part quelques personnes ayant tendance à croire que Jésus pouvait être le Messie, ou au moins un saint homme, ou peut-être un prophète, l'assemblée était divisée en quatre groupes à peu près égaux, qui soutenaient respectivement les points de vue suivants:
1. Que Jésus était un fanatique religieux abusé et inoffensif.
2. Qu'il était un agitateur dangereux et un organisateur susceptible de soulever une rébellion.
3. Qu'il était allié aux démons, et qu'il pouvait même être un prince des démons.
4. Qu'il n'était pas dans son bon sens, qu'il était un fou, un déséquilibré mental.

Jésus prêchait-il des doctrines bouleversantes pour les gens du peuple? On en discuta beaucoup. Ses ennemis soutinrent que ses enseignements étaient impraticables, que tout irait à vau-l'eau si tout le monde faisait un effort honnête pour vivre conformément aux idées de Jésus. Bien des personnes des générations subséquentes où dit la même chose. Même à l'époque plus éclairée des présentes révélations, beaucoup d'hommes intelligents et bien intentionnés soutiennent que la civilisation moderne n'aurait pas pu être bâtie sur les enseignements de Jésus -- et ils ont partiellement raison. Mais en exprimant ces doutes, ils oublient que l'on aurait pu bâtir une civilisation bien meilleure sur ces mêmes enseignements, et qu'un jour elle sera bâtie. Ce monde n'a jamais essayé de mettre en pratique sur une grande échelle les leçons de Jésus, bien que des tentatives timides aient souvent été faites pour suivre les doctrines d'un *prétendu christianisme. (*"so-called" Christianity selon la version originale anglaise.  J'ai personnellement traduit cela comme suit : "pour suivre les doctrines de ce qui est appelé le christianisme." afin d'être plus fidèle à l'esprit du livre.       

5. -- LE DIMANCHE MATIN MOUVEMENTÉ

Le 22 mai fut un jour mouvementé dans la vie de Jésus. Ce dimanche matin avant le lever du jour, l'un des messagers de David arriva en grande hâte de Tibériade en apportant la nouvelle qu'Hérode avait autorisé, ou allait autoriser l'arrestation de Jésus par les officiers du sanhédrin.

Au reçu de cette nouvelle, David Zébédée réveilla ses messagers et les envoya à tous les groupes locaux de disciples pour les convoquer a une réunion d'urgence le même matin à sept heures. Lorsque la belle-soeur de Jude (frère de Jésus) entendit ce rapport alarmant, elle prévint en hâte toute la famille de Jésus, qui habitait dans le voisinage, en la priant de se réunir immédiatement chez Zébédée. Marie, Jacques, Joseph, Jude, et Ruth ne tardèrent pas à répondre à cet appel précipité.

À cette réunion fort matinale, Jésus donna d'ultimes instructions à ses disciples rassemblés; il leur fit momentanément ses adieux, sachant qu'ils seraient bientôt chassés de Capharnaüm. Il leur recommanda à tous de rechercher les directives de Dieu et de poursuivre l'oeuvre du royaume sans se soucier des conséquences. Les évangélistes devaient travailler de leur mieux jusqu'au moment où ils recevraient un appel. Il choisit douze évangélistes pour l'accompagner. Il ordonna aux douze apôtres de rester avec lui quoi qu'il arrive. Il donna pour instructions aux douze femmes de rester dans les maisons de Zébédée et de Pierre jusqu'à ce qu'il les envoie chercher.

Jésus consentit a ce que David Zébédée continuât son service de messagers dans tout le pays. David ne tarda pas à lui faire ses adieux en disant: « Poursuis ton oeuvre, Maître. Ne laisse pas les sectaires s'emparer de toi, et ne mets jamais en doute que mes messagers te suivront. Mes hommes ne perdront jamais le contact avec toi. Par eux tu auras des nouvelles du royaume dans les autres parties du pays, et par eux nous aurons tous de tes nouvelles. Rien de ce qui peut m'arriver n'interrompra ce service, car j'ai nommé un premier remplaçant, et un deuxième, et même un troisième. Je ne suis ni un instructeur ni un prédicateur, mais j'ai à coeur de faire cela, et rien ne m'arrêtera ».

À sept heures et demie, Jésus commença son allocution de départ à une centaine de croyants qui se pressaient à l'intérieur de la maison pour l'entendre. Ce fut un événement solennel pour tout l'auditoire, mais Jésus faisait montre d'une gaîté inhabituelle; il se trouvait à nouveau dans son état normal. Son air grave des semaines passées avait disparu, et ses paroles de foi, d'espérance, et de courage furent vivifiantes pour tout son auditoire.

6. -- LA FAMILLE DE JÉSUS ARRIVE

Il était à peu près huit heures du matin ce dimanche-là lorsque cinq membres de la famille terrestre de Jésus arrivèrent sur les lieux en réponse à la convocation urgente de la belle-soeur de Jude. Seule de sa famille terrestre, Ruth avait continuellement cru de tout coeur à la divinité de la mission de Jésus sur terre. Jude, Jacques, et même Joseph, conservaient en grande partie leur foi en Jésus, mais ils avaient laissé l'orgueil fausser leur jugement et leurs vraies tendances spirituelles. Marie également était déchirée entre l'amour et la crainte, entre l'amour maternel et l'orgueil familial. Bien quelle fit assaillie de doutes, elle ne put jamais oublier complètement la visite de Gabriel avant la naissance de Jésus. Les pharisiens s'étaient efforcés de persuader Marie que Jésus ne jouissait pas de son bon sens, qu'il était fou. Ils le pressaient d'aller auprès de lui avec ses fils pour chercher à le dissuader de poursuivre ses efforts d'enseignement public. Ils affirmaient à Marie que la santé de Jésus ne résisterait pas, et si on lui permettait de continuer, il n'en résulterait que déshonneur et opprobre pour toute a famille. Aussi, lorsque les cinq membres de la famille reçurent l'avertissement de la belle-soeur de Jude, ils partirent immédiatement pour la maison de Zébédée, car ils se trouvaient tous chez Marie où ils avaient reçu les pharisiens la veille au soir. Ils s'étaient entretenus jusqu'à une heure tardive de la nuit avec les dirigeants de Jérusalem, et ils étaient tous plus ou moins convaincus que Jésus agissait d'une manière étrange, qu'il se conduisait bizarrement depuis quelque temps. Ruth ne pouvait expliquer tous les motifs, de sa conduite, mais elle insista sur le fait que Jésus avait toujours équitablement traité sa famille, et elle refusa son adhésion au programme destiné à le dissuader de poursuivre son oeuvre.

Sur le chemin de la maison de Zébédée, ils reparlèrent encore de ces questions et se mirent tous d'accord pour essayer de faire revenir Jésus à leur foyer car, disait Marie, « je sais que je pourrais influencer mon fils si seulement il voulait venir à la maison et m'écouter ». Jacques et Jude avaient entendu des rumeurs au sujet des plans pour arrêter Jésus et l'emmener à Jérusalem pour être jugé. Ils craignaient aussi pour leur propre sécurité. Tant que Jésus avait été une figure populaire aux yeux du public, les membres de sa famille avaient laissé aller les choses, mais maintenant que la population de Capharnaüm et les chefs de Jérusalem s'étaient soudain retournés contre lui, ils commençaient à ressentir douloureusement la soi-disant disgrâce de leur situation embarrassante.

Ils comptaient voir Jésus, le prendre à part, et le presser de rentrer au foyer avec eux. Ils se proposaient  de l'assurer qu'ils oublieraient que Jésus les avait négligés -- qu'ils pardonneraient et oublieraient -- si seulement il voulait renoncer à la folie de prêcher une nouvelle religion ne pouvant aboutir qu'à le mettre en difficulté et à couvrir d'opprobre sa famille. Devant tous ces raisonnements, Ruth se bornait à dire: « Je dirai à mon frère que je crois qu'il est un homme de Dieu; j'espère qu'il aimerait mieux mourir que de laisser ces méchants pharisiens mettre fin à ses prédications ». Joseph promit de faire tenir Ruth tranquille pendant que les autres essayeraient de convaincre Jésus.

Quand les cinq arrivèrent à la maison de Zébédée, Jésus était en plein milieu de son allocution de départ aux disciples. Ils cherchèrent à entrer dans la maison, mais elle était bondée à déborder. Ils finirent par s'installer sous le porche de derrière et firent passer à Jésus de bouche en bouche la nouvelle de leur arrivée. Finalement, Simon Pierre l'annonça à voix basse à Jésus en interrompant le discours pour dire:      « Voici, ta mère et tes frères sont dehors et très désireux de te parler ». Or Marie ne se rendait pas compte de l'importance du message de séparation aux disciples; elle ne savait pas non plus que cette allocution avait des chances de prendre fin à tout moment par l'arrivée des hommes venant arrêter Jésus. Après une  si longue séparation apparente, et vu la grâce que sa mère et ses frères lui faisaient en venant jusqu'à lui, Marie croyait réellement que Jésus s'arrêterait de parler et viendrait les saluer dès qu'il serait averti de leur présence.

Or ce fut simplement un nouveau cas où sa famille terrestre ne pouvait comprendre que Jésus devait s'occuper des affaires de son Père. Sa mère et ses frères furent donc profondément froissés lorsqu'ils  virent que, malgré l'interruption de son discours pour recevoir le message, Jésus ne se précipitait pas à leur rencontre. Au lieu de cela, ils entendirent sa voix musicale élever le ton et dire: « Dites à ma mère et à    mes frères qu'ils ne craignent rien pour moi. Le Père qui m'a envoyé dans le monde ne m'abandonnera pas, et ma famille ne subira aucun dommage. Priez-la d'avoir bon courage et de se confier au Père du Royaume. Mais après tout, qui est ma mère et qui sont mes frères? » Puis il étendit les mains vers tous les disciples assemblés dans la salle et dit: « Je n'ai pas de mère, je n'ai pas de frères. Voilà ma mère et voila mes  frères! Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-la est ma mère, mon frère, et ma soeur » (1).

  (1) Cf. Matthieu XII-48 à 50 et Marc III-34 et 35.

Lorsque Marie entendit ces paroles, elle s'évanouit dans les bras de Jude. On la transporta dans le jardin pour la ranimer, tandis que Jésus achevait son message d'adieu. Il serait alors sorti pour conférer avec sa mère et ses frères, si un messager arrivant en hâte de Tibériade n'était venu annoncer que les officiers du sanhédrin étaient en route avec mandat d'arrêter Jésus et de l'emmener à Jérusalem. Le message fut reçu par André, qui interrompit Jésus pour le lui communiquer.

André ne se rappelait pas que David avait posté deux douzaines de sentinelles autour de la maison de Zébédée, de sorte que personne ne pouvait entrer par surprise. Il demanda donc à Jésus ce qu'il fallait faire. Le Maître se tenait là en silence pendant que, dans le jardin, sa mère se remettait du choc de l'avoir entendu dire: « Je n'ai pas de mère ». À ce moment précis une femme se leva dans la salle et s'écria: « Béni soit le ventre qui t'a porté et bénis soient les seins qui t'ont allaité ». Jésus se détourna un instant de sa conversation avec André pour répondre à cette femme: « Non, Béni soit plutôt celui qui entend la parole de Dieu et ose lui obéir ».

Marie et les frères de Jésus croyaient que Jésus ne les comprenait pas et qu'il s'était désintéressé d'eux; ils ne se rendaient pas compte que c'étaient eux qui ne réussissaient pas à le comprendre. Jésus comprenait parfaitement combien il est difficile aux hommes de rompre avec leur passé. Il savait que les êtres humains se laissent emporter par l'éloquence des prédicateurs et que leur conscience répond à l'appel émotif comme la pensée répond à la logique et à la raison, mais il savait aussi combien il est difficile de persuader les hommes de désavouer le passé.

Il est éternellement vrai que quiconque se croit incompris ou mal apprécié possède en Jésus un ami compatissant et un conseiller compréhensif. Il avait averti ses apôtres qu'un homme pouvait avoir pour ennemis les gens de sa propre maison, mais n'avait guère imaginé que cette prédiction s'appliquerait d'aussi près à sa propre expérience. Ce ne fut pas Jésus qui abandonna les membres de sa famille terrestre pour accomplir l'oeuvre de son Père -- ce furent eux qui l'abandonnèrent. Plus tard, après la mort et la résurrection du Maître, son frère Jacques s'attacha au mouvement chrétien primitif et souffrit immensément de n'avoir pas profité de son association initiale avec Jésus et ses disciples.

Au cours de ces événements, Jésus décida de se laisser guider par les connaissances limitées de sa pensée humaine. Il désirait subir l'expérience avec ses collaborateurs en tant que simple humain. Son idée humaine était de voir sa famille avant de partir. Il ne voulut pas s'arrêter au milieu son discours et transformer ainsi en affaire publique cette première réunion après une si longue séparation. Il avait eu l'intention de terminer son allocution, puis de rendre visite à sa famille avant son départ, mais ce plan fut contrecarré par le concours de circonstances qui suivit immédiatement.

La hâte de leur fuite fut accrue par l'arrivée d'un groupe de messagers de David à la porte de derrière de la maison de Zébédée. L'agitation produite par leur apparition fit craindre aux apôtres que ces nouveaux arrivants ne soient venus les appréhender. De peur d'être immédiatement arrêtés, ils se précipitèrent par la porte de devant dans le bateau qui les attendait. Cela explique pourquoi Jésus ne vit pas sa famille qui attendait sous le porche de derrière.

Toutefois, en montant dans le bateau au cours de cette fuite précipitée, il dit à David Zébédée: « Dis à ma mère et à mes frères que j'apprécie leur venue et que j'avais l'intention de les voir. Recommande-leur de ne pas se froisser de ma conduite, mais plutôt de chercher à connaître la volonté de Dieu et d'avoir la grâce et le courage de faire cette volonté ».

7. -- LA FUITE PRÉCIPITÉE

Ce dimanche matin 22 mai de l'an 29, le Maître, avec ses douze apôtres et les douze évangélistes, s'enfuit donc précipitamment devant les officiers du sanhédrin qui étaient en route pour Bethsaïde avec mandat d'Hérode Antipas d'arrêter Jésus et de l'emmener à Jérusalem pour y être jugé sous l'inculpation de blasphème et autres violations de la loi sacrée des Juifs. La matinée était magnifique, et il était presque huit heures et demie lorsque ce groupe de vingt-cinq personnes se mit à ramer vers la rive orientale de la Mer de Galilée.

Un bateau plus petit suivait celui du Maître. Il transportait six messagers de David qui avaient des ordres pour garder le contact avec Jésus et ses compagnons, et veiller à ce que des renseignements sur leurs déplacements fussent régulièrement transmis à Bethsaïde, à la maison de Zébédée, qui avait servi depuis quelque temps de quartier général pour l'oeuvre du royaume. Mais Jésus ne devait plus jamais faire son foyer de la maison de Zébédée. Désormais, et durant tout le reste de sa vie sur terre, le Fils de l'Homme n'eut vraiment « nulle part où reposer sa tête » (1). Jamais plus il n'eut même un semblant de domicile fixe.

  (1) Matthieu VIII-20.

Les rameurs accostèrent près du village de Gérasa, confièrent leur bateau à des amis, et commencèrent les pérégrinations de cette ultime année de la vie du Maître sur terre. Ils restèrent quelque temps dans les domaines de Philippe, allant de Gérasa à Césarée-Philippe, puis ils traversèrent le pays jusqu'à la côte de Phénicie.

La foule s'attarda autour de la maison de Zébédée, regardant les deux bateaux qui faisaient route vers la rive orientale du lac. Ils étaient déjà loin lorsque les officiers de Jérusalem arrivèrent en hâte et commencèrent à rechercher Jésus. Ils refusèrent de croire que Jésus leur avait échappé. Pendant que Jésus et son groupe se dirigeaient vers le nord par Batanée, les pharisiens et leurs auxiliaires passèrent presque une semaine entière a le rechercher en vain aux environs de Capharnaüm.

Les membres de la famille de Jésus retournèrent chez eux à Capharnaüm et passèrent également presque une semaine à s'entretenir, discuter, et prier. Ils étaient pleins de confusion et consternés. Ils ne furent rassurés que le jeudi après-midi, lorsque Ruth revint d'une visite a la maison de Zébédée, ou David lui avait appris que Jésus était sain et sauf et se dirigeait vers la côte de Phénicie.

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