La cosmogonie d'Urantia

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160. Rodan d'Alexandrie

LA COSMOGONIE D'URANTIA - FASCICULE 160. RODAN D'ALEXANDRIE

LE dimanche matin 18 septembre de l'an 29, André annonça qu'aucun travail ne serait prévu pour la semaine suivante. Tous les apôtres, sauf Nathanael et Thomas, se rendirent dans leur famille ou séjournèrent chez des amis. Jésus bénéficia cette semaine-là d'une période de repos à peu près complet, mais Nathanael et Thomas furent très occupés par leurs discussions avec un philosophe d'Alexandrie nommé Rodan. Ce Grec était récemment devenu disciple de Jésus grâce à l'enseignement d'un collaborateur d'Abner, qui avait dirigé une mission à Alexandrie. Rodan s'efforçait maintenant de bien harmoniser sa vie avec les nouveaux enseignements religieux de Jésus, et il était venu à Magadan dans l'espoir que le Maître accepterait d'examiner ces problèmes avec lui. Il désirait aussi obtenir de première main une version authentique de l'évangile, donnée soit par Jésus soit par l'un de ses apôtres. Le Maître refusa d'entamer une pareille discussion avec Rodan, mais il le reçut très aimablement; il ordonna immédiatement à Thomas et à Nathanael d'écouter tout ce que Rodan avait à dire et, en contrepartie, de lui parler de l'évangile.

1. -- LA PHILOSOPHIE GRECQUE DE RODAN

Le lundi matin de bonne heure, Rodan commença une série de dix conférences où Nathanael, Thomas, et deux douzaines de croyants qui se trouvaient à Magadan. Condensées, conjuguées, et retranscrites en langage moderne, ces causeries offrent à la pensée les considérations suivantes:

La vie humaine consiste en trois grandes impulsions: les besoins, les désirs, et les attirances. Pour acquérir un caractère fort et devenir une personnalité éminente, il faut convertir la poussée naturelle de la vie en l'art de vivre en société, et transformer les désirs immédiats en aspirations supérieures donnant lieu à des réalisations durables; en même temps, l'attraction de l'existence ordinaire modelée sur les idées conventionnelles et établies doit être transférée dans les royaumes supérieurs d'idées inexplorées et d'idéaux non encore découverts.

Plus la civilisation devient complexe, plus l'art de vivre est difficile. Plus les moeurs changent rapidement, et plus la tâche de développer le caractère devient compliquée. Pour que le progrès se poursuive, il faut que l'humanité réapprenne, toutes les dix générations, l'art de vivre. Et si, par leur ingéniosité, les hommes compliquent encore plus rapidement la vie sociale, il faudra réapprendre l'art de vivre à des intervalles plus rapprochés, peut-être à chaque génération. Si l'évolution de l'art de vivre ne progresse pas parallèlement à la technique de l'existence, l'humanité en reviendra rapidement au simple instinct de conservation -- à la satisfaction des désirs immédiats. Alors elle restera dans l'enfance, et la société ne réussira pas à atteindre sa pleine maturité.

La maturité sociale s'évalue par la mesure dans laquelle les hommes acceptent de renoncer à satisfaire leurs désirs simplement transitoires et momentanés, pour entretenir les aspirations supérieures dont la réalisation procure les satisfactions plus abondantes d'avancement progressif vers des buts permanents. Mais le signe certain de maturité sociale d'un peuple est le fait qu'il accepte de renoncer au droit de vivre en se contentant paisiblement des croyances établies et des idées conventionnelles. Il abandonne ces critères de facilité en faveur de l'attrait des possibilités inexplorées permettant d'atteindre des buts non découverts de réalités spirituelles idéalistes; il poursuit cet effort aventureux qui exige de l'énergie.

Les animaux réagissent noblement aux impulsions de la vie, mais l'homme est seul à pouvoir atteindre l'art de vivre, bien que la majeure partie de l'humanité n'éprouve que le besoin animal de vivre. Les animaux connaissent ce besoin aveugle et instinctif, mais l'homme est capable de transcender l'impulsion des fonctions naturelles. L'homme peut décider de vivre sur le plan élevé de l'art intelligent, et même sur celui de la vie céleste et de l'extase spirituelle. Les animaux ne s'informent jamais des buts de la vie; c'est pourquoi ils n'ont jamais de soucis et ne se suicident pas. Chez les hommes, le suicide témoigne qu'ils ont émergé du stade d'existence purement animal, et en outre qu'ils n'ont pas réussi à atteindre les niveaux où l'expérience humaine devient un art. Les animaux ne connaissent pas la signification de la vie. Non seulement l'homme possède la faculté de reconnaître les valeurs et de comprendre les significations, mais aussi il a conscience de la signification des significations -- il est conscient de sa propre perspicacité.

Quand on ose abandonner une vie de désirs naturels pour un art de vivre aventureux où la logique est incertaine, il faut rendre les risques correspondants d'accidents émotionnels -- conflits, chagrins, et incertitudes -- au moins jusqu'à ce que l'on atteigne un certain degré de maturité intellectuelle et psychique. Le découragement, les soucis, et l'indolence sont des preuves positives d'absence de maturité morale. La société humaine est confrontée par deux problèmes: amener à maturité d'une part les hommes et d'autre part la race. Un être humain mûr, ou moralement adulte, ne tarde pas à regarder tous les autres mortels avec des sentiments de tendresse et de tolérance. Les hommes mûrs traitent ceux qui ne le sont pas avec l'amour et la considération que des parents témoignent à leurs enfants.

La réussite dans la vie n'est rien de plus et rien de moins que l'art d'apprendre des techniques sûres pour résoudre des problèmes ordinaires. Le premier pas dans la solution d'une question quelconque consiste à situer la difficulté, à isoler le problème, et à reconnaître franchement sa nature et sa gravité. La grande erreur consiste à refuser de reconnaître les problèmes de la vie quand ils nous effrayent. De même, quand la récognition de nos difficultés implique une atteinte à notre vanité longtemps chérie, ou l'aveu que l'on est envieux, ou l'abandon de préjugés profondément enracinés, la moyenne des gens préfère s'attacher aux vieilles illusions de salut et aux sentiments de fausse sécurité longtemps cultivés. Seuls les courageux acceptent honnêtement d'admettre ce que découvre un penseur sincère et logique, et d'y faire face avec intrépidité.

La solution sage et efficace d'un problème quelconque implique une mentalité libre de préventions, de passions, et de tous autres préjugés personnels susceptibles de vicier l'analyse impartiale des facteurs du problème à résoudre. La solution des problèmes de la vie exige du courage et de la sincérité. Seuls les honnêtes et les braves sont capables de franchir courageusement le dédale confus et déroutant dans lequel une pensée intrépide peut les engager. Et jamais l'âme et la pensée ne peuvent s'émanciper ainsi sans la puissante impulsion d'un enthousiasme intelligent frisant le zèle religieux. Il faut l'attirance d'un grand idéal où inciter les hommes à poursuivre un but hérissé de problèmes matériels délicats et d'obstacles intellectuels multiples.

Même si l'on est bien armé pour affronter les situations difficiles de la vie, on ne peut guère espérer le succès si l'on n'est pas doté de la sagesse de pensée et du charme de personnalité qui vous permettent d'obtenir la coopération et le soutien cordiaux de votre entourage. Ni dans l'oeuvre religieuse ni dans le travail laïque, vous ne pouvez espérer un franc succès à moins d'avoir appris à persuader vos compagnons, à moins d'avoir autorité sur les hommes. Il est indispensable d'avoir du tact et de la tolérance.

C'est de Jésus, votre Maître, que j'ai appris la méthode majeure pour résoudre les problèmes. Je fais allusion à la méditation adoratrice solitaire qu'il pratique avec tant de persévérance et qu'il vous a si fidèlement enseignée. Jésus s'en va fréquemment seul pour communier avec le Père céleste. Dans cette habitude réside la technique non seulement pour prendre des forces et acquérir de la sagesse en vue des conflits ordinaires de la vie, mais aussi pour s'approprier l'énergie nécessaire en vue de résoudre les problèmes supérieurs de nature morale et spirituelle. Toutefois, même les méthodes correctes pour résoudre les problèmes ne compensent pas les défauts Inhérents à la personnalité et ne rachètent pas l'absence de faim et de soif pour la vraie droiture.

Je suis profondément impressionné par l'habitude qu'a Jésus de s'en aller à l'écart pour une période d'examen solitaire des problèmes de la vie; il y recherche de nouvelles réserves de sagesse et d'énergie pour faire face aux multiples exigences du service social; il vivifie et approfondit le but suprême de la vie en soumettant réellement sa personnalité totale à la conscience du contact avec la divinité; il saisit des méthodes nouvelles et meilleures pour s'adapter aux situations toujours changeantes de l'existence vécue; il effectue les reconstructions vitales et les réadaptations personnelles qui sont si essentielles pour apercevoir avec une perspicacité accrue les réalités majeures; et il fait tout cela en concentrant son regard sur la gloire de Dieu -- il émet avec sincérité sa prière favorite: « Que ta volonté soit faite, et non la mienne ».

Cette pratique d'adoration de votre Maître apporte la détente qui renouvelle la pensée, l'illumination qui inspire l'âme, le courage qui permet de faire bravement face aux problèmes, la compréhension de soi qui supprime la peur débilitante, et la conscience de l'union avec la divinité, qui procure à l'homme l'assurance lui permettant d'oser ressembler à Dieu. La détente due à l'adoration, la communion spirituelle telle que la pratique le Maître, soulage les tensions, élimine les conflits, et accroît puissamment la somme des ressources de la personnalité. Toute cette philosophie, ajoutée à l'évangile du royaume, constitue la nouvelle religion telle que je le comprends.

Les préjugés aveuglent l'âme et l'empêchent de reconnaître la vérité. Seule peut les écarter une dévotion sincère de l'âme à l'adoration d'une cause embrassant tout et incluant tous les membres de l'humanité. Les préjugés sont inséparablement liés à l'égoïsme. On ne peut les éliminer qu'en abandonnant l'égocentrisme et en y substituant l'effort de servir avec satisfaction une cause non seulement plus grande que soi, mais plus vaste que toute l'humanité -- la recherche de Dieu, l'aboutissement à la divinité. La preuve de la maturité d'une personne réside dans la transformation de ses désirs humains en une recherche constante de la conception des valeurs les plus élevées et les plus divinement réelles.

Dans un monde en changement continuel, au milieu d'un ordre social évoluant, il est impossible de maintenir des buts de destinée fixés une fois pour toutes. Seuls peuvent acquérir une personnalité stable ceux qui ont découvert le Dieu vivant et l'ont pour but d'accomplissement infini. Pour transférer ainsi son but temporel dans l'éternité, de la terre au Paradis, de l'humain au divin, il faut que l'homme soit régénéré, converti, né de nouveau, qu'il devienne l'enfant re-créé de l'esprit divin, qu'il gagne son entrée dans la confraternité du royaume des cieux. Toutes les philosophies et religions ayant des idéaux inférieurs à ceux-là sont enfantines. La philosophie que j'enseigne, liée à l'évangile que vous prêchez, représente la nouvelle religion des adultes, l'idéal de toutes les générations futures. Et ceci est vrai parce que notre idéal est définitif, infaillible, éternel, universel, absolu, et infini.

Ma philosophie m'a poussé à rechercher les réalités de l'accomplissement véritable, le but de la maturité. Mais mon désir était impuissant, ma recherche manquait de force motrice, mon enquête souffrait par défaut de certitude quant à son orientation. Ces imperfections ont été abondamment compensées par le nouvel évangile de Jésus, avec son rehaussement de clairvoyance, l'élévation de ses idéaux, et la fixité de ses buts. Sans plus de doute ni d'hésitation, je peux maintenant m'engager dans l'aventure éternelle.

2. -- L'ART DE VIVRE

Les hommes n'ont que deux manières de vivre en société: la manière animale et la manière spirituelle ou humaine. Par l'emploi de signaux et de sons, les animaux peuvent communiquer entre eux dans une mesure limitée, mais ces formes de communication ne transmettent ni les significations, ni les valeurs, ni les idées. L'homme se différencie de l'animal parce qu'il peut communiquer avec ses compagnons au moyen de symboles qui désignent et identifient avec certitude les significations, les valeurs, et les idées, ou même les idéaux.

Faute de pouvoir se communiquer des idées, les animaux ne peuvent manifester une personnalité. L'homme développe sa personnalité parce qu'il peut communiquer avec ses semblables au sujet de ses idées et de ses idéaux. C'est cette aptitude à transmettre et à partager des significations qui constitue la culture humaine et permet aux hommes, grâce à des associations sociales, de bâtir des civilisations. La connaissance et la sagesse deviennent cumulatives à cause de l'aptitude des hommes à communiquer leurs acquêts aux générations suivantes, et cela fait naître les activités culturelles de la race: arts, sciences, religions, et philosophies.

Les communications par symboles entre les êtres humains provoquent l'apparition de groupes sociaux. Le groupe social le plus efficace de tous est la famille, et plus particulièrement les deux parents. L'affection personnelle est le lien spirituel qui cimente ces associations matérielles. Des relations socialement utiles peuvent également exister entre personnes du même sexe, comme on en a vu tant d'exemples entre amis véritablement dévoués.

Les associations basées sur l'amitié et l'affection mutuelle sont socialisantes et ennoblissantes, parce qu'elles encouragent et facilitent les facteurs suivants qui sont essentiels aux niveaux supérieurs de l'art de vivre:

   1. S'exprimer et se comprendre mutuellement. Beaucoup de nobles impulsions humaines meurent parce qu'il n'y a personne pour assister à leur expression. En vérité, il n'est pas bon que l'homme soit seul. Pour que son caractère se développe, il est essentiel que l'homme soit quelque peu reconnu et apprécié. Sans l'amour sincère d'un foyer, nul enfant ne peut atteindre le plein développement d'un caractère normal. Le caractère est quelque chose de plus que la pensée et la morale seules. De toutes les relations sociales instaurées pour développer le caractère, la plus efficace et la plus idéale est l'amitié affectueuse et compréhensive d'un homme et d'une femme réunis par un lien conjugal intelligent. Le mariage, avec ses multiples relations, est le mieux désigné pour faire naître les précieuses impulsions et les motifs supérieurs indispensables au développement d'un caractère fort. Je n'hésite pas a glorifier la vie de famille, car votre Maître a sagement choisi la relation de père à enfant comme pierre angulaire du nouvel évangile du royaume. Cette communauté incomparable de relations entre un homme et une femme, dans l'embrassement affectueux des idéaux supérieurs du temps, est une expérience si précieuse et satisfaisante qu'elle vaut n'importe quel prix, n'importe quel sacrifice exigé pour sa possession.

   2. L'union des âmes. La mobilisation de la sagesse. Tout être humain acquiert tôt ou tard une certaine conception de ce monde et une certaine vision du suivant. Or il est possible, par une association de personnalités, d'unir ces points de vue sur l'existence temporelle et ces perspectives éternelles. Alors la pensée de l'un accroît ses valeurs spirituelles en assimilant une grande partie des aperçus de l'autre. De cette manière, les hommes enrichissent l'âme en mettant en commun leurs possessions spirituelles respectives. De cette manière également, l'homme peut éviter la tendance permanente à être victime de son imagination déformante, de ses points de vue préjudiciels, et de son étroitesse de jugement. On ne peut écarter la peur, l'envie, et la vanité que par contact intime avec d'autres penseurs. J'attire votre attention sur le fait que le Maître ne vous envoie jamais seuls pour travailler à l'expansion du royaume; il vous envoie toujours deux par deux. Puisque la sagesse est une super-connaissance, il s'ensuit qu'en unissant leur sagesse les membres d'un groupe social, petit ou grand, partagent mutuellement toutes leurs connaissances.

   3. La vie enthousiaste. L'isolement tend à épuiser la charge d'énergie de l'âme. L'association avec des compagnons est essentielle pour renouveler l'entrain de la vie, et indispensable pour conserver le courage de mener les batailles qui suivent l'ascension à des niveaux supérieurs de vie humaine. L'amitié rehausse les joies et glorifie les triomphes de la vie. Les associations humaines amicales et intimes réduisent beaucoup la tristesse des souffrances et l'amertume des épreuves. La présence d'un ami rehausse toute beauté et exalte toute bonté. Par des symboles intelligents, l'homme peut vivifier et élargir la capacité d'appréciation de ses amis. Ce pouvoir et cette possibilité d'une stimulation mutuelle de l'imagination est une des gloires suprêmes de l'amitié humaine. Un grand pouvoir spirituel est inhérent à la conscience d'être consacré de tout coeur à une cause commune, d'être mutuellement fidèle à une Déité cosmique.

   4. La défense accrue contre tout mal. Les associations de personnalités et l'affection mutuelle sont une assurance efficace contre le mal. Les difficultés, les tristesses, les déceptions, et les défaites sont plus douloureuses et décourageantes quand il faut les supporter seul. L'association ne transforme pas le mal en droiture, mais elle aide considérablement à diminuer les tourments du mal. Votre Maître a dit: « Heureux les endeuillés » -- si un ami est là pour les consoler. Il y a une force positive dans la connaissance que vous vivez pour le bonheur d'autrui, et que les autres vivent de même pour votre bonheur et votre évolution. L'homme languit dans l'isolement. Les êtres humains se découragent infailliblement si leur point de vue se limite aux accomplissements fugitifs du temps. Quand le présent est séparé du passé et de l'avenir il devient d'une banalité exaspérante. Un simple aperçu du cercle de l'éternité peut donner a l'homme l'inspiration de faire de son mieux et de lancer à ce qu'il y a de mieux en lui le défi de faire l'impossible. Quand l'homme est ainsi en pleine forme, il vit généreusement pour le bien de ses semblables séjournant avec lui dans le temps et dans l'éternité.

Je répète que cette association vivifiante et ennoblissante trouve ses possibilités idéales dans les relations du mariage humain. Il est vrai que beaucoup de résultats sont obtenus hors du mariage, et qu'un grand, un très grand nombre de mariages ne réussissent aucunement à produire ces fruits moraux et spirituels. On voit trop souvent se marier des couples qui recherchent des valeurs inférieures à ces corollaires sublimes de la maturité humaine. Le mariage idéal doit être fondé sur quelque chose de plus stable que les fluctuations du sentiment et l'inconstance de la simple attraction sexuelle; il doit être basé sur un dévouement personnel sincère et mutuel. Alors, si l'on peut bâtir ces petites unités fidèles et efficaces d'associations humaines, le monde verra une grande structure sociale glorifiée, la civilisation de la maturité terrestre. La race correspondante commencera à réaliser quelque peu l'idéal mentionné par votre Maître: « Paix sur terre et bonne volonté parmi les hommes ». Une telle société ne sera ni parfaite ni entièrement dégagée du mal, mais au moins elle s'approchera d'une maturité stable.

3. -- LES ATTRAITS DE LA MATURITÉ

L'effort pour atteindre la maturité nécessite du travail, et le travail exige de l'énergie. D'où vient le pouvoir permettant d'accomplir tout ceci? On peut considérer les facteurs physiques comme acquis, mais le Maître a bien dit que « l'homme ne peut vivre uniquement de pain ». Quand on possède un corps normal et une santé raisonnablement bonne, il faut rechercher ensuite les attraits qui agiront comme stimulants pour faire surgir les forces spirituelles en sommeil chez les hommes. Jésus nous a enseigné que Dieu vit dans l'homme; alors, comment pouvons-nous amener les hommes à libérer les pouvoirs divins et infinis enchaînés dans leur âme? Comment pouvons-nous inciter les hommes à donner le champ libre à Dieu pour qu'il jaillisse de nous en rafraîchissant notre âme au passage, et contribue ensuite à éclairer, élever, et bénir d'innombrables autres âmes? Quelle est la meilleure manière pour moi d'éveiller les pouvoirs bénéfiques latents qui dorment dans votre âme? Il y a une chose dont je suis certain, c'est que l'excitation émotive n'est pas le stimulant spirituel idéal; elle n'accroît pas l'énergie; elle épuise plutôt les forces de la pensée et du corps. D'où vient alors l'énergie permettant d'accomplir de grandes choses? Observez votre Maître. A l'heure actuelle, il est parti dans la montagne pour récupérer de la puissance pendant qu'ici nous dépensons de l'énergie. Le secret de tout ce problème gît dans la communion spirituelle, dans l'adoration. Du point de vue humain, il s'agit de conjuguer la méditation et la détente. La méditation établit le contact de la pensée avec l'esprit; la détente détermine l'aptitude à la réceptivité spirituelle. L'adoration substitue la force à la faiblesse, le courage à la peur, la volonté de Dieu à l'égocentrisme. Du moins, telle est la façon dont le philosophe la considère.

Quand ces expériences sont fréquemment répétées, elles se cristallisent en habitudes d'adoration qui donnent de la force; ces habitudes se traduisent par la formation d'un caractère spirituel, et finalement ce caractère est reconnu par vos semblables comme une personnalité mûre. Au début, ces pratiques sont difficiles et prennent beaucoup de temps, mais quand elles sont devenues des habitudes, elles procurent immédiatement du repos et une économie de temps. Plus la société devient complexe et plus les attraits de la civilisation se multiplient, plus la nécessité devient urgente pour les personnes connaissant Dieu de contracter ces habitudes protectrices destinées à conserver et à accroître leur énergie spirituelle.

Un autre facteur nécessaire pour atteindre la maturité est l'adaptation coopérative des groupes sociaux à un entourage toujours changeant. Les individus dépourvus de maturité excitent l'antagonisme de leurs compagnons; l'homme mûr gagne la coopération cordiale de ses associés, ce qui multiplie considérablement les fruits des efforts de sa vie.

Ma philosophie me dit qu'il y a des moments où je dois combattre, s'il en est besoin, pour défendre ma conception de la droiture; mais je suis certain que le Maître, avec sa personnalité plus mûr, gagnerait facilement et élégamment une victoire équivalente par sa technique supérieure de tact et de tolérance. Bien trop souvent, quand nous luttons pour la bonne cause, cela se termine par une défaite à la fois pour le vainqueur et pour le vaincu. Hier encore, j'ai entendu le Maître dire que « si un sage désire entrer par une porte verrouillée, il ne la fracture pas, mais cherche plutôt la clef pour la déverrouiller ». Nous engageons trop souvent une bataille simplement pour nous convaincre que nous n'avons pas peur.

Le nouvel évangile du royaume rend un grand service à l'art de vivre, en ce sens qu'il fournit des mobiles nouveaux et plus riches pour une vie supérieure. Il présente un but de destinée nouveau et élevé, un dessein suprême pour la vie. Et ces nouvelles conceptions du but éternel et divin de l'existence sont en elles-mêmes des stimulants transcendants, suscitant la réaction de ce qu'il y a de meilleur dans la nature supérieur de l'homme. Sur tout sommet de l'intelligence, on trouve une détente pour la pensée, de la force pour l'âme, et une communion pour l'esprit. Arrivé à ce niveau de la vie supérieure, l'homme peut transcender les irritations matérielles des niveaux mentaux inférieurs -- soucis, jalousie, envie, désir de revanche, et l'orgueil d'une personnalité primaire. Les âmes qui gravissent ces hauteurs se délivrent d'une multitude de conflits enchevêtrés concernant les vétilles de l'existence, et deviennent ainsi libres de prendre conscience des courants supérieurs de conceptions spirituelles et de communications célestes. Mais le but de la vie doit être jalousement préservé de la tentation d'y parvenir par des réalisations factices et transitoires, il faut également lui donner les soins qui l'immuniseront contre les désastreuses menaces du fanatisme.

4. -- L'ÉQUILIBRE DE LA MATURITÉ

Tout en ayant pour but unique d'atteindre les réalités éternelles, il faut aussi pourvoir aux nécessités de la vie temporelle. Bien que l'esprit soit notre but, la chair est un fait. Il arrive que les ressources nécessaires à la vie nous échoient par accident, mais en général il faut travailler intelligemment pour se les procurer. Les deux problèmes majeurs de la vie sont les suivants: gagner sa vie matérielle et obtenir la survie éternelle. Même celui de gagner sa vie requiert la religion pour être résolu idéalement. Les deux problèmes sont hautement personnels. En fait, la vraie religion n'opère pas en dehors des individus.

Voici les facteurs essentiels de la vie temporelle, tels que je les vois:
      1. Une bonne santé physique.
      2. Une pensée claire et pure.
      3. Des capacités et de l'habileté.
      4. De la richesse -- les biens de la vie.
      5. L'aptitude à résister aux défaites.
      6. De la culture -- instruction et sagesse.

Même quand il s'agit de problèmes concernant la santé et l'efficacité physiques, la meilleure façon de les résoudre consiste à les aborder sous l'angle religieux de l'enseignement de notre Maître, en sachant que le corps et la pensée de l'homme sont la demeure du mondes Dieux, l'esprit de Dieu devenant l'esprit de l'homme. La pensée humaine devient alors le médiateur entre le monde physique et les réalités spirituelles.

Il faut de l'intelligence pour s'assurer sa part des choses désirables de la vie. Il est entièrement erroné de supposer que la loyauté dans le travail quotidien assurera la fortune comme récompense. A part les acquisitions occasionnelles et accidentelles de richesses, on constate que les récompenses matérielles de la vie temporelle coulent dans certains chenaux bien organisés; seuls ceux qui ont accès à ces chenaux peuvent s'attendre à être bien rémunérés pour leurs efforts temporels. La pauvreté sera toujours le lot de ceux qui recherchent la richesse dans des chenaux individuels isolés. La prospérité du monde dépend donc essentiellement d'une sage organisation. Le succès exige non seulement que vous soyez dévoués à votre travail, mais aussi, que vous opériez comme un rouage de l'un des chenaux de la richesse matérielle. Si vous êtes malavisés, vous pouvez consacrer votre vie à votre génération sans en recevoir de récompense matérielle. Par contre, si c'est grâce au hasard que vous bénéficiez du flot des richesses, vous pouvez vivre dans le luxe sans avoir rien fait d'utile pour vos contemporains.

Les aptitudes héritent, mais l'habileté s'acquiert. La vie est irréelle pour qui ne sait rien faire expertement. L'habileté est l'une des réelles sources de satisfaction dans la vie. Les aptitudes impliquent le don de perspicacité, de prévoyance à longue échéance. Ne vous laissez pas tromper par les bénéfices tentants des actes malhonnêtes; acceptez de travailler pour les revenus ultérieurs inhérents à un effort honnête. Le sage sait distinguer entre les moyens et les fins; faute de cela, un excès de plans d'avenir peut parfois contrecarrer des desseins élevés. Quant aux plaisirs, vous devriez toujours chercher à en produire autant qu'à en consommer.

Exercez votre mémoire à garder comme un dépôt sacré les épisodes de votre vie qui en valent la peine et donnent de la vigueur, afin de vous en souvenir à volonté pour votre plaisir et votre édification. Construisez ainsi pour vous-même et en vous-même des musées de beauté, de bonté, et de grandeur artistique. Les souvenirs les plus nobles sont les rappels chéris des grands moments d'une belle amitié. Tous ces trésors de la mémoire irradient leur influence la plus précieuse et exaltante au contact libérateur de l'adoration spirituelle.

Mais la vie devient un fardeau si l'on n'apprend pas à échouer élégamment. Il y a dans la défaite un art que les âmes nobles acquièrent toujours; il faut savoir perdre gaîment et ne pas craindre les déceptions. N'hésitez jamais à admettre un échec. Ne cherchez pas à le cacher sous des sourires trompeurs et un optimisme radieux. Il est de bon ton de toujours prétendre avoir réussi, mais cela se termine par des résultats déplorables. Cette technique aboutit directement à la création d'un monde irréel et à un effondrement inévitable dans une ultime désillusion.

Le succès peut engendrer le courage et promouvoir la confiance, mais la sagesse ne provient que des expériences par lesquelles un homme s'adapte aux résultat de ses échecs. Les hommes qui préfèrent les illusions optimistes à la réalité ne peuvent jamais devenir sages. Seuls ceux qui affrontent les faits et s'adaptent aux idéaux peuvent aboutir à la sagesse. La sagesse englobe les faits et les idéaux, et c'est pourquoi elle sauve ses adeptes des deux extrêmes stériles de la philosophie -- l'homme dont l'idéalisme exclut les faits, et le matérialiste dépourvu de vision spirituelle. Les âmes timides qui ne peuvent soutenir la lutte de la vie qu'avec l'aide continue de fausses illusions de succès sont condamnées à subir des échecs et des défaites quand elles se réveilleront finalement du monde des rêves de leur propre imagination.

C'est dans les circonstances où il faut faire face à un échec et s'adapter à la défaite que la vision de grande envergure de la religion exerce son influence suprême. L'échec est simplement un épisode éducatif -- une expérience culturelle pour acquérir de la sagesse -- dans la vie d'un homme à la recherche de Dieu, qui s'est lancé dans l'aventure éternelle d'explorer un univers. Pour cet homme, la défaite n'est qu'un nouvel instrument pour atteindre des niveaux supérieurs de réalité universelle.

La carrière d'un homme recherchant Dieu peut se révéler comme une grande réussite à la lumière de l'éternité, même si tout le cours de sa vie temporelle apparaît comme un échec retentissant, pourvu que chaque insuccès ait incité l'homme à cultiver la sagesse et les accomplissements spirituels. Ne commettez pas l'erreur de confondre la connaissance, la culture, et la sagesse. Elles sont liées dans la vie, mais représentent des valeurs spirituelles extrêmement différentes. La sagesse domine toujours la connaissance et glorifie toujours la culture.

5. -- LA RELIGION DE L'IDÉAL

Vous m'avez dit que, d'après votre Maître, la religion humaine authentique est l'expérience individuelle des réalités spirituelles. J'estime que la religion est l'expérience de l'homme réagissant à un facteur qu'il considère comme digne de l'hommage et de la dévotion de toute l'humanité. Dans ce sens, la religion est notre dévouement suprême à ce qui représente notre conception la plus élevée de nos idéaux et la limite supérieure de notre intelligence recherchant les possibilités éternelles de notre épanouissement spirituel.

Quand les hommes réagissent à la religion dans un sens tribal, national, ou racial, c'est qu'ils considèrent les étrangers à leur groupe comme n'étant pas vraiment humains. Nous considérons toujours l'objet de notre loyalisme religieux comme digne du respect de tous les hommes. Jamais la religion ne peut être une simple affaire de croyance intellectuelle ou de raisonnement philosophique. La religion est toujours et perpétuellement un mode de réaction envers les situations de la vie; elle est une manière de se comporter. La religion implique des pensées, des sentiments, et des actes respectueux envers une réalité que nous estimons digne de l'adoration universelle.

Si quelque chose est devenu une religion dans votre expérience, il est évident que vous êtes déjà un évangéliste actif de cette religion, puisque vous estimez sa conception suprême comme digne du culte de toute l'humanité, de toutes les intelligences de l'univers. Si vous n'êtes pas un évangéliste positif et missionnaire de votre religion, vous vous trompez vous-même; ce que vous appelez religion est seulement une croyance traditionnelle ou un simple système de philosophie intellectuelle. Si votre religion est une expérience spirituelle, l'objet de votre adoration doit être la réalité spirituelle universelle et l'idéal de toutes vos conceptions spiritualisées. J'appelle religions intellectuelles toutes celles qui sont basées sur la peur, les émotions, la tradition, et la philosophie. J'appelle vraies religions celles qui sont fondées sur la véritable expérience spirituelle. L'objet de la dévotion religieuse peut être matériel ou spirituel, vrai ou faux, réel ou irréel, humain ou divin. Les religions peuvent donc être bonnes ou mauvaises.

La moralité et la religion ne sont pas nécessairement les mêmes. En s'emparant d'un objet d'adoration, un système moral peut devenir une religion. En perdant son appel universel à la fidélité et à la dévotion suprêmes, une religion peut se transformer en un système philosophique ou en un code de morale. La chose, l'être, l'état, ou l'ordre d'existence, ou la possibilité d'accomplissement qui constitue l'idéal suprême du loyalisme religieux, et qui est le réceptacle de la dévotion religieuse de ses adorateurs, c'est Dieu. Indépendamment du nom attribué à cet idéal de réalité spirituelle, il est Dieu.

La caractéristique sociale d'une vraie religion consiste dans le fait qu'elle cherche invariablement à convertir les individus et à transformer le monde. La religion implique l'existence d'idéaux inconnus qui transcendent de loin les critères connus d'éthique et de morale incorporés dans les moeurs, même les plus élevées, des institutions civilisées les plus mûres. La religion cherche à atteindre des idéaux non découverts, des réalités inexplorées, des valeurs supra-humaines, une sagesse divine, et un véritable épanouissement spirituel. La vraie religion accomplit tout cela; les autres croyances ne sont pas dignes de ce nom. Il ne peut y avoir de religion spirituelle authentique sans l'idéal suprême et céleste d'un Dieu éternel. Une religion sans ce Dieu est une invention des hommes, une institution humaine de croyances intellectuelles sans vie et de cérémonies sentimentales sans satisfactions. Une religion peut prendre un grand idéal pour objet de sa dévotion, mais les idéaux irréels sont inaccessibles et sont des conceptions illusoires. Les seuls idéaux accessibles aux hommes sont les réalités divines des valeurs infinies contenues dans le fait spirituel du Dieu éternel.

Le mot Dieu, l'idée de Dieu par contraste avec l'idéal de Dieu, peut faire partie de toute religion, si puérile ou fausse qu'elle soit. Et ceux qui entretiennent cette idée de Dieu peuvent en faire tout ce qu'ils veulent. Les religions inférieures modèlent leurs idées de Dieu pour les adapter à l'état naturel du coeur humain. Les religions supérieures demandent que le coeur humain soit changé pour satisfaire les exigences des idéaux de la vraie religion.

La religion de Jésus transcende toutes nos conceptions antérieures de l'idée d'adoration, en ce sens que non seulement il décrit son Père comme l'idéal de la réalité infinie, mais aussi qu'il déclare positivement que cette source divine de valeurs et ce centre éternel de l'univers sont vraiment et personnellement accessibles à toutes les créatures humaines; il suffit qu'elles choisissent d'entrer dans le royaume des cieux sur terre et reconnaissent ainsi qu'elles acceptent la paternité de Dieu et la fraternité des hommes. A mon avis, c'est la plus haute conception de la religion que le monde ait jamais connue, et je proclame qu'il ne peut y en avoir de plus élevée, car l'évangile englobe l'infinité des réalités, la divinité des valeurs, et l'éternité des réalisations universelles. Cette conception constitue l'accomplissement de l'expérience idéaliste du suprême et de l'ultime.

Je ne suis pas seulement intrigué par les idéaux parfaits de la religion de votre Maître, mais je me sens puissamment poussé à confesser ma croyance que ces idéaux de réalités spirituelles sont accessibles; que vous et moi nous pouvons entreprendre cette longue et éternelle aventure avec l'assurance de sa part qu'en fin de compte nous arriverons certainement aux portes du Paradis. Mes frères, je suis un croyant, je me suis lancé, je suis en route avec vous dans cette aventure éternelle. Le Maître dit qu'il est venu du Père et nous montrera le chemin. Je suis entièrement persuadé qu'il dit la vérité, et définitivement convaincu qu'en dehors du Père Universel il n'y a ni idéaux de réalité ni valeurs de perfection qui soient accessibles.

Je viens adorer non simplement le Dieu des existences, mais le Dieu de la possibilité de toutes les existences futures. Il faut donc que votre dévotion à un idéal suprême, si cet idéal est réel, soit une consécration à ce Dieu des univers passés, présents, et futurs de toutes les choses et tous les êtres. Et il n'y a pas d'autre Dieu, car il ne peut y en avoir d'autre. Tous les autres eux sont des fictions de l'imagination, des illusions de pensée humaine, des déformations d'une causse logique, et des idoles qui trompent ceux qui les ont créées. Oui, on peut avoir une religion sans ce Dieu, mais elle ne signifie rien. Et si l'on cherche à substituer le mot Dieu à la réalité de cet idéal du Dieu vivant, on ne fait que se leurrer en mettant une idée à la place d'un idéal, d'une réalité divine. Ces croyances sont simplement des religions en quête de chimères.

Dans les enseignements de Jésus, je vois la religion à son mieux. Cet évangile nous met en mesure de chercher le vrai Dieu et de le trouver. Mais acceptons-nous de payer le prix de cette entrée dans le royaume des cieux? Sommes-nous désireux de naître de nouveau, d'être rénovés? Acceptons-nous de nous soumettre à ce terrible et éprouvant processus de destruction du moi et de reconstruction de l'âme? Le Maître n'a-t-il pas dit: « Quiconque veut sauver sa vie la perdra. Ne croyez pas que je suis venu apporter la paix sur la terre; mais plutôt une lutte psychique ». Il est vrai qu'après avoir payé je prix de la consécration à la volonté du Père nous éprouvons une grande paix, pourvu que nous continuions à marcher dans les sentiers spirituels de la vie consacrée.

Alors nous abandonnons librement les attraits de l'ordre d'existence connu, tandis que nous nous consacrons sans réserve à la recherche des attraits inconnus et inexplorés d'une future existence d'aventures dans les mondes spirituels d'idéalisme supérieur et de réalité divine. Et nous recherchons les symboles significatifs qui nous permettent de transmettre à nos semblables les conceptions réelles de l'idéalisme de la religion de Jésus. Nous ne cesserons pas de prier pour le jour où toute l'humanité vibrera dans la vision commune de cette vérité suprême. Actuellement, Dieu est esprit quand nous le concevons dans notre coeur; il est amour quand nous en transmettons le concept a nos compagnons.

La religion de Jésus requiert une expérience vivante et spirituelle. D'autres religions peuvent consister en croyances traditionnelles, en sentiments émotifs, en conscience philosophique, et en choses analogues, mais le Maître enseigne qu'il faut effectivement atteindre les niveaux où l'esprit progresse réellement.

La conscience d'être poussé à ressembler à Dieu n'est pas la vraie religion. Les sentiments émotifs que l'on éprouve en adorant Dieu ne sont pas la vraie religion. La conviction consciente qu'il faut renoncer à soi et servir Dieu n'est pas la vraie religion. La sagesse du raisonnement concluant que la religion de Jésus est la meilleure de toutes n'est pas la religion en tant qu'expérience personnelle et spirituelle. La vraie religion se réfère au but que l'on accepte de tout coeur par la foi, à la destinée permettant de l'atteindre, et à la réalité de son idéalisme. Et il faut que tout cela devienne personnel par la révélation de l'Esprit de Vérité.

Ainsi se terminèrent les dissertations du philosophe grec, l'un des plus grands de sa race, qui s'était mis à croire à l'évangile de Jésus.

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