La cosmogonie d'Urantia

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174. Le Mardi Matin au Temple

LA COSMOGONIE D'URANTIA - FASCICULE 174. LE MARDI MATIN AU TEMPLE

CE mardi matin à sept heures, Jésus retrouva chez Simon les apôtres, le corps évangélique féminin, et deux douzaines d'autres disciples influents. A cette réunion, il fit ses adieux à Lazare et lui donna des indications qui l'incitèrent à fuir très rapidement à Philadelphie, en Pérée, où il se lia plus tard avec le mouvement missionnaire qui avait son siège dans cette ville. Jésus prit également congé du vieux Simon et donna au groupe féminin ses ultimes conseils, car il ne lui adressa plus jamais d'allocution officielle.

Ce matin-là, il reçut les douze en leur faisant individuellement les recommandations suivantes: A André: « Ne te laisse pas décourager par les événements imminents. Garde une ferme emprise sur tes collègues et veille à ce qu'ils ne te trouvent pas abattu ». A Pierre: « Ne mets ta confiance ni dans la vigueur de ton bras ni dans les armes d'acier. Etablis-toi sur les fondements spirituels des rochers éternels ». A Jacques: « Ne perds pas courage devant les apparences extérieures. Reste ferme dans ta foi, et tu connaîtras bientôt la réalité de ce que tu crois ». A Jean: « Sois doux; aime même tes ennemis. Sois tolérant, et rappelle-toi que je t'ai confié bien des choses ». A Nathanael: « Ne juge pas sur les apparences; reste ferme dans ta foi quand tout semblera s'effondrer; sois fidèle à ton mandat d'ambassadeur du royaume ». A Philippe: « Ne te laisse pas ébranler par les événements imminents. Reste impassible, même quand tu ne peux voir le chemin. Sois fidèle à ton serment de consécration ». A Matthieu: « N'oublie pas la miséricorde qui t'a fait recevoir dans le royaume. Ne laisse personne te dérober ta récompense éternelle. Puisque tu as résisté aux tendances de la nature humaine, accepte d'être ferme. A Thomas: « Si difficile que ce soit, il faut actuellement que tu marches par la foi et non par la vue. Ne doute pas que je sois capable d'achever l'oeuvre que j'ai commencée, et que je reverrai finalement tous mes fidèles ambassadeurs dans le royaume de l'au-delà ». Aux jumeaux Alphée: « Ne vous laissez pas écraser par les choses que vous ne comprenez pas. Soyez fidèles aux affections de votre coeur, et ne mettez votre confiance ni dans les grands hommes, ni dans le comportement changeant du peuple. Restez auprès de vos compagnons ». A Simon le Zélote: « Tu seras peut-être écrasé de déception, mais ton esprit s'élèvera au-dessus de tout ce qui pourra t'arriver. Ce que tu n'as pas réussi a apprendre de moi, mon esprit te l'enseignera. Recherche les vraies réalités spirituelles et cesse d'être attiré par des ombres irréelles et matérielles ». Et à Judas Iscariot il dit: « Judas, je t'ai aimé et j'ai prié pour que tu aimes tes frères. Ne te lasse pas de bien faire. Je t'avertis de te méfier de ceux qui font glisser les hommes sur les sentiers de la flatterie et qui les empoisonnent par les flèches du ridicule ».

Après avoir achevé ces salutations, Jésus partit pour Jérusalem avec André, Pierre, Jacques, et Jean, tandis que les autres apôtres s'occupaient d'établir le camp de Gethsémani, où ils devaient se rendre ce soir-là et où ils installèrent leur quartier général pour le reste de la vie incarnée du Maître. A mi-chemin de la descente du versant d'Olivet, Jésus s'arrêta et s'entretint durant plus d'une heure avec les quatre apôtres.

1. -- LE PARDON DIVIN

Depuis plusieurs jours, Pierre et Jacques avaient entrepris de discuter leurs divergences d'opinion sur l'enseignement du Maître concernant le pardon des péchés. Ils avaient convenu de soumettre la question à Jésus, et Pierre saisit l'occasion comme fort opportune pour obtenir l'avis du Maître. En conséquence, Simon Pierre interrompit la conversation sur les différences entre la louange et l'adoration en demandant: « Maître, Jacques et moi nous ne sommes pas d'accord sur tes enseignements au sujet du pardon des péchés. Jacques prétend que, d'après toi, le Père nous pardonne même avant que nous ne le lui demandions, et moi je maintiens que le repentir et la confession doivent précéder le pardon. Qui de nous a raison? Qu'en dis-tu? »

Après un bref silence, Jésus jeta un coup d'oeil significatif sur les quatre apôtres et répondit: « Mes frères, vous vous trompez dans vos opinions parce que vous ne comprenez pas la nature intime des relations entre créature et Créateur, entre l'homme et Dieu. Vous ne saisissez pas la sympathie intelligente que de sages parents éprouvent pour leurs enfants dépourvus de maturité et parfois égarés. Il est même douteux que des parents intelligents et affectueux soient jamais appelés à pardonner à un enfant moyen et normal. Des échanges compréhensifs, associés à un comportement plein d'amour, empêchent efficacement toutes les séparations qui nécessitent ultérieurement un rajustement par le repentir chez l'enfant et le pardon des parents.

« Dans chaque enfant vit une fraction de son père. Le père bénéficie d'une priorité et d'une supériorité de compréhension dans toutes les questions liées aux rapports entre parents et enfants. Les parents peuvent regarder l'immaturité de l'enfant à la lumière de la maturité parentale plus grande, de l'expérience plus mûre des époux plus âgés. Dans le cas de l'enfant terrestre et du Père céleste, le parent divin possède, dans une mesure infinie et divine, la compassion et l'aptitude à comprendre avec amour. Le pardon divin est inévitable; il est inaltérable et inhérent à la compréhension infinie de Dieu, à sa parfaite connaissance de tout ce qui concerne le faux jugement et le choix erroné de l'enfant. La justice divine est si éternellement équitable quelle englobe infailliblement la miséricorde compréhensive.

« Quand un homme avisé comprend les impulsions intérieures de ses semblables, il se met à les aimer; et quand vous aimez votre frère, vous lui avez déjà pardonné. Cette aptitude à comprendre la nature des hommes et à pardonner leurs actions apparemment mauvaises est divine. Si vous êtes de sages parents, c'est ainsi que vous aimerez et comprendrez vos enfants, et même que vous leur pardonnerez quand des malentendus temporaires auront paru vous séparer. L'enfant est dépourvu de maturité et ne comprend pas la profondeur des relations entre enfant et père; il éprouve donc souvent un sentiment de culpabilité quand il ne reçoit pas la pleine approbation de son père; mais un véritable père n'est jamais conscient d'une telle séparation. Le péché est une expérience de la conscience des créatures; il ne fait pas partie de la conscience de Dieu.

« Votre inaptitude ou votre répugnance à pardonner à vos semblables dénote que vous manquez de maturité, que vous n'avez pas atteint le niveau adulte de sympathie, de compréhension, et d'amour. Vos rancunes et vos idées de vengeance sont directement proportionnelles à votre ignorance de la nature intérieure et des véritables désirs de vos enfants et de vos semblables. L'amour est la manifestation du divin besoin intérieur de vivre. Il est fondé sur la compréhension, entretenu par le service désintéressé, et transmué en sagesse par la perfection ».

2. -- LES QUESTIONS DES DIRIGEANTS JUIFS

Le lundi soir, il y avait eu conciliabule entre le sanhédrin et une cinquantaine d'autres notables choisis parmi les scribes, les pharisiens, et les sadducéens. Cette assemblée estima qu'il serait dangereux d'arrêter Jésus en public, à cause de l'affection du petit peuple pour lui. La majorité fut également d'avis qu'il fallait faire un effort résolu pour le discréditer aux yeux de la multitude avant de l'arrêter et de le traduire en jugement. En conséquence, divers groupes d'érudits furent désignés pour aller le lendemain matin au temple afin d'essayer de prendre Jésus au piège avec des questions difficiles et de chercher à l'embarrasser devant le peuple. Les pharisiens, les sadducéens, et même les hérodiens étaient enfin d'accord dans cet effort pour discréditer Jésus aux yeux de la foule pascale.

Le mardi matin, lorsque Jésus arriva dans la cour du temple et commença à enseigner, il fut interrompu des ses premiers mots par un groupe de jeunes étudiants des académies, qui avaient subi une préparation spéciale à cet effet. Ils s'avancèrent et s'adressèrent à Jésus par le truchement de leur porte-parole: « Maître, nous savons que tu es un instructeur droit, que tu proclames les voies de la vérité, et que tu es au service de Dieu seul, car tu ne crains aucun homme et tu ne fais pas acception de personnes. Nous ne sommes que des étudiants, et nous voudrions connaître la vérité sur une question qui nous trouble. Voici la difficulté: « Est-il licite pour nous de payer le tribut à César? Le payerons-nous ou ne le payerons-nous pas? » Percevant leur hypocrisie et leur sournoiserie, Jésus leur dit: « Pourquoi venez vous me tenter ainsi? Montrez-mol l'argent du tribut, et je vous répondrai ». Les étudiants lui donnèrent un denier qu'il examina, puis il dit: « De qui cette pièce porte-t-elle l'effigie et l'inscription? » Ils répondirent: « De César ». Sur quoi Jésus dit: « Rendez à César ce qui appartient à César, et rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu » (1).

  (1) Cf. Matthieu XXII-17 à 21 ; Marc XII-14 à 17, Luc XX-22 à 26.

Après avoir reçu cette réponse, les jeunes scribes et leurs complices hérodiens se retirèrent hors de sa présence, et le peuple, y compris les sadducéens, se réjouit de leur déconfiture. même les jeunes gens qui avaient essayé de prendre le Maître au piège s'émerveillèrent grandement de la sagacité de sa réponse.

La veille, les dirigeants avalent cherché à prendre Jésus en défaut devant la foule sur des questions d'autorité ecclésiastique. N'y étant pas parvenus, ils cherchaient maintenant à l'impliquer dans une discussion préjudiciable sur l'autorité civile. Pilate et Hérode se trouvaient tous deux à Jérusalem à ce moment-là, et les ennemis de Jésus supputèrent que s'il osait déconseiller le payement du tribut à César, les deux chefs pourraient aller immédiatement trouver les autorités romaines et l'accuser de sédition. D'autre part, s'il recommandait le payement du tribut par un long discours, ses ennemis calculaient, à juste titre, qu'il infligerait une profonde blessure à l'orgueil national de ses auditeurs juifs, ce qui lui aliénerait la bienveillance et l'affection de la multitude.

En tout ceci, les ennemis de Jésus furent battus, car un décret bien connu du sanhédrin, fait pour la gouverne des Juifs dispersés parmi les Gentils, précisait que « le droit de battre monnaie comportait le droit de percevoir des impôts ». Jésus évita ainsi leur piège. S'il avait répondu « non » à leur question, cela aurait été l'équivalent d'une incitation à la rébellion. S'il avait répondu « où », cela aurait choqué les sentiments nationalistes profondément enracinés de l'époque. Le Maître n'éluda pas la question; il eut simplement la sagesse de faire une double réponse. Jésus n'était jamais évasif, mais toujours bien avisé dans ses rapports avec ceux qui cherchaient à le harceler et à l'anéantir.

3. -- LES SADDUCÉENS ET LA RÉSURRECTION

Avant que Jésus ait pu reprendre le fil de son enseignement, un autre groupe s'avança pour le questionner. Cette fois il s'agissait d'un groupe de sadducéens érudits et rusés, dont le porte-parole s'approcha en disant: « Maître, Moïse a dit que si un homme marié meurt sans laisser d'enfants, son frère devra épouser sa veuve et engendrer une postérité à son frère décédé (1). Or il s'est produit un cas où un homme qui avait six frères mourut sans enfants; son frère cadet prit sa femme, mais mourut bientôt également sans laisser d'enfants. Le second frère prit alors la femme, mais lui aussi mourut sans postérité. Et ainsi de suite jusqu'à ce que les six frères l'eussent épousée et fussent tous morts sans laisser d'enfants. Enfin la femme elle-même mourut après eux tous. Ceci dit, nous voudrions te poser la question suivante: Lors de la résurrection, de qui sera-t-elle la femme, vu que les sept frères l'ont épousée? »

Jésus, aussi bien que l'assistance, savait que ces sadducéens n'étaient pas sincères en posant leur question, car il était peu probable que le cas se fût réellement produit; en outre, la coutume pour les frères d'un mort de chercher à lui engendrer une postérité était pratiquement devenue lettre morte parmi les Juifs à cette époque. Jésus condescendit néanmoins à répondre à leur question insidieuse. Il dit: « Vous vous trompez tous en posant de telles questions, parce que vous ne connaissez ni les Ecritures ni le pouvoir vivant de Dieu. Vous savez que les fils de ce monde peuvent se marier et sont donnés en mariage, mais vous ne semblez pas comprendre que ceux qui, par la résurrection des justes, sont estimés dignes d'atteindre les mondes à venir ne se marient pas et ne sont pas donnés en mariage. Ceux qui font l'expérience de la résurrection d'entre les morts ressemblent plus aux anges des cieux; ils ne meurent jamais. Ces ressuscités sont éternellement les fils de Dieu. Ils sont les enfants de lumière ressuscités dans le progrès de la vie éternelle. Même votre Père Moïse le comprit car, en liaison avec son expérience auprès du buisson ardent, il entendit le Père dire: « Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob » (2). Ainsi, avec Moïse, je proclame que mon Père n'est pas le Dieu des morts, mais celui des vivants. En lui vous vivez tous, vous vous reproduisez, et vous possédez votre existence humaine ».

Lorsque Jésus eut fini de répondre à ces questions, les sadducéens se retirèrent, et certains pharisiens s'oublièrent au point de s'écrier: « C'est vrai, c'est vrai, Maître, tu as bien répondu à ces sadducéens incroyants ». Les sadducéens n'osèrent plus poser d'autres questions à Jésus, et le peuple s'émerveilla de la sagesse de son enseignement.

Jésus ne fit appel qu'à Moïse dans son escarmouche avec les sadducéens, car cette secte politico-religieuse ne reconnaissait comme valable que le Pentateuque de Moïse. Elle n'admettait pas que les enseignements des prophètes puissent servir de base à des dogmes doctrinaux. Dans sa réponse, le Maître affirma positivement la survie des créatures mortelles par la technique de la résurrection, mais en aucun sens il ne mentionna avec approbation la croyance pharisienne à la résurrection du corps humain sous sa forme physique. Jésus voulait souligner que le Père avait dit: « Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac, et de Jacob », et non « J'étais leur Dieu ».

Les sadducéens avaient cru soumettre Jésus à l'influence flétrissante du ridicule, sachant bien que toute persécution en public créerait certainement un renouveau de sympathie pour lui dans la pensée de la multitude.
  (1) Cf. Deutéronome XXV-5 ; Matthieu XXII-24 et la suite ; Marc XII-19 et la suite.
  (2) Exode III-6 et parallèles.

4. -- LE GRAND COMMANDEMENT

Un autre groupe de sadducéens avait reçu des instructions pour poser à Jésus des questions embarrassantes sur les anges, mais après avoir vu le sort de leurs camarades qui avaient essayé de le prendre au piège avec des questions concernant la résurrection, ils décidèrent fort sagement de se tenir cois; ils se retirèrent en renonçant à leur interrogatoire. Les scribes, pharisiens, sadducéens, et hérodiens coalisés avaient prémédité de remplir toute la journée de questions embarrassantes. Ils espéraient ainsi discréditer Jésus devant le peuple, et en même temps empêcher efficacement qu'il ait le temps de proclamer ses enseignements perturbateurs.

Un groupe de pharisiens s'avança ensuite pour le harceler de questions. Son porte-parole fit un signe à Jésus et dit: « Maître, je suis un juriste, et je voudrais te demander quel est à ton avis le plus grand commandement? Jésus répondit: « Il n'y a qu'un seul commandement, qui est le plus grand de tous et qui ordonne: « Ecoute, O Israël, l'Éternel notre Dieu; l'Éternel est un; tu aimeras l'Éternel ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force » (1). Ceci est le premier et grand commandement. Et le second lui est semblable; en vérité, il découle directement du premier et ordonne: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (2). Il n'y en a pas d'autres plus grands que ceux-ci; de ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes ».
  (1) Cf. Deutéronome VI-4 ; Matthieu XXII-37.
  (2) Cf. Lévitique XIX-18 ; Matthieu XXII-39 ; Luc X-27 ; Romains XIII-9 ; Galates V-14 ; Jacques II-8.

Percevant que non seulement la réponse de Jésus était conforme au concept le plus élevé de la religion juive, mais aussi qu'il avait répondu sagement au vu de la multitude assemblée, le docteur de la loi pensa qu'il valait mieux faire preuve de courage en louant ouvertement la réponse du Maître. En conséquence il dit: « En vérité, Maître, tu as dit à juste titre que Dieu est un, qu'il n'y en a pas d'autre en dehors de lui, et que le premier et grand commandement consiste à l'aimer de tout notre coeur, de toute notre intelligence, et de toute notre force, et aussi qu'il faut aimer son prochain comme soi-même. Nous sommes d'accord que ce commandement a beaucoup plus d'importance que toutes les offrandes brûlées et tous les sacrifices ». Lorsque le juriste eut ainsi répondu prudemment, Jésus le regarda et dit: « Mon ami, je perçois que tu n'es pas loin du royaume de Dieu ».

Jésus disait vrai lorsqu'il fit allusion à ce docteur de la loi comme n'étant « pas éloigné du royaume », car le même soir ce juriste se rendit au camp du Maître près de Gethsémani, confessa sa foi dans l'évangile du royaume, et fut baptisé par Josias, l'un des disciples d'Abner.

Deux ou trois autres groupes de scribes et de pharisiens étaient présents avec l'intention de poser des questions, mais ils furent soit désarmés par la réponse de Jésus au docteur de la loi, soit découragés par la déconfiture de tous ceux qui avaient entrepris de le prendre au piège. Après cela, personne n'osa plus lui poser de questions en public.

Voyant qu'aucune question n'était soulevée et que l'heure de midi approchait, Jésus ne reprit pas son enseignement, mais se borna à poser à son tour une question aux pharisiens et à leurs associés. Il dit: « Puisque vous ne soulevez plus de questions, je voudrais vous en poser une. Que pensez-vous du Libérateur? C'est-à-dire de qui est-il le Fils? » Après une courte pause, l'un des scribes répondit: « Le Messie est fils de David ». Or Jésus savait qu'il y avait eu de nombreuses discussions, même parmi ses disciples, sur le point de savoir s'il était ou non fils de David. Il posa donc une nouvelle question: « Si le Libérateur est vraiment fils de David, comment se fait-il que, dans le Psaume que vous lui attribuez, David, parlant selon l'esprit, ait dit: L'Éternel a dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit tes ennemis à te servir de marchepied (1) ? Si David l'appelle Seigneur, comment peut-il être son fils? » Les dirigeants, les scribes, et les chefs des prêtres ne firent aucune réponse à cette question, mais ils s'abstinrent également d'en poser de nouvelles pour essayer d'embarrasser Jésus. En fait, ils ne répondirent jamais à la question qu'il leur avait posée mais, après la mort du Maître, ils essayèrent d'éluder la difficulté en changeant l'interprétation de ce Psaume de manière qu'il se réfère à Abraham au lieu du Messie. D'autres docteurs de la loi essayèrent d'échapper au dilemme en niant que David fût l'auteur de ce Psaume dit messianique.

  (1) Psaume CX-1.

Quelques moments auparavant, les pharisiens s'étaient réjouis de la manière dont les sadducéens avaient été réduits au silence par le Maître. C'étaient maintenant les sadducéens qui prenaient plaisir à l'échec des pharisiens, mais cette rivalité n'était que momentanée. Ils oublièrent rapidement les points de vue divergents qu'ils soutenaient depuis longtemps et reprirent leur effort commun pour mettre fin aux enseignements et aux agissements de Jésus. Mais au cours de toutes ces expériences, le petit peuple fut heureux de pouvoir écouter le Maître.

5. -- LES GRECS INVESTIGATEURS

A midi, tandis que Philippe achetait des vivres pour le nouveau camp que l'on établissait près de Gethsémani, il fut accosté par une délégation d'étrangers, un groupe de croyants grecs d'Alexandrie, d'Athènes, et de Rome. Leur porte-parole dit à l'apôtre: « Tu nous as été signalé par des gens qui te connaissent; alors nous t'abordons en te demandant de voir Jésus, ton Maître ». Philippe fut pris au dépourvu en rencontrant ainsi sur la place du marché ces éminents investigateurs Grecs et Gentils. Or Jésus avait explicitement recommandé aux douze apôtres de ne pratiquer aucun enseignement en public durant la semaine pascale. Philippe fut donc un peu embarrassé sur la meilleure manière d'arranger cette affaire. Le fait que ces hommes étaient des Gentils étrangers l'avait également déconcerté. S'ils avaient été des Juifs, ou des Gentils habitant les environs, il n'aurait pas montré tant d'hésitation. Philippe s'arrêta à la solution consistant à demander aux Grecs de l'attendre sur place. Tandis qu'il s'éloignait en hâte, les Grecs supposèrent qu'il était allé chercher Jésus, mais en réalité Philippe se dépêchait d'aller chez Joseph d'Arimathie, où il savait qu'André et les autres apôtres prenaient leur déjeuner. Il appela André, lui explique le motif de sa venue, puis retourna avec André auprès des Grecs qui l'attendaient.

Ayant à peu près fini d'acheter ses provisions, Philippe revint avec André et les Grecs chez Joseph, où Jésus les reçut. Ils s'assirent près de lui, tandis qu'il parlait à ses apôtres et à un certain nombre de disciples éminents réunis à ce déjeuner. Jésus dit:

« Mon Père m'a envoyé dans ce monde pour révéler sa bonté et son amour aux enfants des hommes, mais les premiers vers qui je suis allé ont refusé de me recevoir. En vérité, beaucoup d'entre vous ont cru par eux-mêmes à mon évangile, mais les enfants d'Abraham et leurs dirigeants vont me rejeter; ce faisant, ils rejetteront Celui qui m'a envoyé. J'ai largement proclamé l'évangile du salut à ce peuple; je lui ai parlé de la filiation accompagnée de joie, de liberté, et de vie plus riche dans l'esprit. Mon Père a accompli nombre d'oeuvres merveilleuses parmi ces fils des hommes paralysés par la peur. C'est à juste titre que le Prophète Isaïe s'est référé à ce peuple en écrivant: « Seigneur, qui a cru à nos enseignements? Et à qui l'Éternel a-t-il été révélé? (1) » En vérité, les dirigeants de mon peuple ont aveuglément fermé leurs yeux pour ne pas voir et endurci leur coeur de peur de croire et d'être sauvés. Au long de ces dernières années, j'ai cherché à les guérir de leur incrédulité, afin qu'ils reçoivent le salut éternel du Père. Je sais que tous ne m'ont pas fait défaut; certains d'entre vous ont vraiment cru à mon message. Il y a dans cette salle plus de vingt hommes qui ont été membres du sanhédrin ou qui ont occupé de hauts postes dans les conseils de la nation, bien que certains d'entre eux répugnent encore à confesser ouvertement la vérité, de crainte d'être expulsés de la synagogue. Plusieurs parmi vous sont tentés de préférer la gloire des hommes à la gloire de Dieu. Je suis obligé de faire preuve de tolérance, car je crains pour la sécurité et la loyauté de ceux-là mêmes qui m'ont accompagné depuis si longtemps et ont vécu si proches de moi.

  (1) Isaïe LIII-1.

« Je perçois que, dans cette salle de banquet, les Juifs et les Gentils se trouvent en nombre à peu près égal. Je m'adresse à vous en tant que premier et dernier groupe de cette nature que je puisse instruire des affaires du royaume avant de retourner auprès de mon Père.

Ces Grecs avaient fidèlement suivi les enseignements de Jésus au temple. Le lundi soir, ils avaient tenu chez Nicodème une conférence qui avait duré jusqu'à l'aube, et trente d'entre eux avaient décidé d'entrer dans le royaume.

Tandis que Jésus se tenait là devant eux, il perçut qu'une dispensation prenait fin et qu'une autre commençait. Tournant son attention vers les Grecs, le Maître dit:

« Quiconque croit à cet évangile croit non seulement en moi, mais en Celui qui m'a envoyé. Quand vous me regardez, vous ne voyez pas seulement le Fils de l'Homme, mais aussi Celui qui m'a envoyé. Je suis la lumière du monde, et quiconque croira en mon enseignement ne demeurera plus dans les ténèbres. Si vous autres Gentils vous voulez bien m'écouter, vous recevrez les paroles de vie et entrerez aussitôt dans la joyeuse liberté de la filiation avec Dieu. Si mes compatriotes, les Juifs, décident de me rejeter et de refuser mes enseignements, je ne me poserai pas en juge contre eux, car je ne suis pas venu pour juger ce monde, mais pour lui offrir le salut. Néanmoins, ceux qui me rejettent et refusent de recevoir mon enseignement seront traduits en jugement en temps utile par mon Père et par ceux qu'il a désignés pour juger ceux qui rejettent le don de la miséricorde et les vérités du salut. Souvenez-vous tous que je ne parle pas de moi-même, mais que j'ai fidèlement proclamé ce que mon Père m'a commandé de révéler aux enfants des hommes. Et ces proclamations que le Père m'a ordonné de faire au monde sont des paroles divinement vraies, perpétuellement miséricordieuses, et éternellement vivantes.

« Mais je déclare aussi bien aux Juifs qu'aux Gentils que l'heure est venue où le Fils de l'Homme va être glorifié. Vous savez qu'un grain de blé reste isolé, à moins qu'il ne tombe en terre et ne meure; mais s'il tombe dans une bonne terre, il surgit de nouveau à la vie et donne beaucoup de fruits. Quiconque tient égoïstement à sa vie est en danger de la perdre; mais quiconque est disposé à sacrifier sa vie pour moi et pour l'évangile jouira d'une existence plus riche sur terre et au ciel; il aura la vie éternelle. Si vous voulez sincèrement me suivre, même après que je serai retourné auprès du Père, alors vous deviendrez mes disciples et les fidèles serviteurs de vos semblables.

« Je sais que mon heure approche, et je suis troublé. Je perçois que mon peuple est décidé à repousser le royaume, mais je me réjouis de recevoir les Gentils ici présents, qui recherchent la vérité et s'enquièrent des voies de la lumière. J'ai toutefois le coeur serré en pensant à mon peuple, et mon âme est bouleversée par ce qui va m'arriver incessamment. Que dirai-je tandis que je contemple les jours qui viennent et que je discerne le sort qui m'attend? Dirai-je Père, épargne-moi ce moment épouvantable? Non! Car c'est précisément pour cela que je suis venu dans ce monde et parvenu jusqu'à cette heure. Je dirai plutôt, en priant pour que vous vous joigniez à moi: Père, glorifie ton nom, et que ta volonté soit faite ».

Lorsque Jésus eut ainsi parlé, l'Ajusteur Personnalisé qui avait habité en lui avant son baptême apparut devant lui, et Jésus fit une pause que l'assistance remarqua. L'Ajusteur, qui était maintenant un puissant esprit parlant au nom du Père, dit à Jésus de Nazareth: « J'ai déjà maintes fois glorifié mon nom dans tes effusions, et je le glorifierai encore une fois ».

Les Juifs et les Gentils de l'assistance n'entendirent aucune voix, mais ils ne purent éviter de remarquer que Jésus s'était interrompu dans son discours pendant qu'un message lui parvenait de quelque source surhumaine. Chacun d'eux dit à son voisin: « Un ange lui a parlé ».

Puis Jésus reprit la parole et dit: « Tout ceci n'est pas arrivé par égard pour moi, mais par égard pour vous. Je sais avec certitude que le Père me recevra et acceptera ma mission en votre faveur, mais il est utile que vous soyez encouragés et préparés à la rude épreuve qui est imminente. Laissez-moi vous assurer que la victoire finira par couronner nos efforts conjugués pour éclairer le monde et libérer l'humanité. L'ancien ordre de choses se présente lui-même au jugement. J'ai abattu le Prince de ce monde, et tous les hommes vont devenir libres par la lumière de l'esprit que je répandrai sur toute chair après mon ascension auprès du Père céleste.

« Maintenant je vous déclare que, si je suis élevé sur terre et dans votre vie, j'attirerai tous les hommes à moi et dans la communauté de mon Père (1). Vous avez cru que le Libérateur demeurerait perpétuellement sur terre, mais je vous dis que le Fils de l'Homme va être rejeté par les hommes et qu'il retournera auprès du Père. Je ne demeurerai plus bien longtemps avec vous; la lumière vivante ne restera plus qu'un peu de temps auprès de cette génération. Marchez pendant que vous avez cette lumière, afin que les ténèbres et la confusion imminentes ne vous surprennent pas. Celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va; mais si vous choisissez de marcher dans la lumière, vous deviendrez tous en vérité des fils de Dieu affranchis. Et maintenant, accompagnez moi tous au temple où je vais retourner pour dire mes paroles d'adieu aux chefs des prêtres, aux scribes, aux pharisiens, aux sadducéens, aux hérodiens, et aux dirigeants enténébrés d'Israël ».

  (1) Cf. Jean XII-32.

Après avoir ainsi parlé, Jésus marcha en tête du groupe et se dirigea vers le temple par les rues étroites de Jérusalem. Ses auditeurs venaient d'entendre le Maître dire que ce serait son discours d'adieu dans le temple, et ils le suivirent silencieusement en méditant profondément.

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