La cosmogonie d'Urantia

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111. L'Ajusteur et l'Âme

LA COSMOGONIE D'URANTIA  -  FASCICULE 111. L'AJUSTEUR ET L'ÂME

LA présence de l'Ajusteur divin dans la pensée humaine rend perpétuellement impossible à la science ou à la philosophie d'atteindre une compréhension satisfaisante de l'âme évoluante de la personnalité intéressée. L'âme morontielle est fille de l'univers, et l'on ne peut réellement la connaître que par clairvoyance cosmique et par découverte spirituelle.

Le concept d'une âme et d'un esprit qui l'habite n'est pas nouveau sur Urantia. Il a fréquemment apparu dans les divers systèmes de croyances planétaires. Beaucoup de sectes orientales et quelques sectes occidentales ont perçu que l'homme est divin par héritage en même temps qu'humain par hérédité. Le sentiment de la présence intérieure ajouté à l'omniprésence extérieure de la Déité a longtemps fait partie de bien des religions urantiennes. Les hommes ont longtemps cru à l'existence d'un facteur qui grandit à l'intérieur de la nature humaine, un élément vital destiné à durer au delà du bref espace d'une vie temporelle.

Avant que les hommes ne se soient rendu compte que leur âme évoluante était engendrée par un esprit divin, ils ont cru qu'elle résidait dans divers organes physiques — l'oeil, le foie, les reins, le coeur, et plus tard le cerveau. Les sauvages associaient l'âme au sang, à la respiration, aux ombres, et à leur image réfléchie dans l'eau.

Dans leur conception de l'atman, les instructeurs hindous arrivèrent réellement à une estimation approximative de la nature et de la présence de l'Ajusteur, mais ils ne réussirent pas à distinguer la présence concomitante de l'âme évoluante et potentiellement immortelle. Les Chinois reconnurent cependant deux aspects d'un être humain, le yang et le yin, l'âme et l'esprit. Les Égyptien et beaucoup de tribus africaines croyaient aussi à deux facteurs, le ka et le ba; ils ne croyaient généralement pas que l'âme fût préexistante, mais seulement l'esprit.

Les habitants de la vallée du Nil croyaient que chaque individu favorisé se voyait attribuer à sa naissance, ou peu après, un esprit protecteur qu'ils appelaient le ka. Ils enseignaient que cet esprit gardien restait avec le sujet mortel pendant toute sa vie et passait avant lui a l'état futur. Sur les murs d'un temple de Louxor, où se trouve décrite la naissance d'Amenhotep III, le petit prince est dépeint sur le bras du dieu du Nil, et auprès de lui se trouve un autre enfant, apparemment identique au prince, qui symbolise l'entité que les Égyptien appelaient le ka. Cette sculpture fut achevée au quinzième siècle avant J.-C.

On croyait que le ka était un génie spirituel supérieur qui désirait guider dans les meilleures voies de la vie temporelle l'âme humaine associée, mais surtout influencer la prospérité du sujet dans l'au-delà. Quant un Égyptien de cette période mourait, on escomptait que son ka l'attendrait de l'autre côte du grand Fleuve. Tout d'abord on supposa que seuls les rois possédaient un ka, mais on ne tarda pas a croire que tous les hommes justes en avaient un. Parlant du ka intérieur de son coeur, un chef égyptien a dit: « Je n'ai pas négligé ses paroles, j'ai craint de transgresser ses directives. Cela m'a fait prospérer grandement. J'ai réussi grâce a ce qu'il m'a fait faire. J'ai été distingué par sa gouverne ». Beaucoup d'Égyptien croyaient que le ka était un oracle de Dieu en chacun, et qu'ils allaient « passer une éternité avec un coeur joyeux dans les faveurs du Dieu qui est en vous ».

Toutes les races évoluantes d'Urantia ont un mot équivalent au concept de l'âme. Beaucoup de peuplades primitives croyaient que l'âme jetait des regards au dehors sur le monde à travers les yeux humains; c'est pourquoi elles craignaient avec une peur si enfantine la malveillance du mauvais oeil. Elles ont longtemps cru que « l'esprit de l'homme est dans la lampe du Seigneur ». Le Rig-Véda dit: « Ma pensée parle à mon coeur ».

1. — LE CADRE MENTAL DU CHOIX

Bien que les Ajusteurs aient à effectuer un travail de nature spirituelle, ils sont obligés de l'exécuter tout entier sur des bases mentales. La pensée est le terrain humain à partir duquel le Moniteur divin doit faire apparaître par évolution l'âme morontielle, avec la coopération de la personnalité qu'il habite.

Il existe une unité cosmique dans les divers niveaux mentaux de l'univers des univers. L'origine des egos intellectuels se trouve dans la pensée cosmique d'une manière très homologue à l'origine des nébuleuses dans les énergies cosmiques de l'espace universel. Sur le niveau humain (donc personnel) des egos intellectuels, le potentiel spirituel d'évolution devient dominant si la pensée y consent, à cause de la dotation spirituelle de la personnalité humaine associée à la présence créative, chez ces egos, d'un foyer-entité ayant une valeur absolue. Toutefois, cette domination de la pensée matérielle par l'esprit est subordonnée à deux expériences: d'une part il faut que la pensée ait évolué par le ministère des sept esprits-mentaux adjuvats, et d'autre part il faut que l'ego matériel (personnel) choisisse de coopérer avec l'Ajusteur intérieur pour créer et entretenir l'ego morontiel, l'âme évolutionnaire potentiellement immortelle.

La pensée matérielle est le cadre dans lequel les personnalités humaines vivent, sont conscientes d'elles-mêmes, prennent des décisions, choisissent ou abandonnent Dieu, se rendent éternelles ou se détruisent elles-mêmes.

L'évolution matérielle vous a procuré une machine vivante, votre corps. Le Père lui-même vous a doté de la réalité spirituelle la plus pure que l'on connaisse dans l'univers, votre Ajusteur de Pensée. Mais la pensée a été remise entre vos mains, elle est sujette à vos propres décisions, et c'est par la pensée que vous vivez ou mourez. C'est à l'intérieur de la pensée et avec elle que vous prenez les décisions morales qui vous permettent de devenir semblables à l'Ajusteur, c'est-à-dire semblables à Dieu.

La pensée terrestre est un système mental temporaire prêté aux êtres humains sur la durée d'une vie matérielle. Selon la manière dont ils l'emploient, ils acceptent ou rejettent le potentiel d'existence éternelle. La pensée est à peu près la seule fraction de réalité universelle que vous possédiez et qui soit soumise à votre volonté. L'âme — l'ego morontiel — dépeindra fidèlement l'accumulation des décisions temporelles que l'ego mortel aura prises. La conscience humaine repose doucement sur le mécanisme électro-chimique sous-jacent, et touche délicatement le système énergétique morontiel-spirituel qui la domine. Au cours de sa vie terrestre, l'être humain n'est jamais complètement conscient d'aucun de ces deux systèmes, et c'est pourquoi il lui faut travailler dans la pensée, dont il est conscient. Ce qui assure la survie n'est pas tellement ce, que la pensée comprend mais plutôt ce qu'elle cherche à comprendre. Ce qui l'identifie avec l'esprit n'est pas tellement ce à quoi elle ressemble, mais ce à quoi elle s'efforce de ressembler. Ce n'est pas tant le fait pour l'homme d'être conscient de Dieu qui se traduit par son ascension de l'univers, mais plutôt son désir ardent de rencontrer Dieu. Ce que vous êtes aujourd'hui n'est pas aussi important que ce que vous devenez jour après jour et d'ans l'éternité.

La pensée est l'instrument cosmique sur lequel la volonté humaine peut jouer les dissonances de la destruction ou faire résonner les délicates mélodies de l'identification avec Dieu et de la survie éternelle qui en résulte. L'Ajusteur attribué à l'homme est en dernière analyse imperméable au mal et incapable de pécher, mais la pensée humaine peut être dénaturée, déformée, et rendue laide et mauvaise par les machinations coupables d'une volonté humaine égoïste et perverse. De même, cette pensée peut être rendue noble, belle, et vraie, et bonne — effectivement grande — en s'accordant avec la volonté spirituellement éclairée d'un être humain connaissant Dieu.

La pensée évolutionnaire n'est pleinement stable et digne de confiance qu'en se manifestant aux deux extrémités de l'intellectualité cosmique — totalement mécanisée ou entièrement spiritualisée. Entre les deux extrêmes mentaux du pur contrôle machinal et de la vraie nature spirituelle se situe l'immense groupe des penseurs évoluants et ascendants, dont la stabilité et la tranquillité dépendent du choix fait par leur personnalité et de leur identification avec l'esprit.

Toutefois, l'homme n'abandonne pas servilement et passivement sa pensée à l'Ajusteur. Il choisit plutôt de suivre activement, positivement, et coopérativement les directives de l'Ajusteur, quand il a conscience qu'elles diffèrent des désirs et des impulsions de sa pensée humaine naturelle. Les Ajusteurs manipulent la pensée de l'homme, mais ne la dominent jamais contrairement à sa volonté. Pour les Ajusteurs, la volonté de l'homme est suprême. C'est ainsi qu'ils la considèrent et la respectent, tandis qu'ils s'efforcent d'atteindre les buts spirituels d'ajustement de la pensée et de transformation du caractère dans le cadre à peu près illimité de la pensée humaine en évolution.

La pensée est votre navire, l'Ajusteur est votre pilote, la volonté humaine est le capitaine. Le maître du vaisseau humain devrait avoir la sagesse de se fier au divin pilote pour conduire l'âme ascendante dans les havres morontiels de la survie éternelle. Seuls l'égoïsme, la paresse, et la culpabilité permettent à la volonté de l'homme de rejeter la gouverne de ce pilote aimant, et de naufrager finalement la carrière humaine sur les dangereux écueils du refus de la miséricorde et sur les récifs de la pratique du péché. Avec votre consentement, le fidèle pilote vous fera traverser en sécurité les obstacles du temps et les handicaps de l'espace, pour atteindre la source de la pensée divine et aller même au delà jusqu'au Père des Ajusteurs au Paradis.

2. — NATURE DE L'ÂME

Dans toutes les fonctions mentales de l'intelligence cosmique, la totalité de la pensée domine les opérations intellectuelles fractionnaires. Dans son essence, la pensée est une unité fonctionnelle, et c'est pourquoi elle ne manque jamais de manifester cette unité constitutive, même quand elle est gênée et entravée par les choix et les actes malavisés d'un ego abusé. Cette unité de pensée cherche invariablement à se coordonner avec l'esprit sur tous les niveaux de son association avec un ego ayant dignité volitive et prérogatives d'ascension.

La pensée matérielle des hommes est le métier universel qui porte le tissu cosmique sur lequel l'Ajusteur de Pensée intérieur brode les archétypes spirituels d'un caractère universel possesseur de valeurs durables et de significations cosmiques — une âme survivante à destinée ultime et à carrière sans fin, un finalitaire potentiel.

Une personnalité humaine s'identifie par sa pensée et son esprit maintenus en rapport fonctionnel par la vie dans un corps matériel. Les relations actives entre cette pensée et cet esprit n'ont pas pour résultat une combinaison des qualités ou attributs mentaux et spirituels, mais plutôt une valeur universelle entièrement nouvelle, originale, et unique, ayant un potentiel de durée éternelle, l'âme.

La création de cette âme immortelle résulte de trois facteurs, et non de deux. Ces trois antécédents de l'âme morontielle humaine sont les suivants:

   1. La pensée humaine et toutes les influences cosmiques qui la précèdent et qui agissent sur elle.

   2. L'esprit divin qui habite cette pensée humaine et tous les potentiels inhérents à ce fragment de spiritualité absolue, ainsi que tous les facteurs et influences spirituels qui lui sont associés dans la vie humaine.

   3. Les relations entre la pensée matérielle et l'esprit divin, qui dénotent une valeur et comportent une signification ne se trouvant dans aucun des deux facteurs de cette association. La réalité de cette relation unique n'est ni matérielle ni spirituelle, mais morontielle. C'est l'âme.

Les médians ont depuis longtemps appelé pensée médiane cette âme évoluante de l'homme, par contraste avec la pensée inférieure ou matérielle et la pensée supérieure ou cosmique. La pensée médiane est en réalité un phénomène morontiel, puisqu'elle existe dans le domaine intermédiaire entre le matériel et le spirituel. Le potentiel de cette évolution morontielle est inhérent aux deux besoins universels de la pensée: l'impulsion de la pensée finie de la créature pour connaître Dieu et rejoindre la divinité du Créateur, et l'impulsion de la pensée infinie du Créateur pour connaître l'homme et aboutir à l'expérience de la créature.

L'opération céleste faisant apparaître par évolution l'âme immortelle est rendue possible parce que la pensée humaine est en premier lieu personnelle, et en second lieu en contact avec des réalités super-animales. L'âme possède une dotation. supra-matérielle de facultés cosmiques qui assure l'évolution d'une nature morale capable de rendre des décisions morales, ce qui produit un contact créatif de bonne foi avec les ministères spirituels associés et avec l'Ajusteur de Pensée intérieur.

Le résultat inévitable de cette spiritualisation de la pensée humaine par contact est la naissance graduelle d'une âme, émanation conjointe des deux éléments suivants: premièrement une pensée issue des adjuvats, dominée par une volonté humaine ardemment désireuse de connaître Dieu, et travaillant en liaison avec les forces spirituelles de l'univers; et deuxièmement un fragment effectif du Dieu même de toute la création — le Moniteur de Mystère — qui contrôle ces forces spirituelles. C'est ainsi que l'ego matériel et mortel transcende réellement les limitations temporelles du mécanisme de la vie physique et atteint une nouvelle expression et une nouvelle identification dans le véhicule évoluant qui doit assurer la continuité de l'ego, l'âme morontielle et immortelle.

3. — L'ÂME EN ÉVOLUTION

Les erreurs de la pensée et les dérèglements de la conduite humaine peuvent notablement retarder l'évolution de l'âme. Toutefois, elles ne sauraient inhiber ce phénomène morontiel une fois que l'âme a été initialement formée par l'Ajusteur intérieur avec le consentement de la volonté de la créature. Mais à tout moment antérieur à la mort physique, la même volonté matérielle et humaine a le pouvoir de revenir sur son choix et de rejeter la survie. Même après avoir survécu, le mortel ascendant conserve la prérogative de choisir le rejet de la vie éternelle. À tout moment avant la fusion avec l'Ajusteur, la créature évoluante et ascendante peut décider de renoncer à suivre la volonté du Père céleste. La fusion avec l'Ajusteur dénote que l'ascendeur a éternellement et irrévocablement choisi de faire la volonté du Père.

Durant la vie incarnée, l'âme en évolution a la faculté de renforcer les décisions supra-matérielles de la pensée humaine. Étant supra-matérielle, l'âme ne fonctionne pas spontanément sur le niveau matériel de l'expérience humaine. Sans la collaboration d'un esprit divin tel que l'Ajusteur, cette âme sub-spirituelle ne peut pas non plus fonctionner au-dessus du niveau morontiel. Enfin, l'âme ne prend pas de décisions finales avant que la mort ou le transfert n'ait rompu son association matérielle avec la pensée terrestre, à moins que le penseur n'ait librement et volontairement délégué l'autorité nécessaire à son âme morontielle fonctionnellement associée. Durant la vie incarnée, la volonté humaine (le pouvoir personnel de prendre une décision) réside dans les circuits mentaux matériels. Au fur et à mesure du développement humain sur terre, l'ego, avec ses inestimables pouvoirs de choix, s'identifie de plus en plus avec l'entité psycho-morontielle émergente. Après la mort et la résurrection sur le monde des maisons, la personnalité humaine est complètement identifiée avec l'ego morontiel. L'âme est donc l'embryon du futur véhicule morontiel de l'identité de la personnalité.

L'âme immortelle a d'abord une nature entièrement morontielle, mais elle possède une telle aptitude au développement qu'elle s'élève invariablement aux vrais niveaux spirituels où prévaut la fusion avec l'esprit de la Déité. Elle fusionne généralement avec le même esprit du Père Universel qui avait déclenché ce phénomène créatif dans la pensée de la créature.

La pensée humaine et l'Ajusteur divin sont tous deux conscients de la présence et de la nature distincte de l'âme en évolution. L'Ajusteur l'est pleinement, et le penseur partiellement. Quant à l'âme, au fur et à mesure de sa propre croissance évolutionnaire, elle devient de plus en plus consciente de la pensée humaine et de l'Ajusteur divin en tant qu'identités associés. L'âme participe aux qualités de la pensée humaine aussi bien qu'à celles de l'esprit divin, mais elle évolue constamment vers un accroissement du contrôle spirituel et de la domination divine, en développant une fonction mentale dont le sens cherche à se coordonner avec les vraies valeurs spirituelles.

La carrière humaine, l'évolution de l'âme, n'est pas tant une épreuve qu'une éducation. La foi dans la survie des valeurs suprêmes est l'essence de la religion.

L'expérience religieuse authentique consiste à unir les valeurs suprêmes et les significations cosmiques en un épanouissement de la réalité universelle.

La pensée connaît les quantités, les manifestations, les significations. Mais les qualités — les valeurs — sont ressenties. L'organisme qui ressent est la création conjointe de la pensée qui connaît et de l'esprit associé qui confère la réalité.

Dans la mesure où l'âme morontielle évoluante de l'homme s'imprègne de vérité, de beauté, et de bonté en tant que valeurs incorporées de la conscience divine, l'être résultant devient indestructible. À défaut de survie des valeurs éternelles dans l'âme en évolution, l'existence humaine est dépourvue de sens, et la vie elle-même est une tragique illusion. Mais un dicton reste éternellement vrai: ce que vous avez commencé dans le temps, vous l'achèverez surement dans l'éternité — si cela mérite d'être achevé.

4. — LA VIE INTÉRIEURE

La récognition est le processus intellectuel consistant à faire cadrer les impressions sensorielles reçues du monde extérieur avec les formules mnémotechniques de l'intéressé. La compréhension implique que les impressions sensorielles reconnues et les formules mnémotechniques associées ont été intégrées ou organisées en un réseau dynamique de principes.

Les significations dérivent d'une conjugaison de récognition et de compréhension; elles n'existent pas dans un monde entièrement sensoriel ou matériel. Les significations et les valeurs ne sont perçues que dans les sphères intérieures ou supra-matérielles d'expérience humaine.

Les progrès de la vraie civilisation sont tous nés dans ce monde intérieur de l'humanité. Seule la vie intérieure est vraiment créative. La civilisation ne peut guère progresser quand la majorité de la jeunesse d'une génération consacre son attention et son énergie à la poursuite matérialiste du monde sensoriel ou extérieur.

Le monde intérieur et le monde extérieur ont des séries différentes de valeurs. Toute civilisation est en péril quand les trois quarts de sa jeunesse entrent dans des professions matérialistes et recherchent les activités sensorielles du monde extérieur. La civilisation est en danger quand la jeunesse cesse de s'intéresser à a morale, à la sociologie, à l'eugénisme, à la philosophie, aux beaux-arts, à la religion, et à la cosmogonie.

C'est seulement aux niveaux de la pensée superconsciente empiétant sur le royaume spirituel de l'expérience humaine que l'on trouve ces concepts supérieurs associés à des maîtres archétypes efficaces qui contribuent à bâtir une civilisation meilleure et plus durable. La personnalité est créative par nature, mais ne fonctionne créativement que dans la vie intérieure de l'individu.

Les cristaux de neige ont toujours une forme hexagonale, mais jamais deux d'entre eux ne sont identiques. Les enfants se modèlent sur des types, mais il n'y en a pas deux qui soient identiques, même s'ils sont jumeaux. Les personnalités s'apparentent à des types, mais sont toujours uniques.

Le bonheur et la joie prennent origine dans la vie intérieure. On ne peut ressentir tout seul une joie réelle. Une vie solitaire est fatale pour le bonheur. Même les familles et les nations jouissent mieux de la vie si elles la partagent avec d'autres.

On ne peut contrôler complètement le monde extérieur — l'entourage. C'est la créativité du monde intérieur qui est la plus sujette à vos directives, parce que la personnalité y est largement délivrée des entraves de la loi de cause et d'effet. Une souveraineté volitive limitée est associée à la personnalité.

Dès lors que la vie intérieure de l'homme est vraiment créative, chaque personne a la responsabilité de choisir si cette créativité sera spontanée et entièrement dépendante du hasard, ou si elle sera contrôlée, dirigée, et constructive. Comment une imagination créatrice peut-elle produire des résultats valables si le stade où elle fonctionne est déjà préoccupé par des préjugés, des haines, des rancunes, des revanches, et des sectarismes?

Les idées peuvent prendre leur origine dans les stimulants du monde extérieur, mais les idéaux naissent seulement dans les royaumes créatifs du monde intérieur. Les nations du monde sont actuellement dirigées par des hommes qui ont une surabondance d'idées, mais une lamentable carence d'idéaux. C'est l'explication de la pauvreté, des divorces, des guerres, et des haines raciales.

Voici le problème: si l'homme avec son libre arbitre est intérieurement doté de pouvoirs créatifs, il nous faut alors reconnaître que la libre créativité contient le potentiel de la libre destructivité. Et quand la créativité s'oriente vers le pouvoir destructeur, on se trouve en face des dévastations du mal et du péché — oppressions, guerres, et destructions. Le mal est une créativité partielle qui tend vers la désintégration et la destruction finale. Tout conflit est mauvais en ce sens qu'il inhibe la fonction créative de la vie intérieure c'est une espèce de guerre civile dans la personnalité

La créativité intérieure contribue à ennoblir le caractère par intégration de la personnalité et unification de l'ego. Il est éternellement vrai que le passé est inchangeable, et que seul l'avenir peut être modifié par le ministère de la créativité de l'ego intérieur au moment présent.

5. — LA CONSÉCRATION DU CHOIX

En faisant la volonté de Dieu, une créature ne fait rien de plus ni de moins que de montrer son bon vouloir pour partager sa vie intérieure avec Dieu — le Dieu qui a rendu possible la vie de cette créature, avec ses valeurs et ses significations intérieures. Le partage est digne de Dieu divin. Dieu partage tout avec le Fils Éternel et l'Esprit Infini; et ceux-ci à leur tour partagent tout avec les Fils divins et les Filles spirituelles des univers.

L'imitation de Dieu est la clef de la perfection. Le secret de la survie et de la perfection dans la survie est de faire sa volonté.

Les mortels vivent en Dieu, et Dieu a donc voulu vivre dans les mortels. De même que les hommes se confient à lui, de même lui — le premier a confié une partie de lui-même aux hommes pour les accompagner. Il a consenti à vivre dans les hommes et à habiter en eux en se soumettant à la volonté humaine.

La paix dans la vie présente, la survie dans la mort, la perfection dans la prochaine vie, le service dans l'éternité, tout cela est accompli (en esprit) dès maintenant, si la personnalité créée consent à — choisit   de — soumettre sa volonté à celle du Père. Quant au Père, il a déjà choisi de subordonner un fragment de lui-même à la volonté de la personnalité créée.

Ce choix de la créature n'est pas un abandon de sa volonté. Il est une consécration, une expansion, une glorification, un perfectionnement de sa volonté. Il élève la créature du niveau de signification temporelle à un état supérieur où la personnalité du fils créé communie avec la volonté du Père spirituel.

Le choix de faire la volonté du Père consiste pour le mortel à découvrir le Père de l'esprit, même s'il faut que des âges s'écoulent avant que le fils créé puisse effectivement se tenir en la présence réelle de Dieu au Paradis. Ce choix ne consiste pas tant en une négation de la volonté de la créature — « que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite (1) » — mais plutôt en une affirmation de la créature: « c'est ma volonté que ta volonté soit faite ». Si ce choix est décidé, le fils préférant Dieu aboutira tôt ou tard à l'union intérieure (la fusion) avec le fragment de Dieu qui l'habite. Tout en se perfectionnant, le même fils trouvera la satisfaction suprême de sa personnalité dans une communion adoratrice entre la personnalité de l'homme et celle de son Auteur, deux personnalités dont les attributs créateurs se sont unis pour toujours dans une mutualité d'expression librement voulue la naissance d'une nouvelle association éternelle entre la volonté de l'homme et celle de Dieu.

  (1) Luc XXII-42.

6. — LE PARADOXE HUMAIN

Maintes difficultés des mortels proviennent de leur double relation avec le cosmos. L'homme est une partie de la nature — il existe dans la nature — et cependant il est capable de la transcender. L'homme est fini, mais il est habité par une étincelle d'infinité. Cette situation double ne fournit pas seulement un potentiel pour le mal, mais elle engendre aussi de nombreuses situations sociales et morales empreintes de beaucoup d'incertitudes et de soucis.

Le courage exigé pour triompher de la nature et pour se transcender soi-même peut succomber devant les tentations de l'orgueil. La personne capable de transcender son ego peut céder à la tentation de glorifier sa conscience de soi. Le dilemme humain résulte du double fait que l'homme est asservi à la nature et qu'en même temps il possède une liberté unique — la liberté de choix et d'action spirituels. Sur les niveaux matériels, l'homme se trouve subordonné à la nature, tandis que sur les niveaux spirituels, il triomphe de la nature et de tous les éléments temporels et finis. Ce paradoxe est inséparable des tentations, du mal potentiel, et des erreurs de décision; si ego devient altier et arrogant, le péché peut apparaître.

Le monde fini ne pose pas par lui-même le problème du péché. Le fait d'être fini n'est empreint ni de mal ni de péché. Le monde fini a été bâti par un Créateur infini — il est l'oeuvre de ses Fils divins — et doit donc être bon. Ce sont le mauvais usage, la déformation, et la perversion du fini qui donnent naissance au mal et au péché.

L'esprit peut dominer la pensée; la pensée peu donc contrôler l'énergie, mais elle ne peut le faire que par sa propre manipulation intelligente des potentiels de métamorphose inhérents au niveau mathématique des causes et effets dans le domaine physique. Le contrôle de l'énergie n'est pas inhérent à la pensée de la créature; il est une prérogative de la Déité, mais la pensée de la créature peut manipuler l'énergie; elle y parvient dans la mesure exacte où elle est devenue maîtresse des secrets de l'énergie de l'univers physique.

Quand l'homme souhaite modifier la réalité physique, soit en lui-même soit dans son entourage, il y réussit dans la mesure où il a découvert les voies et moyens de contrôler la matière et de diriger l'énergie. Sans aide, la pensée est impuissante à influencer quoi que ce soit de matériel, sauf son propre mécanisme physique auquel elle est inéluctablement liée. Mais par l'emploi intelligent de son mécanisme corporel, la pensée peut créer d'autres mécanismes, même des rapports d'énergie et des relations vivantes, au moyen desquels cette pensée pourra de mieux en mieux contrôler et même dominer son niveau physique dans l'univers.

L'expérience est la source des faits, et la pensée ne peut opérer qu'avec eux. Dans l'édifice de la sagesse, les faits sont les pierres de taille réunies par le ciment de l'expérience de la vie. L'homme peut trouver l'amour de Dieu sans les faits et découvrir les lois de Dieu sans amour, mais jamais il ne peut commencer à apprécier la symétrie infinie, l'harmonie céleste, et l'exquise perfection de la nature totalement inclusive de la Source-Centre Première avant d'avoir trouvé la loi divine et l'amour divin, et de les avoir unifiés dans sa propre philosophie cosmique en évolution.

L'expansion des connaissances matérielles permet une plus grande appréciation intellectuelle de la signification des idées et de la valeur des idéaux. Un être humain peut trouver la vérité dans son expérience intérieure, mais il a besoin de connaître clairement les faits pour appliquer sa découverte personnelle aux exigences brutalement pratiques de la vie quotidienne.

Il est tout naturel que l'homme soit harcelé de sentiments d'insécurité quand il se voit inextricablement lié à la nature, tout en possédant des pouvoirs spirituels qui transcendent entièrement les choses temporelles et finies. Seule la confiance religieuse — la foi vivante — peut soutenir l'homme au milieu de ces problèmes difficiles et troublants.

Parmi les dangers qui assaillent la nature des hommes et mettent en péril leur intégrité spirituelle, l'orgueil est le plus grand. Le courage est plein de valeur, mais l'égoïsme est vaniteux et conduit au suicide cosmique. Une confiance raisonnable en soi n'est pas à déplorer. L'aptitude de l'homme à se transcender est ce qui le distingue du règne animal.

L'orgueil est trompeur, grisant, et engendre le péché, que ce soit chez un individu, un groupe, une race, ou une nation. Il est littéralement vrai que « l'orgueil va au-devant de la ruine » (1).

  (1) Et l'esprit hautain au devant de la chute. Proverbes XVI-18.

7. — LE PROBLÈME DE L'AJUSTEUR

L'incertitude dans la sécurité est l'essence de l'aventure du Paradis — incertitude dans le temps et la pensée, incertitude sur les événements du déroulement de l'ascension au Paradis; sécurité en esprit et dans l'éternité, sécurité dans la confiance sans réserve du fils créé en la compassion divine et l'amour infini du Père Universel; incertitude en tant que citoyen inexpérimenté de l'univers; sécurité en tant que fils ascendant dans les demeures universelles d'un Père infiniment puissant, sage, et aimant.

Puis-je vous recommander de prêter attention à l'écho lointain du fidèle appel que l'Ajusteur adresse à votre âme? L'Ajusteur intérieur ne peut ni arrêter ni même changer matériellement la lutte inhérente à votre carrière dans le temps; il ne peut réduire les tribulations de votre vie au cours de votre voyage en ce monde où l'on peine. L'habitant divin ne peut que s'abstenir patiemment pendant que vous menez le combat de la vie telle qu'elle est vécue sur votre planète. Par contre, au cours de vos travaux et soucis, de vos luttes et de vos peines, vous pourriez, si seulement vous le vouliez, permettre au vaillant Ajusteur de combattre avec vous et pour vous. Vous pourriez ainsi être encouragé et inspiré, passionné et intrigué, si vous vouliez seulement permettre à l'Ajusteur de présenter constamment des images du vrai mobile, du but final, et de l'éternel dessein de toute cette difficile lutte ascendante avec les problèmes ordinaires de votre présent monde matériel.

Pourquoi n'aidez-vous pas l'Ajusteur qui cherche à vous montrer la contrepartie spirituelle de tous ces efforts matériels opiniâtres? Pourquoi ne permettez-vous pas à l'Ajusteur de vous fortifier à l'aide des vérités spirituelles du pouvoir cosmique pendant que vous luttez contre les difficultés temporelles de l'existence des créatures? Pourquoi n'encouragez-vous pas l'assistant divin à vous réconforter en vous montrant clairement le panorama éternel de la vie universelle pendant que vous considérez avec perplexité les problèmes de l'heure qui passe? Pourquoi refusez vous d'être éclairé et inspiré par le point de vue universel pendant que vous peinez au milieu des handicaps du temps et que vous vous débattez dans le dédale des incertitudes qui assaillent le voyage de votre incarnation? Pourquoi ne pas permettre à l'Ajusteur de spiritualiser vos méditations, même si vos pieds doivent fouler les sentiers matériels des efforts terrestres?

Les races supérieures d'Urantia sont complètement mixtes. Elles sont un mélange de nombreuses races et souches d'origines différentes. Cette nature composite rend extrêmement difficile aux Moniteurs de travailler efficacement durant la vie, et complique nettement les problèmes de l'Ajusteur et de l'ange gardien après la mort. Il n'y a pas très longtemps je me trouvais sur Salvington, et j'entendis un gardien de la destinée présenter un exposé en règle pour atténuer les difficultés rencontrées dans son ministère auprès de son sujet humain. Ce séraphin disait:

    « Une grande partie de ma difficulté provenait de l'interminable conflit entre les deux natures de mon sujet: la poussée de l'ambition contrariée par l'indolence animale; les idéaux d'un peuple supérieur barrés par les instincts d'une race inférieure; les desseins élevés d'une grande pensée rencontrant l'antagonisme des besoins héréditaires primitifs; les vues à long terme d'un Moniteur prévoyant contrecarrées par l'étroitesse de vues d'une créature du temps; les plans modifié progressifs d'un être ascendant modifiés par les désirs et les envies de nature matérielle; les éclairs d'intelligence universelle annulés par les impératifs énergétiques et chimiques d'une race en évolution; les sentiments d'un animal s'opposant à la pression des anges; l'entraînement d'un intellect annihilé par les tendances de l'instinct; l'expérience de l'individu se heurtant aux penchants accumulés de la race; les buts des meilleurs dominés par l'impulsion des pires; l'envoi du génie neutralisé par le poids de la médiocrité; le progrès des bons retardé par l'inertie des mauvais; l'art du beau souillé par la présence du mal; l'entrain de la santé neutralisé par l'asthénie due à la maladie; la fontaine de foi polluée par les poisons de la peur; la source de foie aigrie par les eaux de l'affliction; l'allégresse de l'anticipation désillusionnée par l'amertume de la réalisation; les joies de la vie toujours menacées par les tristesses de la mort. Quelle vie, et sur quelle planète! Pourtant, à cause de l'incitation et de l'appui toujours présents de l'Ajusteur de Pensée, cette âme a atteint un bon degré de bonheur et de succès et s'est élevée dès maintenant aux salles de jugement du monde des maisons ».

 

[Présenté par un Messager Solitaire d'Orvonton.]

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