La cosmogonie d'Urantia

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100. La Religion dans l'Expérience Humaine

LA COSMOGONIE D'URANTIA  -  FASCICULE 100. LA RELIGION DANS L'EXPÉRIENCE HUMAINE

L'EXPÉRIENCE d'une vie religieuse dynamique transforme un individu médiocre en une personnalité douée d'un pouvoir idéaliste. La religion contribue au progrès de tous en entretenant le progrès individuel, et le progrès de chacun est accru par l'accomplissement de tous.

La croissance spirituelle est mutuellement stimulée par l'association intime avec d'autres croyants. L'amour fournit le terrain du développement religieux -- un attrait objectif au lieu d'une satisfaction subjective -- et cependant il donne la satisfaction subjective suprême. La religion ennoblit les corvées de la vie quotidienne.

1. -- CROISSANCE RELIGIEUSE

La religion produit la croissance des significations et le rehaussement des valeurs, mais si l'on se permet d'attribuer un caractère absolu à des évaluations purement personnelles, il en résulte toujours un mal. Un enfant évalue l'expérience d'après le plaisir quelle procure. L'homme est mûr dans la mesure où il substitue des significations supérieures au plaisir personnel, allant jusqu'à l'allégeance aux plus hauts concepts des situations de vie diversifiées et des relations cosmiques.

Certaines personnes sont trop affairées pour grandir spirituellement et se trouvent alors en sérieux danger d'immobilisme. Il faut prendre des dispositions pour laisser croître les valeurs aux différents âges, dans les développements culturels successifs, et dans les stades passagers des civilisations progressives. Les principales entraves à la croissance sont les préjugés et l'ignorance.

Donnez à tout enfant qui se développe une chance de faire sa propre expérience religieuse, et ne lui imposez pas une expérience adulte toute faite. Rappelez-vous que le passage annuel par les classes successives d'un régime d'instruction établi ne signifie pas nécessairement qu'il y ait progrès intellectuel, et encore bien moins croissance spirituelle. Élargissement du vocabulaire ne veut pas dire développement du caractère. Ce ne sont pas les simples effets, mais plutôt les progrès, qui dénotent vraiment une croissance.

Le véritable développement éducatif ressort du rehaussement des idéaux, de l'appréciation accrue des valeurs, des nouvelles significations attribuées aux valeurs, et de la fidélité plus grande aux valeurs suprêmes.

Les enfants ne sont impressionnés d'une manière permanente que par le loyalisme de leurs compagnons adultes; les préceptes et même exemple n'ont pas d'influence durable. Les hommes droits ont une personnalité qui grandit, et cette croissance est une réalité impressionnante et inspirante. Vivez loyalement aujourd'hui -- croissez -- et demain prendra soin de lui-même. La manière la plus rapide pour un têtard de devenir une grenouille est de vivre loyalement chaque instant comme un têtard.

Le terrain essentiel à la croissance religieuse présuppose une vie progressive de connaissance de soi, la coordination des tendances naturelles, l'exercice de la curiosité et le plaisir d'aventures raisonnables, le fait d'éprouver des sentiments de satisfaction, le fonctionnement de la peur pour stimuler l'attention et la conscience, l'attrait du merveilleux, et l'humilité, c'est-à-dire une conscience normale de notre petitesse. La croissance est également basée sur la découverte de soi accompagnée d'auto-critique -- de conscience -- car la conscience est réellement la critique de soi par notre propre échelle de valeurs, par nos idéaux personnels.

L'expérience religieuse est notablement influencée par la santé physique, le tempérament hérité, et l'entourage social. Ces conditions temporelles n'empêchent pas le progrès spirituel d'une âme consacrée à faire la volonté du Père céleste. Il existe chez tous les mortels normaux certaines tendances innées à la croissance et à la connaissance de soi; elles agissent si elles ne sont pas spécifiquement inhibées, et représentent une dotation constitutive en potentiel de croissance spirituelle. La technique pour entretenir ce don avec certitude consiste à maintenir un comportement de dévotion sincère envers les valeurs suprêmes.

La religion ne eut être ni octroyée, ni reçue, apprise, ni perdue. Elle est une expérience personnelle qui grandit proportionnellement à la recherche croissantes des valeurs finales. La croissance cosmique accompagne donc l'accumulation des significations et l'élévation toujours plus poussée des valeurs. Quant à la noblesse d'âme, elle se développe toujours inconsciemment.

Les habitudes religieuses de pensée et d'action contribuent à l'économie de la croissance spirituelle. On peut développer des prédispositions religieuses qui conduiront à réagir favorablement à des stimulants spirituels, une sorte de réflexe spirituel conditionné. Les habitudes qui favorisent la croissance religieuse englobent la culture de la sensibilité aux valeurs divines, la récognition de la vie religieuse chez les autres, la méditation réfléchie sur les significations cosmiques, la solution culturelle des problèmes, le partage de votre vie spirituelle avec celle de vos compagnons, l'absence d'égoïsme, le refus d'escompter la miséricorde divine, et l'habitude de vivre comme si l'on se trouvait en présence de Dieu. Les facteurs de la croissance religieuse peuvent être intentionnels, mais la croissance elle-même est invariablement inconsciente.

La nature inconsciente de la croissance religieuse ne signifie pourtant pas quelle soit une activité des domaines subconscients de l'intellect; elle dénote plutôt des activités créatives dans les niveaux super-conscients de la pensée humaine. L'expérience vécue de la croissance religieuse inconsciente est la principale preuve positive que la superconscience existe fonctionnellement.

2. -- CROISSANCE SPIRITUELLE

Le développement spirituel dépend en premier lieu du maintien d'un lien spirituel vivant avec les vraies forces spirituelles, et en second lieu de la production continue de fruits spirituels par transmission, à vos compagnons, du sacerdoce que vous avez reçu de vos bienfaiteurs spirituels. Le progrès spirituel est basé sur la récognition intellectuelle de notre pauvreté spirituelle, doublée de la conscience personnelle que l'on a soif de perfection, que l'on désire connaître Dieu et lui ressembler, et que l'on a sincèrement l'intention de faire la volonté du Père qui est aux cieux.

La croissance spirituelle est d'abord un éveil aux besoins, ensuite un discernement des significations, et enfin une découverte des valeurs. La preuve du vrai développement spirituel consiste dans l'apparition d'une personnalité humaine motivée par l'amour, animée par un esprit de service désintéressé, et dominée par l'adoration sincère des idéaux de perfection de la divinité. L'ensemble de cette expérience constitue la réalité de la religion, par contraste avec les simples croyances théologiques.

La religion peut progresser jusqu'au niveau d'expérience ou elle devient une technique éclairée et sage pour réagir spirituellement à l'univers. Cette religion glorifiée peut opérer sur les trois niveaux intellectuel, morontiel, et spirituel de la personnalité humaine, c'est-à-dire sur la pensée, dans l'âme évoluante, et avec l'esprit intérieur.

La spiritualité indique immédiatement votre proximité de Dieu et votre utilité pour vos compagnons. La spiritualité rehausse l'aptitude à découvrir la beauté dans les choses, à reconnaître la vérité dans les significations, et à trouver la bonté dans les valeurs. Le développement spirituel est déterminé par ces attitudes, et il est directement proportionnel à l'élimination des aspects égoïstes de l'amour.

Le statut spirituel effectif est la mesure de votre épanouissement divin, de votre harmonisation avec votre Ajusteur. Accomplir la finalité de la spiritualité équivaut à atteindre le summum de la réalité, le maximum de ressemblance avec Dieu. La vie éternelle est la recherche perpétuelle des valeurs infinies.

Le but de la connaissance humaine de soi devrait être spirituel et non matériel. Les seules réalités qui vaillent l'effort sont divines, spirituelles, et éternelles. Les mortels ont droit à la joie des plaisirs physique et à la satisfaction des affections humaines; ils tirent bénéfice de leur fidélité aux associations humaines et aux institutions temporelles; mais ce ne sont pas les fondations éternelles sur lesquelles il faut bâtir la personnalité immortelle qui devra transcender l'espace, vaincre le temps, et accomplir la destinée éternelle de perfection divine et de service finalitaire.

Jésus dépeignit la sécurité profonde des hommes connaissant Dieu en disant: « Pour celui qui connaît Dieu et croit au royaume, qu'importe si toutes les choses terrestres se brisent ». Les sécurités temporelles sont vulnérables, mais les sécurités spirituelles sont invulnérables. Quand les marées humaines de l'adversité, de l'égoïsme, de la cruauté, de la haine, de la méchanceté, ou de la jalousie viennent battre l'âme humaine, on peut se reposer dans l'assurance qu'il existe un bastion intérieur, la citadelle de l'esprit, qui est absolument inexpugnable; du moins est-ce vrai pour tout être qui a confié la garde de son âme à l'esprit intérieur du Dieu éternel.

Après cet accomplissement spirituel assuré soit par une croissance graduelle, soit par une crise spécifique, il se produit une réorientation de la personnalité, accompagnée du développement d'une nouvelle échelle de valeur. Quiconque est né de l'esprit (1) obéit à des mobiles de vie tellement sublimes qu'il peut assister avec calme à la mort de ses plus chères ambitions et à la destruction de ses espoirs les plus ardents. Il sait pertinemment que ces catastrophes sont simplement des cataclysmes rectificateurs qui ruinent ses créations temporelles, préalablement à la construction des réalités plus nobles et plus durables d'une nouvelle étape plus sublime d'accomplissement universel.

  (1) Jean III-5 à 8.

3. -- CONCEPTS DE VALEUR SUPRÊME

La religion n'est pas une technique pour obtenir une paix mentale statique et sereine; c'est une impulsion, destinée à organiser l'âme pour un service dynamique. C'est l'enrôlement total de la personne dans une allégeance pour aimer Dieu et servir les hommes. La religion paie à n'importe quel prix ce qui est essentiel pour atteindre le but suprême, la récompense éternelle. La fidélité religieuse comporte une consécration parachevée dont la sublimité est magnifique, et cette fidélité est socialement efficace et spirituellement progressive.

Pour un penseur religieux, le mot Dieu devient un symbole signifiant l'approche de la réalité suprême et la récognition des valeurs divines. Ce ne sont ni les préférences ni les aversions humaines qui déterminent le bien et le mal; les valeurs morales ne résultent pas de ce que les désirs sont exaucés ou les émotions frustrées.

En méditant sur les valeurs, il faut distinguer entre ce qui est une valeur et ce qui a une valeur. Il faut reconnaître la relation entre des activités agréables, et leur intégration significative dans une conception rehaussée sur des niveaux d'expérience humaine constamment et progressivement plus élevés.

La signification est quelque chose que l'expérience ajoute à la valeur; c'est la conscience appréciative des valeurs. Un plaisir isolé et purement personnel peut comporter une dévaluation virtuelle des significations, une jouissance dépourvue de sens et frisant le mal relatif. Les valeurs sont expérientielles quand les réalités sont significatives et mentalement associées; quand leurs relations sont reconnues et appréciées par la pensée.

Les valeurs ne peuvent jamais être statiques; réalité signifie changement, croissance. Le changement sans croissance, sans expansion de signification et sans exaltation de valeur, n'offre aucun intérêt -- c'est un mal potentiel. Plus sa qualité d'adaptation cosmique est grande, plus une expérience possède de signification. Les valeurs ne sont pas des illusions de pensée; elles sont réelles, mais dépendent toujours des relations. Les valeurs sont toujours à la fois réelles et potentielles -- elles ne représentent pas ce qui était, mais ce qui est et ce qui sera.

L'association du réel et du potentiel équivaut à la croissance, à la compréhension expérientielle des valeurs. La croissance n'est pas simplement le progrès. Le progrès est toujours significatif mais, à défaut de croissance, il est relativement sans valeur. La valeur suprême de la vie humaine consiste dans la croissance des valeurs, dans le progrès relatif aux significations, et dans la compréhension claire de la corrélation cosmique intime entre ces deux expériences dont l'ensemble équivaut à avoir conscience de Dieu. Le mortel qui les éprouve n'est pas surnaturel, mais devient vraiment surhumain; une âme immortelle évolue.

Les hommes ne peuvent provoquer la croissance, mais ils peuvent lui fournir des conditions favorables (1). Qu'elle soit physique, intellectuelle, ou spirituelle, la croissance est toujours inconsciente. C'est ainsi que croit l'amour; on ne peut ni le créer, ni le fabriquer, ni l'acheter; il faut qu'il grandisse. L'évolution est une technique cosmique de croissance. La législation ne saurait assurer la croissance sociale, et l'on ne peut obtenir la croissance morale en améliorant l'administration. On peut construire une machine, mais sa valeur réelle doit dériver de la culture humaine et d'une appréciation personnelle. L'unique contribution d'un homme à la croissance est la mobilisation de la totalité des pouvoirs de sa personnalité -- sa foi vivante.

  (1) Cf. I Corinthiens III-7.

4. -- PROBLÈMES DE CROISSANCE

Une vie religieuse est une vie dévouée, et une vie dévouée est une vie créative, originale et spontanée. De nouvelles perspectives religieuses surgissent des conflits qui déclenchent le choix de nouvelles et meilleures habitudes de réagir, pour remplacer les anciens archétypes inférieurs de réaction. C'est seulement dans des conflits que de nouvelles significations émergent, et un conflit ne persiste que si l'on refuse d'adopter les valeurs supérieures impliquées par des significations plus élevées.

La perplexité est inévitable en religion; il ne peut y avoir de croissance sans conflit sans agitation spirituelle. L'organisation d'un niveau de vie philosophique entraîne des chocs importants dans le domaine philosophique de la pensée. Ce n'est pas sans lutte que l'on exerce sa fidélité envers ce qui est grand, bon, vrai, et noble. La clarification de la vision spirituelle et le rehaussement de la clairvoyance cosmique s'accompagnent d'efforts, et l'intellect humain proteste quand il est sevré de la nourriture que lui procuraient les énergies non-spirituelles de l'existence temporelle. La pensée animale est indolente et se rebelle devant l'effort exigé par la lutte pour résoudre les problèmes cosmiques.

Cependant le grand problème de la vie religieuse consiste à unifier les pouvoirs psychiques de la personnalité par la domination de l'AMOUR. La santé, l'efficacité, et le bonheur résultent de l'unification de systèmes physiques, de systèmes mentaux, et de systèmes spirituels. Les hommes comprennent beaucoup de choses concernant la santé et le bon sens, mais ils ont vraiment des idées très peu claires sur le bonheur. Le plus grand bonheur est indissolublement lié au progrès spirituel. La croissance spirituelle procure une joie durable, une paix qui dépasse toute compréhension.

Les sens physiques révèlent l'existence des choses et la pensée découvre la réalité des significations; mais c'est l'expérience spirituelle qui révèle aux individus les vraies valeurs de la vie. On atteint les niveaux supérieurs de vie dans l'amour suprême de Dieu et dans l'amour désintéressé des hommes. Pour aimer vos compagnons, il faut que vous ayez découvert leur valeur. Jésus a beaucoup aimé les hommes parce qu'il leur attribuait une haute valeur. C'est en découvrant les mobiles de vos associés que vous découvrez le mieux leur valeur. Si quelqu'un vous irrite et suscite en vous des sentiments de rancune, vous devriez chercher avec sympathie à discerner son point de vue, les motifs de sa conduite désagréable. Dès que vous comprenez votre voisin, vous devenez tolérant, et cette tolérance se transforme en amitié et mûrit en affection.

Essayez de voir par la pensée l'image d'un de vos ancêtres primitifs à l'âge des cavernes -- un lourdaud petit, mal bâti, sale, montrant les dents, se tenant les jambes écartées, la massue levée, respirant la haine et l'animosité tandis qu'il regarde férocement droit devant lui. Cette image ne décrit guère la divine dignité de l'homme; mais élargissons le tableau. Devant cet homme animé, un tigre machérode se prépare à bondir. Derrière lui se tiennent une femme et deux enfants qu'il protège. Vous reconnaissez immédiatement que l'image représente les débuts de beaucoup de belles et nobles activités de la race humaine, et pourtant l'homme est le même dans les deux tableaux. Seulement, dans le second, vous êtes favorisés par un élargissement d'horizon; vous discernez les mobiles de l'homme en évolution. Son attitude devient digne de louange parce que vous la comprenez. Si vous pouviez sonder les motifs de vos compagnons, combien mieux vous les comprendriez! Si seulement vous pouviez connaître vos semblables, vous en tomberiez amoureux.

Vous ne pouvez pas aimer vraiment vos compagnons par un simple acte de volonté. L'amour naît seulement d'une compréhension approfondie et consommée des mobiles et des sentiments de votre prochain. Il est moins important d'aimer tous les hommes aujourd'hui que d'apprendre chaque jour à en aimer un de plus. Si chaque jour ou chaque semaine vous parvenez à comprendre un compagnon de plus, et si c'est la limite de vos capacités, alors vous êtes certainement en voie de rendre votre personnalité vraiment sociale et spirituelle. L'amour est contagieux; quand la dévotion humaine est intelligente et sage, l'amour a plus d'emprise que la haine; mais seul l'amour sincère et désintéressé est contagieux. Si seulement chaque mortel pouvait devenir un foyer d'affection dynamique, le virus bénéfique de l'amour imprégnerait bientôt le courant émotionnel sentimental des hommes au point que toute la civilisation serait enveloppée d'amour, et ce serait la réalisation de la fraternité humaine.

5. -- CONVERSION ET MYSTICISME

Le monde est rempli d'âmes perdues, non pas perdues au sens théologique, mais ayant perdu leur direction, errant dans la confusion au milieu des théories en « isme » et des cultes d'une ère philosophiquement frustrée. Trop peu de ces âmes ont appris à établir une philosophie de vie remplaçant l'autorité religieuse. ( Les symboles de la religion socialisée ne doivent pas être méprisés comme canaux de croissance, bien que le lit de la rivière ne soit pas la rivière.)

La progression de la croissance religieuse conduit, par conflit, de la stagnation à la coordination, de l'insécurité à une foi inébranlable, de l'incertitude de conscience cosmique à l'unification de la personnalité, des objectifs temporels au but éternel, de l'esclavage de la peur à la liberté d'une filiation divine.

Précisons que les professions de loyauté envers les idéaux suprêmes -- envers la conscience psychique, sentimentale, et spirituelle de la connaissance de Dieu -- voient le jour de deux manières: elles peuvent provenir d'une croissance naturelle et graduelle, ou parfois être éprouvées dans certaines conjonctures telles qu'une crise. L'apôtre Paul subit précisément une conversion soudaine et spectaculaire de cet ordre en un jour mémorable sur la route de Damas. Gautama Siddharta passa par une épreuve similaire la nuit où assis solitairement, il cherchait à pénétrer le mystère de la vérité finale. Beaucoup d'autres hommes ont eu des expériences semblables; cependant, nombre de croyants sincères ont progressé en esprit sans conversion soudaine.

La plupart des phénomènes spectaculaires associés aux conversions dites religieuses sont entièrement de nature psychologique, mais de temps à autre surviennent des expériences qui ont aussi une origine spirituelle. Quand la mobilisation mentale est absolument totale sur un niveau quelconque de l'expansion vers l'aboutissement spirituel, quand les mobiles humains de fidélité à l'idée divine sont parfaits, il arrive très souvent que l'esprit intérieur descende soudain chez le croyant mortel et le saisisse pour se synchroniser avec le dessein concentré et consacré de sa pensée superconsciente. Ce sont ces expériences d'unification de phénomènes intellectuels et spirituels qui constituent la conversion, laquelle consiste en facteurs qui dépassent les implications purement psychologiques.

L'émotion seule est une fausse conversion; il faut avoir la foi aussi bien que le sentiment de la communion. Dans la mesure où la mobilisation psychique est partielle et où les mobiles de la fidélité humaine sont incomplets, l'expérience de la conversion sera dans la même mesure une réalité mixte, intellectuelle, émotionnelle, et spirituelle.

Si l'on est disposé à admettre comme hypothèse pratique l'existence d'une pensée théorique subconsciente dans la vie intellectuelle qui autrement est unifiée, alors, pour être logique, on devrait supposer l'existence d'un domaine semblable et correspondant d'activité intellectuelle ascendante, d'un niveau superconscient, d'une zone de contact immédiat avec l'entité spirituelle intérieure, l'Ajusteur de Pensée. Le grand danger de toutes ces spéculations psychiques vient de ce que l'on peut prendre les visions, les autres expériences dites mystiques, et les rêves extraordinaires pour des communications divines à la pensée humaine. Dans le passé, des êtres divins se sont révélés à certaines personnes connaissant Dieu, non pas a cause de leurs transes mystiques ou de leurs visions morbides, mais en dépit de tous ces phénomènes.

En contraste avec la recherche des conversions, la meilleure manière d'approcher les zones morontielles de contact possible avec l'Ajusteur de Pensée serait la foi vivante et l'adoration sincère, la prière fervente et désintéressée. Dans l'ensemble, une bien trop grande partie de la ruse des souvenirs provenant des niveaux subconscients de la pensée humaine a été considérée à tort comme des révélations divines et des directives spirituelles.

De grands dangers accompagnant la pratique habituelle du rêve éveillé religieux; le mysticisme peut devenir une technique pour échapper à la réalité, bien qu'il ait parfois été un moyen de communion spirituelle authentique. De courtes périodes où l'on se retire de la scène active de la vie peuvent ne pas présenter de dangers sérieux, mais l'isolement prolongé de la personnalité est fort indésirable. En aucun cas il ne faut cultiver l'état de conscience visionnaire, du genre transe, comme une expérience religieuse.

L'état mystique est caractérisé par une conscience diffuse, avec des îlots vivaces d'attention focalisée opérant sur un intellect relativement passif. Tout cela fait graviter la conscience vers le subconscient plutôt que vers la zone de contact spirituel, vers le superconscient. Beaucoup de mystiques ont poussé leur dissociation de pensée jusqu'au niveau des manifestations mentales anormales.

Le comportement le plus sain de méditation spirituelle se trouve dans l'adoration réflective et la prière d'actions de grâces. La communion directe avec l'Ajusteur de Pensée, telle qu'elle s'est produite dans les dernières années de la vie incarnée de Jésus, ne doit pas être confondue avec les expériences dites mystiques. Les facteurs qui contribuent au déclenchement de la communion mystique dénotent le danger de ces états psychiques. C'est ainsi que l'état mystique est favorisé par des facteurs tels que fatigue physique, jeune, dissociation psychique, expériences esthétiques profondes, impulsions sexuelles vivaces, peur, anxiété, fureur, et danses échevelées. Beaucoup de résultats matériels issus de cette préparation préliminaire ont leur origine dans la pensée subconsciente.

Si favorables que les conditions du moment aient pu être pour des phénomènes mystiques, il faut comprendre une fois pour toutes que Jésus de Nazareth n'a jamais eu recours a ces méthodes pour communier avec son Père du Paradis. Jésus n'avait ni hallucinations subconscientes ni illusions super-conscientes.

6. -- LES SIGNES D'UNE VIE RELIGIEUSE

Les religions d'évolution et les religions de révélation peuvent différer notablement dans leurs méthodes, mais elles ont une grande similitude dans leurs mobiles. La religion n'est pas une fonction spécifique de la vie, c'est plutôt une manière de vivre. La vraie religion est une sincère dévotion envers une réalité que l'adepte estime avoir une valeur suprême pour lui-même et pour toute l'humanité. Les caractéristiques marquantes de toutes les religions sont une fidélité aveugle et une sincère dévotion aux valeurs suprêmes. Cette dévotion religieuse aux valeurs suprêmes apparaît dans la relation d'une mère, soi-disant irréligieuse, avec son enfant, et dans le fervent loyalisme de certains non-religieux envers la cause qu'ils ont épousée.

La valeur suprême acceptée par les hommes religieux peut être dépourvue de mérite ou même fausse, mais n'en est pas moins religieuse. Une religion est valable dans la mesure exacte où la valeur quelle tient pour suprême est vraiment une réalité cosmique de valeur spirituelle authentique.

Les signes de la sensibilité humaine aux impulsions religieuses comprennent les qualités de noblesse et de grandeur. Un religieux sincère est conscient d'être un citoyen de l'univers et se rend compte qu'il établit un contact avec des sources supra-humaines de pouvoir. Il est galvanisé et stimulé par l'assurance qu'il appartient à une confraternité supérieure et ennoblie de fils de Dieu. La conscience de sa valeur propre s'est accrue du stimulant de la recherche des objectifs universels les plus élevés -- des buts suprêmes.

Le moi est abandonné à la mystérieuse poussée d'un mobile qui englobe tout, qui impose une auto-discipline accrue, qui atténue les conflits émotifs, et qui rend la vie humaine vraiment digne d'être vécue. La récognition morbide des limitations humaines se transforme en une conscience naturelle des imperfections matérielles qui s'associe à la détermination morale et à l'aspiration spirituelle d'atteindre les buts les plus élevés de l'univers et du superunivers. Cet effort intensif pour atteindre les idéaux supra-morontiels est toujours caractérisé par un accroissement de patience, d'indulgence, de force d'âme, et de tolérance.

La vraie religion est un amour vivant, une vie de service. Quand un adepte se détache de quantité de choses purement temporelles et insignifiantes, cela ne le conduit jamais à être isolé socialement et cela ne devrait pas détruire son sens de l'humour. La religion authentique n'enlève rien à l'existence humaine, mais ajoute au contraire de nouvelles significations à l'ensemble de la vie. Elle engendre de nouveaux types d'enthousiasme, de zèle, et de courage, pouvant même aller jusqu'à l'esprit de croisade; ce dernier est plus que dangereux s'il n'est pas contrôlé par la clairvoyance spirituelle et la dévotion sincère aux obligations sociales ordinaires des allégeances humaines.

L'un des signes les plus remarquable de la vie religieuse est une paix dynamique et sublime, la paix qui dépasse toute compréhension humaine l'équilibre cosmique qui dénote l'absence de tout doute et de toute agitation. Ces niveaux de stabilité spirituelles sont immunisés contre les déceptions. Les croyants qui les habitent ressemblent à l'apôtre Paul qui disait: « Je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les pouvoirs, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni hauteur, ni profondeur, ni rien d'autre ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu » (1).

Un sentiment de sécurité associé à l'expérience d'une gloire triomphante habite la conscience des caractères religieux qui ont saisi la réalité du Suprême et qui poursuivent le but de l'Ultime.

La religion évolutionnaire offre le même tableau quant à la fidélité et à la grandeur parce qu'elle est une expérience authentique, mais la religion révélée est excellente (2) aussi bien qu'authentique. Les nouvelles allégeances dues à une vision spirituelle élargie créent de nouvelles perspectives d'amour et de dévotion, de service et de solidarité; et ces perspectives sociales rehaussées agrandissent la conscience de la Paternité de Dieu et de la fraternité des hommes.

La différence caractéristique entre la religion évolutionnaire et la religion révélée consiste en une nouvelle qualité de sagesse divine qui s'ajoute à la sagesse humaine purement expérientielle. Toutefois, c'est l'expérience qui développe dans les religions humaines l'aptitude à recevoir ultérieurement des dons accrus de sagesse divine et de clairvoyance cosmique.
  (1) Romains VIII-38.
  (2) Dans le sens de transcender, d'exceller. Cf. Hébreux I-4 et VII-22.

7. -- L'APOGÉE DE LA VIE RELIGIEUSE

Bien qu'un mortel ordinaire d'Urantia ne puisse espérer atteindre la haute perfection de caractère acquise par Jésus durant son temps d'incarnation, il est entièrement possible à tout croyant de développer une forte personnalité unifiée selon les lignes perfectionnées de celle de Jésus. Le trait exceptionnel de la personnalité du Maître n'était pas tant sa perfection que son harmonie, son exquise intégration équilibrée. La présentation la plus efficace de Jésus consiste à suivre l'exemple de celui qui a dit, en faisant un geste vers le Maître debout devant ses accusateurs: «Voici l'homme » (1).

  (1) Jean XIX-5.

La bienveillance de Jésus ne se démentait jamais et touchait le coeur des hommes, mais la fermeté de sa force de caractère étonnait toujours ses disciples. Il était vraiment sincère, il n'y avait rien d'hypocrite en lui. Il était dégagé de toute affectation; sa franchise faisait toujours du bien. Il ne s'abaissait jamais à prétendre et n'avait jamais recours à la simulation. Il vivait la vérité comme il l'enseignait. Il était la vérité. Il était forcé de proclamer la vérité salvatrice à sa génération, même si sa sincérité causait parfois de la peine. Sa loyauté envers toute la vérité ne comportait, pas de réserves.

Le Maître était pourtant très raisonnable, très accessible, et très pratique dans tout son ministère; ses plans étaient empreints d'un grand bon sens sanctifié. Il était dégagé de toute tendance fantaisiste, erratique, ou excentrique. Il n'était jamais capricieux, fantasque, ni hystérique. Dans ses enseignements et dans ses actes, une charmante discrimination était toujours associée à un sens extraordinaire de l'à-propos.

Le Fils de l'Homme conservait toujours une personnalité bien équilibrée. Ses ennemis eux-mêmes lui témoignaient un respect salutaire; ils craignaient même sa présence. Jésus était sans peur. Il débordait d'enthousiasme divin, mais ne devenait jamais fanatique. Il était émotivement actif, mais jamais frivole. Il avait de l'imagination, mais était toujours pratique. Il faisait franchement face aux réalités de la vie, mais n'était jamais ennuyeux ni prosaïque. Il était courageux, mais jamais téméraire, prudent, mais jamais lâche. Il était compatissant, mais non sentimental, exceptionnel, mais non excentrique. Il était pieux, mais non bigot. Il était admirablement équilibré parce qu'il était parfaitement unifié.

L'originalité de Jésus n'était aucunement refoulée. Il n'était ni lié par les traditions, ni handicapé par soumission à d'étroites pratiques conventionnelles. Il parlait avec une confiance assurée et enseignait avec une autorité absolue, mais sa magnifique originalité ne lui faisait pas négliger les perles de vérité contenues dans les enseignements de ses prédécesseurs ou de ses contemporains. Le plus original de ses enseignements était l'accent mis sur l'amour et la miséricorde, et non sur la peur et le sacrifice.

Jésus avait des vues très larges. Il exhortait ses disciples à prêcher l'évangile à tous les peuples. Il était dégagé de toute étroitesse de pensée. Son coeur compatissant embrassait toute l'humanité et même tout un univers. Son invitation était toujours: « Si quelqu'un désire me suivre, qu'il vienne» (2).

  (2) Matthieu XVI-24.

On a dit à juste titre de Jésus qu'il avait « confiance en Dieu ». En tant qu'homme parmi les hommes, il manifesta la plus sublime confiance envers le Père céleste. Il avait confiance en son Père comme un petit enfant a confiance en ses parents terrestres. Sa foi était parfaite mais jamais présomptueuse. La nature pouvait paraître cruelle ou indifférente au bien-être des hommes sur terre, mais Jésus ne trébucha jamais dans sa foi. Il était immunisé contre les déceptions et insensible aux persécutions. Les échecs apparents ne le touchaient pas.

Il aimait les hommes comme des frères et reconnaissait en même temps combien leurs dons innés et leurs qualités acquises étaient différents. « Il allait son chemin, faisant du bien » (3).

Jésus était une personnalité exceptionnellement encourageante sans être d'un optimisme aveugle ou déraisonnable. Il exhortait en disant constamment: « Ayez bon courage » (4). Il put maintenir cette attitude convaincue à cause de sa foi inébranlable en Dieu et de sa confiance à toute épreuve dans les hommes. Il manifestait toujours une considération touchante à tous les hommes parce qu'il les aimait et croyait en eux, mais il restait toujours fidèle à ses convictions et merveilleusement ferme dans sa dévotion à faire la volonté de son Père.
  (3) Actes X-38.
  (4) Jean XVI-33.

Le Maître était toujours généreux. Il ne se fatigua jamais de dire qu'il valait mieux donner que recevoir. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (5). Malgré sa générosité illimitée, il ne gaspillait jamais et ne faisait pas d'extravagances. Il enseignait qu'il fallait croire pour recevoir le salut. « Car quiconque cherche recevra » (6).

Il était impartial, mais toujours affable. « S'il n'en était pas ainsi, je vous l'aurais dit » (7). Il était franc, mais toujours amical. Il avait son franc-parler dans son amour des pécheurs et sa haine du péché, mais dans toute cette étonnante franchise il était infailliblement équitable.
  (5) Matthieu X-8.
  (6) Matthieu VII-7; Luc XI-9.
  (7) Jean XIV-2.

Jésus était toujours de bonne humeur, bien qu'il ait parfois bu largement à la coupe des douleurs humaines. Il faisait front avec intrépidité aux réalités de l'existence, et cependant il était rempli d'enthousiasme pour l'évangile du royaume. Il contrôlait son ardeur, mais n'était jamais dominé par elle. Il était consacré sans réserve « aux affaires du Père » (1). Cet enthousiasme divin amenait ses frères non spirituels à croire qu'il était exalté, mais l'univers qui l'observait l'appréciait comme le modèle de la santé d'esprit et l'archétype de la suprême dévotion humaine aux critères élevés de la vie spirituelle. Son enthousiasme contrôlé était contagieux et obligeait ses compagnons à partager son divin optimisme.

L'homme de Galilée n'était pas un homme de douleurs; il avait une âme joyeuse. Il ne cessait de dire: « Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse» (2). Mais lorsque le devoir l'exigea, il accepta de traverser courageusement la «vallée de l'ombre de la mort » (3). Il était heureux et en même temps humble.
  (1) Luc II-49.
  (2) Matthieu V-12; Luc VI-23.
  (3) Psaume XXIII-4.

Son courage n'était égalé que par sa patience. Quand on le pressait d'agir prématurément, il se bornait à répondre: « Mon heure n'est pas encore venue » (4). Il n'était jamais pressé; son sang-froid était sublime, mais il s'indignait souvent contre le mal et ne tolérait pas le péché. Il fut souvent poussé à résister énergiquement aux tendances contraires au bien-être de ses enfants terrestres, mais son indignation contre le péché ne le conduit jamais à se mettre foncièrement en colère contre les pécheurs.

Son courage était magnifique, mais n'allait jamais jusqu'à l'imprudence. Son mot de passe était: « Ne craignez pas » (5). Sa bravoure était altière et sa vaillance souvent héroïque, mais son courage était empreint de jugement et contrôlé par la raison. C'était le courage né de la foi, et non la témérité d'une présomption aveugle. Il était vraiment brave, mais ne prenait jamais de risques inutiles.
  (4) Jean II-4. Voir aussi Jean VII-30 et Jean VIII-20.
  (5) Matthieu X-25 et 31; Marc V-36; Luc XII-32, etc.

Le Maître était un modèle de déférence. Dès sa jeunesse, sa prière commençait par: « Notre- Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié » (6). Il respectait même le culte discutable de ses compagnons, mais cela ne l'empêchait pas d'attaquer des traditions religieuses ni de livrer assaut aux erreurs des croyances humaines. Il révérait la vraie sainteté, mais pouvait défier ses compagnons en leur disant: « Qui d'entre vous me convaincra de péché? (7)»

Jésus était grand parce qu'il était bon, mais sa grandeur ne l'empêchait pas de fraterniser avec les petits enfants. Il était doux et modeste dans sa vie personnelle, tout en étant l'homme rendu parfait d'un univers. Ses compagnons l'appelaient Maître sans en être priés.

Jésus représentait la personnalité humaine parfaitement unifiée. Aujourd'hui, comme autrefois en Galilée, il continue à unifier l'expérience terrestre et à coordonner les efforts humains. Il unifie la vie, ennoblit le caractère, et simplifie l'expérience. Il pénètre la pensée humaine pour l'élever, la transformer, et la transfigurer. Il est littéralement vrai que « si un homme a le Christ en lui, il est une nouvelle créature; les anciennes choses ont passé et voici, toutes choses sont devenues nouvelles »(8).
  (6) Matthieu  VI-9.
  (7) Jean VIII-46.
  (8) 2 Corinthiens V-17.

 

[Présenté par un Melchizédek de Nébadon.]

 

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